Tangerine

de Christine MANGAN

Edition: Harper Collins

ISBN: 9791033902270

Parution: 02/05/2019 (version française)

Ma cote: 8 / 10

En 10 lignes, max! (Présentation du livre par frconstant)

« Tangerine », un roman noir, noir comme le fond des êtres. Un souffle capable de détruire chacun et les autres. Un roman qui se nourrit de ce doute qui s’installe, s’enracine, vrille et tenaille les coeurs. Difficile de penser au présent et à l’avenir. Impossible de panser le passé et ses déchirures, ses manquements, ses peurs et ses fuites. Alice et Lucy se cherchent, veulent se perdre, se sauver, se créer un à-venir… Mais est-ce possible quand les repères s’estompent, que la lumière de la ville ne brille plus et que la flamme de tout espoir vacille au vents contraires des manipulations? Un froid glacial tombe sur une amitié et se perd dans les ruelles de Tanger! Un roman qui tient ses promesses.

Ma critique:

Curieux roman que ce « Tangerine » signé Christine Mangan. A la fois plaisant, questionnant, révoltant, voire irrecevable. Alice et Lucy sont amies depuis toujours. Toujours ? Pas sûr, mais elles ont un tel passé de connivences ! Connivences ? Ou manipulation ? Le lecteur tâchera de trancher en suivant leurs histoires qui s’imbriquent l’une dans l’autre, se consolident ou s’entrechoquent.

En situant le présent de l’ouvrage à Tanger (d’où le titre Tangerine, de Tanger), l’autrice nous propose une vision d’une ville bouillonnante et secrète. Un curieux voyage au cœur d’un extérieur qui vit autant que semble dépérir l’intérieur de Alice. C’est là que Christine Mangan nous questionne. Que penser d’un tel mode de vie bardé d’allégeance et de repli de l’une alors que l’autre s’octroie toutes les libertés ? Peut-on, doit-on aider l’une à sortir des griffes d’un tel époux ? Lucy a-t-elle de bonnes raisons de vouloir les séparer et de fuir avec sa complice Alice ?

Plus d’une fois, le lecteur aura envie de distribuer des baffes et claques au mari. Mais pas seulement !  Tout, dans ce roman, n’est que duperies, machinations, mensonges et exploitation de l’autre à des fins peu avouables. 

Ne pouvant guère se ranger exclusivement du côté de l’un des personnages, pas plus que des valeurs activées par ces derniers pour arriver à leur faim, le lecteur se laissera emmener et distraire par les subtilités rocambolesques d’une écriture qui manipule, avec doigté, les défauts de l’âme humaine au point de créer une intrigue qui sublime la malveillance… Un récit qui tient ses promesses ! Merci #Tangerine #NetGalleyFrance

Ce qu’en dit l’éditeur:

Tanger, 1956. Alice Shipley n’y arrive pas. 
Cette violence palpable, ces rues surpeuplées, cette chaleur constante : à croire que la ville la rejette, lui veut du mal. 
L’arrivée de son ancienne colocataire, Lucy, transforme son quotidien mortifère. Ses journées ne se résument plus à attendre le retour de son mari, John. Son amie lui donne la force d’affronter la ville, de sortir de son isolement. 
Puis advient ce glissement, lent, insidieux. La joie des retrouvailles fait place à une sensation d’étouffement, à la certitude d’être observée. La bienveillance de Lucy, sa propre lucidité, tout semble soudain si fragile… surtout quand John disparaît. 
Avec une Tanger envoûtante et sombre comme toile de fond, des personnages obsessionnels apprennent à leurs dépens la définition du mot doute. 

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laure Manceau 

Garbage Night

de Jen LEE

ISBN: 9782357990050

Roman graphique

Edition: KINAYE ( 12/04/2019)

Ma cote: 6 / 10

Mon billet:

Le roman graphique de jeunesse est un monde nouveau pour moi. Grâce à une Masse Critique de Babelio, je tente d’y pénétrer mais je n’en connais pas les codes. Je ne peux faire confiance qu’à mon intuition et à ma sensibilité, toutes deux marquées par mes habitudes, mes zones de confort et mon éducation livresque. Ce qui m’intéresse, avant tout, c’est d’essayer d’extraire les valeurs sous-jacentes au récit.

