Chaque jour, le dernier…

« Il nous reste le chemin étroit et parfois presqu’introuvable de celui qui reçoit chacune de ses journées comme la dernière et qui vit malgré tout, par sa foi et sa responsabilité, comme s’il avait un long avenir » 

Cette perception de la vie, de l’instant prolongé dans la durée, me parle aujourd’hui.  Tant de mots de cette pensée de Dietrich Bonhoeffer résonnent dans mon esprit. J’y découvre avant tout un objectif de vie. Avec persévérance, pouvoir développer en moi cette capacité à recevoir la journée, non la seule du jour mais chacune de celles de mes jours. Etre capable de recevoir n’est pas une évidence pour moi. Si longtemps, et probablement encore trop maintenant, activiste du Service (avec un S majuscule qui érige ce mot quasi au rang de vertu), mon éducation a forcé ma nature à plutôt vouloir donner qu’à simplement, humblement recevoir. Il me faut encore apprendre à recevoir chaque jour, non comme un dû, fruit d’une quelconque et assez creuse méritocratie  mais comme un cadeau.

Et puis, il y a cette valeur fondamentale qui élève le quotidien au rang de première importance car chaque jour peut être le dernier. Non ce dernier des jours qui implante la mort, l’abîme, la fin de tout mais un possible dernier qui tient la conscience éveillée et engendre la responsabilité de saisir l’instant dans tout l’émerveillement qu’il nous est donné d’y découvrir. Prendre à bras le corps, à bras le cœur ce possible dernier jour pour un faire un tremplin d’avenir. En confiance et responsabilité avec ce qui est, a été et sera. Faire en sorte que, quand bien même ce serait notre dernier jour, tout commencera encore… parce que chacun de nos jours aura été temps de semailles pour le monde et pour ceux avec qui nous aurons cheminé durant nos jours.

Ce chemin de vie n’est pas tous les jours simple à trouver … mais il existe!

Chaque jour, je chercherai!

Funambule…

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Je voudrais avoir cette posture du funambule qui avance à pas glissés sur le fil de la vie en fondant son équilibre sur la longueur de son balancier. Plus il peut le porter long, plus il peut prendre appui sur des extrêmes opposés et trouver l’équilibre des forces contradictoires. C’est alors qu’il trouve sa sécurité et ose affronter le danger en toute sérénité.

La vie, la rumeur, les médias, l’instinct, l’habitude, la lâcheté nous poussent souvent à prendre des positions tranchées. On doit être pour ou contre, blanc ou noir, salé ou sucré, jeune ou vieux beau ou moche, gros ou mince, pour les uns et contre les autres! Entre les contraires, le vide, le trou, l’absence de nuance.

Pourtant, le vrai courage en philosophie est de pouvoir penser pluriel. Non ce pluralisme des idées qui accepte sans analyse, sans filtre et sans critique tout et son contraire, mais cette pensée plurielle, ouverte, questionnante et réfléchie qui, avec sagesse et rigueur, relie les points de vue, les soupèse, et surtout tente de les articuler dans une dynamique toujours risquée mais toujours exaltante.

Je voudrais, comme le funambule ne pas magnifier les extrêmes, mais prendre appui sur eux pour me construire une position d’équilibre!

Tchantchès, homme libre!

Tchantch2010_Wenduine_P_ques_006ès! … Que voilà un personnage qui m’est sympathique!

Pour les non liégeois, Tchantchès est un personnage, que l’on dit folklorique; mais pour le liégeois, il est bien plus que ça, il est l’âme, le fond du liégeois qui sommeille en chacun d’eux. Tchantchès fait partie de l’histoire de Liège, la petite, la légendaire … mais tout le monde sait que l’Histoire est faite de petites histoires. Avec Tchantchès, l’Histoire est fête! Indubitablement, ce truculent personnage fait partie du patrimoine de la Ville et de sa Principauté.

Tchantchès a vu ses lettres de noblesse portées de génération en génération par les montreurs de marionnettes à tringle qui n’ont pas leur pareil pour marier la combativité de leurs personnages et la truculence des propos irrévérencieux, mais sages, que ces héros peuvent tenir dans la langue de chez nous: le wallon, le vrai, le pur, le wallon de Liège, langue à part entière, avec sa grammaire et ses dictionnaires, et non comme d’aucun le pense un simple dialecte…

Mais ce qui me plaît dans le personnage de Tchantchès, c’est sa liberté fondamentale, sa raison de vivre qui est de revendiquer que tout homme est maître chez lui … (et il ne faut y voir aucun sexisme aux couleurs macho… tout bon liégeois sait, en effet, que Nanesse, la ‘douce’ compagne de Tchantchès est celle qui tient le rouleau à tarte, celle qui, à la maison, fait entendre raison à son homme!!!!