Avec Garbage night, j’entre donc dans un monde qui n’est déjà plus monde. L’Apocalypse est passée par là. Tout est déshumanisé, dénaturé, dévasté. Les couleurs vives, criardes flirtant avec les aplats sombres ou des me le disent à souhait : je suis au cœur d’un monde où il ne fait pas bon vivre !

Simon, le chien, vit avec ses deux amis, Cliff, le raton laveur et Reynard, le cerf cabossé. Leur terrain de chasse, un désert urbain abandonné et sa forêt maigrichonne.  Ils espèrent encore de beaux jours mais doivent se contenter de zoner aux alentours des derniers commerces abandonnés et des distributeurs vandalisés qui pourraient, tout de même, fournir quelques pitances en attendant le grand retour de la « Garbage night », la nuit des poubelles où il serait si doux de fureter et de se gaver de ce que les hommes déjettent ! Mais, voilà, pour avoir des poubelles, il faudrait des hommes !

Le trio vivote, chacun tâche d’y tenir son rôle et l’entraide dans la misère existe tant bien que mal. Mais un jour de disette augmentée, Simon et ses amis vont rencontrer Barnaby, un autre chien vagabond qui leur parle d’une ‘autre ville’, un ‘eldorado poubellistique’ à découvrir.

La  quête d’une assurance ‘survie’, croyance parmi d’autres croyances, le rêve d’une poubelle plus riche de l’autre côté de la clôture et la sinistrose engendrée par la misère actuelle vont pousser le trio à suivre Barnaby. Nos trois comparses connaîtront des conflits de loyauté,  la stigmatisation des plus faibles, la provocation de l’autre que nourrit la soif de pouvoir… triste noir reflet de la société qui est la nôtre ! Les mécanismes qui engendrent des relations humaines équilibrées et solidaires seront mises à mal, les animaux anthropomorphes présentés ici n’étant guère différent des hommes que nous sommes dan bancales.

L’adulte comprend l’allégorie. Il peut réfléchir face à cette vision du monde qui est là, bien présente au sein de nos communautés et territoires actuels. Le jeune, lui aussi, doit percevoir les enjeux, les espoirs, les attentes et les désillusions… mais aussi les valeurs distillées par Jen LEE dans son « Garbage night ».    Encore, probablement, sera-t-il nécessaire d’échanger avec le jeune sur sa lecture de ce roman graphique pour valider le message qu’il peut en tirer.

Pour ma part, je n’ai guère pris de plaisir visuel à cette lecture. Le graphisme n’est, pour moi, ni suffisamment pur et simple (à mon âge, on aime la ligne claire) ou suffisamment complexe pour en dire davantage (à mon âge, on se plaît à l’analyse approfondie d’un dessin, d’un plan, d’un tableau). Le minimalisme des dessins, je le perçois comme un travail quelque peu inachevé.  J’ai tort, probablement, n’empêche… les valeurs restent derrière (un peu trop peut-être ?) même si elles sont chez moi génératrices de réflexions et valident l’ensemble.    

Mais, je le répète, je ne maîtrise pas les codes du genre et donc mon avis est plus un billet d’humeur qu’une critique de livre.  Au plaisir de lire d’autres avis et d’apprendre par eux.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Simon est un chien qui vit avec ses deux meilleurs amis, un raton-laveur et un cerf, dans un jardin aride et dévasté. Ils passent leurs journées à piller le supermarché en ruines et attendent le retour de la sacro-sainte « Garbage Night », mais les semaines passent, et les poubelles restent désespérément vides. Pendant une mission de récupération, ils rencontrent Barnaby, un autre chien abandonné qui leur parle de « l’autre ville », où les humains vivent peut-être encore. 
Poussé par la faim et la promesse de nourriture, le trio rejoint Barnaby et plonge dans l’inconnu…

Ce qui ne tue pas

de Rachel ABBOTT

Editions: Noir Belfond

ISBN: 9782714480828

Ma cote: 8 / 10

Merci à NetGalley, France et aux éditions Noir Belfond pour leur confiance. J’ai été très heureux de découvrir une autrice que je ne connaissais pas.

#CeQuiNeTuePas #NetGalleyFrance

En 10 lignes, max! (Présentation du livre par frconstant)

Stéphanie KING, enquêtrice de la police, se rend pour la deuxième fois dans la maison de Marcus, peintre aussi talentueux que fragile. La première fois, c’était à la mort de Mia, femme de l’artiste. Cette fois, S. King découvre deux corps. Celui de Marcus, mort et celui d’Evie, sa nouvelle compagne, vivante mais tailladée au couteau. Rachel Abbott nous entraîne dans un récit où le vrai sonne faux, le faux paraît vraisemblable et où tout n’est que manipulation, vengeance, violence et rivalité féminine entre Evie et Cléo, la sœur de Marcus qui, toute sa vie, a tenté de le protéger. Un thriller qui trouve sa source au fond d’un monde tordu, laisse croire au lecteur qu’il peut tout de même s’approcher de la vérité et qui, de pied de nez en pied de nez au bon sens, va l’entraîner là où il ne pouvait l’imaginer. Addictif à souhait !

Ma critique:

Mort, violence, manipulation et soif de vengeance sont omniprésentes dans ce roman. Marcus, cet artiste vulnérable ou ce manipulateur violent,  est protégé par sa sœur Cléo. Celle-ci ne peut supporter Evie, la nouvelle compagne de Marcus qui, c’est manifeste, cherche à briser ce lien de famille et à isoler leur amour loin du droit de regard inquisiteur que s’octroie Cléo. Ces deux femmes vont se méfier, se jouer l’une de l’autre et manipuler des bouts de vérité accommodée suivant leurs intérêts divergents.

En suivant le récit et les questions que se pose l’agent Stéphanie King, tour à tour, le lecteur se prend à supporter l’une, voudrait démolir l’autre et se réjouit qu’enfin le Marcus ne puisse plus nuire.  Mais tout bascule, les cartes sont remélangées et le jeu est tout autre… jusqu’au nouveau rebondissement qui ouvre encore une nouvelle voie, un nouveau gouffre, une descente aux enfers. Le lecteur crie victoire, vengeance. Il reprend sa parole et change sa cible. Ses appuis se dérobent… Qui faut-il croire ?

Bref, Rachel ABBOTT réussit parfaitement son coup, nous déstabiliser sans cesse tout en nous forçant à la suivre là où elle veut : au cœur d’une rivalité féminine morbide, au plus profond de l’inacceptation du passé, au milieu de l’abject et d’une soif de justice sous la Loi du Talion. Ses personnages sont admirablement typés. Tous ont leur portrait psychologique qui les identifie. Tous ont des faces cachées qui sèment le doute. A qui faire confiance ?  Rachel ABBOTT nous met en situation d’inconfort, nous propose puis et détruit les repères nécessaires à deviner la vérité. Mais, même assis entre deux idées, le lecteur n’en garde qu’une troisième: poursuivre sa lecture pour connaître la vérité ! 

Une écriture addictive à souhait ! Surtout, ne pas s’en priver!

Ce qu’en dit l’éditeur:

Rivalité féminine, faux-semblants, manipulation et vengeance mortelle… La reine du polar anglais revient en force avec un thriller aussi retors qu’addictif.

Cléo North sait qu’elle devrait se réjouir pour son petit frère Marcus. Pourtant, rien n’y fait, elle ne sent pas du tout sa nouvelle compagne, Evie, et voit d’un très mauvais œil l’influence croissante de la jeune femme sur son frère. Et puis que signifie cette propension à se blesser « accidentellement » sans arrêt ? Une manière d’attirer encore davantage l’attention de Marcus ? Comme si son pauvre frère, cet artiste si talentueux et si vulnérable, n’avait pas été déjà assez éprouvé par le décès de sa première épouse…

Un soir, un appel à la police, deux corps retrouvés dans la somptueuse demeure des North. Celui de Marcus sans vie, celui d’Evie ensanglanté. Un jeu sexuel scabreux ? Une dispute qui aurait mal tourné ?

Derrière les apparences, qui est le bourreau et qui est la victime ? À travers les voix d’Evie et de Cléo, deux visages du défunt émergent. Pour l’agent Stéphanie King commence l’enquête la plus brutale, la plus ahurissante de sa carrière.

A propos de l’autrice:

Née près de Manchester, Rachel Abbott vit en Italie. Après Illusions fatalesLe Piège du silenceUne famille trop parfaite et La Disparue de NoëlCe qui ne tue pas est son cinquième roman à paraître en France. 

Est-ce que tu as la clé?

de François Tefnin

Editions: Murmure des soirs (2018)

ISBN: 9782930657455

Ma cote: 10 / 10 Coup de coeur!