On dit souvent que la traduction, wallon-français, de Tchantchès est François. Cela est vrai dans la seule mesure où François (venant du latin Francus) signifie Homme Libre, Homme revendiquant le droit de vivre debout et non sous le joug d’une autorité avilissante pour l’Homme.  Alors, oui, j’aime ce Tchantchès, je me retrouve en lui, je fais mien son combat!

Ecrire dans la tête…

Il est des jours de voyage où les heures qui passent, sous peine de devenir insupportables, ne demandent qu’à être habitées. J’en ai souvent fait l’expérience. Les trajets de vacances, bien souvent trop longs pour le confort du corps, sont pour moi une invitation à laisser la tête prendre la vibration du coeur. Coincé dans l’inconfort d’un autocar toujours non prévu pour les longues jambes qui ne me quittent jamais, trop secoué pour pouvoir écrire et même souvent lire, je ne peux plus que penser… C’est alors mentalement que je construis les textes et les réflexions que je voudrais pouvoir écrire. Et c’est parfois magique!   Rien à voir avec l’écriture au clavier de l’ordinateur ou sur la page blanche du carnet qui m’accompagne dans les bagages. Je n’écris que dans la tête et le processus est, à mes yeux, incomparable au procédé habituel. Peu à peu, je m’extrais du brouhaha ambiant du groupe, je laisse le paysage donner l’impression qu’il me captive,  me plaçant par-là hors d’atteinte des interpellations intempestives des autres voyageurs et je me mets à l’écoute de mes échos intérieurs, de mes contradictions, de mes points de vue antagonistes et de mes conflits avec moi-même. Et comme le temps ne compte plus, il peut être pris pour accepter des mises en route, des arrêts, des redémarrages, des modifications d’itinéraire et des rebroussements de chemins intérieurs.  Les idées s’entraident sans s’entrechoquer, les images se composent, se modifient, se décomposent et se recomposent au rythme de ma respiration intérieure, à la lumière du regard que je pose sur ma vie.

Résultat?  A la halte du soir, quelques traces recopiées de mémoire dans le carnet secret des incidents-incitants qui jalonnent ma vie. Ce carnet m’accompagne depuis bien des années déjà et garde la trace de mes pas, de mes questionnements et réflexions. Il m’aide à me relire les jours où j’en ai besoin.

Comme quoi, de l’inconfort du corps peut naître un temps pour le confort du coeur et de l’esprit!

Levé de soleil

Une personne m’a demandée s’il m’arrivait souvent, rarement, parfois ou jamais de  me réjouir à l’idée du lendemain.  Ma réponse spontanée a été souvent car je suis un optimiste de nature par éducation et expérience.

Par éducation car j’ai été élevé par maman dans cette croyance apprise que si aujourd’hui n’est pas toujours rose (et Dieu sait si pour elle cela a été plus souvent gris-noir que rose), il m’appartient néanmoins de rendre à demain les couleurs, la tonalité et la vivacité qu’il mérite (parce que lui et moi, nous le valons bien!). Pour moi donc, l’optimisme face à l’à venir tient essentiellement dans cette certitude que je peux influer sur lui et fléchir l’avenir qui est plus malléable qu’inéluctable.

Bémol cependant, j’ai aussi fait l’expérience dans ma vie que cette particule d’éternité qu’est l’instant précis du moment que je vis peut être le dernier cadeau quotidien qui m’est donné et que tout peut basculer très vite vers un non avenir, vers une mort aussi peu souhaitée qu’inattendue.  Voilà pourquoi je suis aussi un optimiste par expérience. Je sais que si demain m’est donné, j’aurai le devoir d’en profiter pleinement et d’en savourer le goût de l’éphémère et la richesse de la saveur que ma vie lui donnera. Je ne suis pas responsable d’un nouveau levé de soleil pour moi mais je suis redevable à la vie du plaisir que je prendrai à la vivre.

Lire affine la pensée

Tant de livres me parlent, m’ouvrent à de nouvelles manières de penser, d’appréhender le monde et les humains qui le peuplent. Ces idées nouvelles, parfois concordantes, parfois contradictoires, il me faut les confronter à mes valeurs personnelles, mon éducation, mes expériences de vie, tant professionnelles que privées. A coup sûr, quand je lève la tête et quitte un lire lu, je dispose de nouvelles idées, de potentialités accrues pour me situer dans ce Monde si souvent déboussolé.

Mais avoir lu ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir garder une trace de ce que les yeux ont parcouru. Après chaque lecture, depuis longtemps déjà, je veille à écrire un billet qui facilitera ce travail de traçabilité de mes pensées.  L’essentiel, au-delà de la mémoire, étant d’affiner mon ressenti à propos des images, des questions, des témoignages ou des pistes de réflexion offertes par le livre.

Ecrire est donc pour moi un travail d’affinage de ce qui me donne d’être unique, ma pensée!

Mais j’aime partager et m’enrichir des réactions que les autres peuvent m’offrir en retour. C’est pour cette raison que mes billets sont proposés en lecture à tous et à chacun en particulier. N’hésitez pas à réagir, vous me rendrez plus riche encore!