En 10 lignes, max! (Présentation du livre par Frconstant)

Avec des mots choisis, pesés, réfléchis, François Tefnin nous partage son expérience de parentalité inversée. Il a dû prendre la décision de placer sa maman dans une maison de repos alors qu’elle voulait rester chez elle. Il assume son choix et chemine avec elle, avec lui… avec nous si nous le voulons. Avec un oeil à l’écoute des coeurs, l’auteur s’interroge sur cette bascule de la vie. Il observe avec tendresse, colère, lucidité et incompréhension ce dernier tronçon du parcours qui risque d’occulter tous ceux qui ont précédé. Ce livre est bourré de mots qui font sourire, qui interpellent, questionnent, rassurent ou dérangent. Mais, toujours, il invite à un au-delà à explorer. Un livre à lire et partager.

Ma critique:

« Est-ce que tu as la clé ? » est un émouvant récit de François Tefnin. Ce livre, d’une densité nourricière, partage au lecteur les réflexions, observations, interrogations et tentatives de réponses que l’auteur a pu vivre lorsque, pour lui, les rôles de parent et d’enfant ont basculé, lentement précipités par l’usure du temps.

La maman est celle qui façonne le quotidien, le bien-être offert à l’enfant au-delà de son insouciance. Omniprésente, sans rien réclamer, elle n’a que des journées trop courtes pour simplement être présente à l’enfant, au mari, à la famille. Durant des années, elle assure et rassure.

Et puis, un jour, c’est à l’enfant à prendre la décision d’assurer le quotidien de sa maman. La présence est devenue absence, la longueur des jours s’est noyée dans la perte des repères et la gestion du confort, du bien-être doit être déléguée à l’institution. La parentalité est inversée. ‘Maman’ est donc placée en maison de repos…  Sa vie chavire, l’inquiétude surgit, la question est lancinante : Est-ce que tu as la clé ? … je veux rentrer à la maison !

« C’est pour trois jours !  Nous sommes le 19 janvier 2005. Tu viens d’en prendre pour cinq ans, mais tu ne le sais pas. Nous non plus. » C’est avec ces mots que l’auteur entame écrit à sa maman, comme aux lecteurs. Il pose ce témoignage, en toute lucidité. On le sent, il est important pour lui de s’octroyer une pause, de prendre le temps de comprendre. Transformer les incidents critiques, drôles ou dramatiques mais toujours vitaux qu’il a vécus durant ces cinq ans, en incitants critiques pour mieux accompagner sa maman, interpeller l’institution, s’interroger sur la vie, son sens, les buts et les moyens à se donner dans l’agir.

François Tefnin, ne joue pas avec les mots, il ne les manipule, avec doigté, que pour mieux les faire résonner et nous permettre de raisonner.

‘Je t’écris. Je décris… Je – tes cris !’ Et, à travers cette lecture touchante de la vie, de la parentalité à l’envers, de la perte de ‘repaire’ et du voile d’oubli qui tendrait à faire croire que tout peut se confondre, François Tefnin nous réaffirme l’unicité, la singularité de sa maman, le merveilleux engagement de sa vie et l’importance de pouvoir reconnaître, en l’autre, un être d’exception.  

Ce livre, je le recommande à tous.  Il recoupe, bien sûr, quelques thèmes abordés dans ‘Tu verras Maman, tu seras bien’ de Jean Arcelin (critique du 10 avril 2019). Mais avec ‘Est-ce que tu as la clé ?’  François Tefnin va bien au-delà de la problématique des institutions pour personnes âgées. Il y a un supplément d’âme, de fond, de recherche de vérité. Les nombreuses citations mises en exergue des différents chapitres soulignent à la perfection ce souffle d’humanité présent dans ce livre que j’ai reçu ‘comme une invitation à s’emparer des clés requises pour gagner l’au-delà de pertes qui donnent accès à bien des cheminements à explorer encore…’ selon les propres mots de la dédicace de l’auteur. Merci, François !

Ce qu’en dit l’éditeur:

« C’est pour trois jours ! »
« Nous sommes le 19 janvier 2005. Tu viens d’en prendre pour cinq ans, mais tu ne le sais pas. Nous non plus. Tu refuses ton admission dans cette maison de repos. Catégoriquement. »
Rien ne nous prépare à jouer le rôle de parents de nos propres parents. Comment incarner cette nouvelle posture à leur égard, affronter leurs demandes impossibles, leurs refus, leurs silences, la vieillesse implacable, les incompréhensions des institutions ? Comment préserver ce qui peut l’être ? Si possible, jusqu’au bout.

Un mot sur l’auteur:

François Tefnin est né en 1949 à Verviers où il vit. Après une formation de psychologue, il a d’abord exercé cette profession en milieu scolaire avant de devenir conseiller pédagogique, puis responsable d’un service de communication. 
Est-ce que tu as la clé ? est son premier récit.

Citations:

  • Par la permutation de ton statut, me voici installé au titre de visiteur. Comme dans un match sur le terrain de l’adversaire, je sens que je joue à l’extérieur. L’extérieur de toi par mon incapacité à consentir à ta demande. L’extérieur de moi pour la part de composition qu’exige un rôle imposé.
  • Les mots ont ce pouvoir de nous bousculer, voire de nous harceler. Parfois même, de nous précéder dans la connaissance de ce que nous pensions savoir.

Une drôle de fille

de Armel Job

ISBN : 2221239873 
Éditeur : ROBERT LAFFONT (07/02/2019)

Ma cote: 10 / 10

« Armel Job s’impose en maître du thriller psychologique. » La Croix

En 10 lignes, max (Présentation du livre par Frconstant)

Une fois de plus, Armel JOB nous offre un livre qui touche, interpelle, appelle à se souvenir… Josée, est orpheline de guerre, un peu « drole », dirions-nous en oubliant l’accent circonflexe qui nous permet de reprendre le nôtre. Sa simplicité n’a d’égal que son envie de bien faire, sa volonté de servir cette famille qui l’accueille et sa voix qui est si belle qu’elle lui vaudra une invitation au Palais. Nous sommes fin des années cinquante, période que l’auteur fait revivre avec brio. Sans y être pour quoi que ce soit, Josée va réveiller les défauts, les démons et les jalousies des habitants de son village d’accueil. Tout éclatera autour d’elle… et surtout le vernis des bonnes intentions et des apparences. « Une drôle de fille », un thriller qui s’enracine dans le caractère ardennais de l’auteur mais conduit tout droit à l’universalité de l’Homme. Bravo, Monsieur Job!

Ma critique:

1858. La petite Belgique et sa première exposition universelle d’après-guerre. Une époque, une ambiance, un esprit qui marque les esprits. Dans bien des familles, il y a des plaies et pertes à panser, des souvenirs à raconter, des horreurs à taire. Et dans ce monde à reconstruire, cette humanité à retrouver, il y a des ‘bonnes âmes’ qui en appellent à la générosité des vivants pour réintégrer dans la société de nombreux orphelins de guerre. Josée est l’une d’elle. Elle sera placée, chez Ruben Borj et sa femme Gilda, tous deux boulangers au coeur d’un village ardennais. Elle y sera totalement au service de ses patrons…

Mais, ‘simple’, épileptique, elle fera peur et deviendra celle à qui on attribue les torts, celle qu’on cible de toutes les flèches du mensonge, de la jalousie, des méchancetés et des informations tronquées, fausses ou malveillantes. Pourtant, elle chante admirablement bien. Ce don devrait pouvoir l’extirper de sa condition de servitude. Mais est-il admissible qu’elle chante tellement mieux que la fille de la maison? Rendez-vous compte, ce n’est qu’une servante, tout de même!

L’inacceptable dans l’esprit petit bourgeois des patrons et dans la tête de leur fille en plaine crise d’adolescence et de recherche d’émancipation font ouvrir la porte à l’explosion des petitesses de l’âme humaine…

Sous la plume, comme toujours, excessivement limpide de Armel JOB, l’histoire, la grande comme la petite, déroulent ses vérités qui touchent, appellent à la réflexion, forcent à se souvenir: le mensonge habite le quotidien et le service gratuit peut facilement faire alliance avec des intérêts personnels moins reluisants.

Un livre sur la fragilité de l’être, l’innocence peu récompensée et le côté clair-obscur du passé que chacun se construit. Du grand Armel JOB!

Ce qu’en dit l’éditeur:

Rien de plus paisible que la Maison Borj, boulangerie d’une petite ville de province belge à la fin des années 1950. Un foyer sans histoire, deux adolescents charmants, un commerce florissant : les Borj ont tout pour être heureux. Avec générosité, ils acceptent de prendre Josée, une orpheline de guerre, en apprentissage. Une drôle de fille, cette Josée. Épileptique, pratiquement illettrée, mais pourvue d’un don d’autant plus émouvant qu’elle n’en a aucune conscience : elle chante divinement.
Comment imaginer qu’une jeune fille aussi innocente puisse devenir celle par qui le malheur et la ruine vont s’abattre, telle une tornade, sur cette famille en apparence si harmonieuse ?

Une intrigue au suspense virtuose, une manière unique d’explorer au scalpel les sentiments inavouables, d’effeuiller les êtres jusqu’à révéler leur vérité la plus intime : grand romancier de l’âme humaine, Armel Job est ici au sommet de son art.

Ce qu’en dit la Presse:

Un article parmi d’autres… Il présente bien et le roman et son auteur. N’hésitez pas, consultez https://www.journaldequebec.com/2019/04/21/secrets-et-jalousies-apres-la-guerre

En attendant le jour

de Michael Connelly

Edition: Calmann-Levy (Noir)

Date de parution: 13 mars 2019

ISBN: 9782702156568

Ma cote: 8 / 10

En dix lignes, max! (Par Frconstant)

Avec « En attendant le jour », M. Connelly nous propose une nouvelle héroïne. Flic ‘promue’ au quart de nuit au commissariat de Hollywood suite au différent qui l’oppose à sa hiérarchie nimbée d’un machisme du plus mauvais aloi, Renée Ballart est devenue la flic à écarter de toute enquête, celle qu’il faut discréditer auprès de ses collègues, pousser à la faute afin de pouvoir lui retirer sa carte et la faire taire à jamais. C’est qu’elle est têtue, intelligente et jusqu’au boutiste cette Ballart, surtout quand la pourriture à confondre est une des têtes de sa hiérarchie. Sous la plume de M. Connelly, maître du Policier & Thriller, cette héroïne est crédible et on la suivra avec plaisir dans la série qui commence ici.

Ma critique:

Peu de commentaires à ajouter à ma présentation ‘en dix lignes, max!’ de ce roman noir. Michael Connely reste Michael Connely. Son styme est agréable à lire, aisé par la clarté de ses lignes d’actions qui ne provoquent aucune migraine au lecteurs sans, pour autant décerner à de dernier des brevets d’incompétence pour n’avoir jamais rien pu devine ou soupçonner de ce qui va suivre.

Dans ce genre Policier & Thriller, M. Connelly accompagne ses lecteurs dans un bon moment de lecture-détente et souligne, néanmoins, quelques poncifs qu’il est utile de rappeler à nos consciences: Non, il n’est ni juste, ni bon de se laisser tenter par l’appât du gain et du pouvoir et, pour ce faire, d’écraser pour cela plus faible que soi. Oui, la vie mérite d’être défendue dans la justice, la connaissance des responsabilités de chacun et de l’exigence du prix à payer par l’individu qui trahit la communauté!

Merci donc à NetGalley, France et aux Editions Calmann-Levy pour leur confiance renouvelée. Grâce à eux, j’ai pu découvrir une nouvelle héroïne née de la plume d’un auteur que je suivais et aimais depuis longtemps!

Tu verras Maman, tu seras bien

de Jean ARCELIN

ISBN: 9782374481241

XO Editions (7 mars 2019)

Genre: Essais

Ma cote: 7 / 10

En dix lignes, max! (par frconstant)

Cet essai relève du pur registre « poil à gratter »! Après une vie de Commercial dans l’industrie automobile,Jean Arcelin devient, en hommage à sa grand-mère, directeur d’une EHPAD. Après trois ans, il jette le gant, en « beurre-nout » dû à l’implacable Loi du Marché qui sert les actionnaires bien avant la Société. Ce pamphlet apparemment tendre et habité d’un regard empli de sollicitude et d’humour est, en fait, virulent. Il dérange et tenaille l’Homme pris au coeur de ses contradictions. Comment honorer les principes capitalistes qui nous poussent à courir après le gain facile et respecter nos aînés? Acceptons-nous ce système qui leur nie toute personnalité, tout droit à la décision et les cantonne dans une exploitation sans éthique, ni limite? Nos vieux, pouvons-nous continuer à les caser, les cacher, les nier et les exploiter sans vergogne?

Ma critique:

Funambule marchant sur le fil de nos incertitudes, Jean ARCELIN nous invite à prendre position face à un modèle de Société qui verra de plus en plus ses vieux vivre longtemps, dans une dépendance croissante. Sommes-nous droits dans nos bottes lorsque nous leur reconnaissons de moins en moins le droit d’exister pour ce qu’ils sont et pour ce qu’ils ont déjà donné aux générations suivantes? L’Homme peut-il se regarder en face lorsqu’il ‘marchandise’ ses vieux? Que dit d’elle-même une Société qui exploite la vieillesse, lui fait payer plus que son dû, lui refuse toute dignité dans le logement, les soins, l’alimentation et toute vie relationnelle?

Avec un regard tendre sur une face du miroir, glaçant sur l’autre, Jean Arcelin ose accuser un système construit sur l’appât du gain facile et les dictats des actionnaires qui serrent dans leurs griffes les responsables de la gestion des EHPAD. Il l’affirme haut et clair, en France comme ailleurs, s’il n’existe pas un sursaut citoyen réclamant du Législatif un sérieux contrôle des objectifs de rentabilité fixés par les patrons du capital et des moyens de gestion octroyés aux directions et aux équipes soignantes des EHPAD, la prise en charge de nos aînés sera un parfait modèle de non-assistance à personnes en danger, doublé d’une prise d’intérêt personnel sur bien commun appartenant à autrui!

Le document que signe Arcelin est un essai… à ce titre, il ouvre au questionnement bien plus qu’il n’apporte des solutions toutes faites. Même dans ses propositions de fin de livre (heureuse initiative!), les propos restent somme toute assez théoriques et ne règlent pas tout, loin s’en faut.

Mais Jean Arcelin a le mérite de crier « Aux loups! » Il tire une sonnette d’alarme qu’il est grand temps d’actionner et il peut le faire même si son expérience à la direction d’une EHPAD n’est guère plus dense qu’à peine trois ans et quelque passés dans ce milieu. Il est néanmoins crédible parce qu’il ne jette pas l’opprobre sur tous les acteurs du système. Il nuance. S’il dénonce la cupidité humaine des actionnaires, il reconnaît les trésors de patience et de passion, d’attention et de soin, d’inventivité et de combativité offertes aux résidents par des hommes et femmes de terrain qui tentent l’impossible pour améliorer l’alimentation, l’encadrement, le cadre et les soins que peuvent offrir ces lieux de vie à nos aînés, nos anciens, nos vieux.

Ces derniers ont droit au respect, le nôtre comme celui de la Société toute entière. Jean Arcelin ne cesse de le crier sur tous les tons tout au long de cet essai qui mérite d’être lu, relu et réfléchi!

Merci à NetGalley France et aux Editions XO pour leur confiance et le cadeau qu’ils m’ont fait en permettant l’accès à ce livre.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Pour la première fois, le directeur d’un EHPAD témoigne

Pendant près de trois ans, Jean Arcelin a dirigé un EHPAD dans le sud de la France, avant de renoncer, épuisé par un trop-plein d’émotions et révolté par la faiblesse des moyens mis à sa disposition. Il a côtoyé le pire mais aussi le beau : l’existence de vieilles personnes isolées, le plus souvent sans visites, qui s’accrochent à la vie, se réconfortent, reconstituent des parcelles de bonheur.

Des femmes et des hommes qui l’ont ému aux larmes, l’ont fait rire aussi, et dont il raconte avec tendresse le quotidien.

En refermant ce livre, on pensera longtemps à cette vieille dame apeurée, atteinte de la maladie d’Alzheimer, qui vit une histoire d’amour magnifique avec un homme handicapé ; un homme qui lui dit pour la rassurer : « Je serai ta tête, tu seras mes jambes ! »

On s’insurgera surtout contre ces entreprises qui, par souci d’économie, laissent « nos vieux » trop souvent seuls, livrés à eux-mêmes faute de personnel, humiliés par le manque de soins et d’attention. « Comme si la société tout entière, affirme Jean Arcelin, voulait les enterrer vivants… »

Un récit tendre et glaçant.

En 2018, 1,4 million de Français étaient en situation de dépendance. Nous serons 5 millions en 2060.

En fin d’ouvrage, des conseils pour choisir un EHPAD et des solutions concrètes pour relever l’un des plus grands défis de nos sociétés vieillissantes.

Jean Arcelin a 53 ans. il vit dans le sud de la France. Ce livre, il l’a écrit « pour éveiller les consciences, faire exister nos anciens, proposer des actions simples aux pouvoirs publics et aider les familles à faire les bons choix ». 

Dossier de presse