Le garçon sauvage

de Paolo COGNETTI

  • Date de parution : 17/08/2017
  • Editeur : 10/18
  • EAN : 9782264070081
  • Traduction: Anita Rochedy pour les éditions Zoé

Ma cote: 6 / 10

Ma chronique:

‘ai lu « Le garçon sauvage », signé Paolo COGNETTI, attiré par la couverture qui, dans la version lue était plus belle que celle reprise ici. C’est la photo d’une baïta, au coeur d’un alpage. C’est par ce type de chalet, de logement que j’ai été attiré. Il me rappelait plusieurs séjours en Val d’Aoste.

Je ne mentionnerai pas ce livre comme étant un carnet de voyage ou de montagne, c’est davantage, à mes yeux, un carnet de notes éparses, un carnet d’écriture, d’exercisation à l’écriture. Paolo Cognetti , l’auteur-héros a 30 ans. Il stagne en écriture, suffoque à Milan et a besoin de se ressourcer. Pour ce faire, pas d’autre lieu que sa chère montagne du Val d’Aoste où il a passé tant d’étés à courir les chemins, à respirer les senteurs de la nature et noyer son regard dans la splendeur des paysages. Plus que tout, peut-être, Paolo a besoin de solitude. Un temps à prendre pour lui, se laisser gagner, regagner par les surprises d’une course en montagne, d’une lecture ou relecture d’un roman et des pensées subtiles qui y dorment. Loin de tous, il pourra se réconcilie avec le monde et avec lui. 

Ce bref roman s’éloigne volontairement de l’agitation des grandes villes, des échéances à respecter et du regard d’autrui qui pèse comme un couvercle sur l’imagination.
J’ai moyennement apprécié ce récit. J’y ai retrouvé l’ambiance des baitas, ces petites maisons d’alpage où le quotidien ne s’enracine pas dans le béton de nos villes. J’y ai retrouvé ces montagnes du Val d’Aoste où j’ai, moi aussi, passé des temps de vacances et de plaisirs partagés. Mais je n’ai guère cru à toutes les lectures évoquées qui m’ont semblé trop bien disposées dans le récit pour ne pas être le fruit d’une construction plus intellectuelle que ressentie. 

La découpe en petits chapitres pousse le lecteur à voyager dans ce récit en sauts de puce. Et, s’ils ne fatiguent jamais, vu leur brièveté, ils ne permettent pas de décoller vers des rêves et des digressions intérieures que pourrait appeler l’usage de nombreuses citations dues à la plume de Henri David Thoreau, par exemple. 
Le garçon sauvage s’est révélé être un moment de détente, une pause rappelant quelques beaux souvenirs de vacances et une gentille réflexion, sans plus, sur la gestion de l’inspiration en écriture.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Le Garçon sauvage commence sur un hiver particulier : Paolo Cognetti, 30 ans, étouffe dans sa vie milanaise et ne parvient plus à écrire. Pour retrouver de l’air, il part vivre un été dans le Val d’Aoste. Là, il parcourt les sommets, suspendu entre l’enfance et l’âge adulte, renouant avec la liberté et l’inspiration. Il plonge au cœur de la vie sauvage qui peuple encore la montagne, découvre l’isolement des sommets, avant d’entamer sa désalpe, réconcilié avec l’existence. Néanmoins, ce séjour initiatique ne parvient pas à l’affranchir totalement du genre humain : « je pourrais me libérer de tout, sauf de la solitude. »

Le huitième soir

Par Arnaud De La Grange

ISBN: 9782072825675

Edition: Gallimard

Ma cote: 10 / 10

« Pause page 100 »:

Au terme du quatrième soir (le livre en conte 8), je m’interroge. Qu’est-ce qui me donne envie de poursuivre ma lecture? Sans hésitation, c’est l’approche universelle de ce roman. La réflexion à propos de l’homme blessé, des moteurs de sa résilience. Comment un homme peut-il prétendre chercher un sens à sa vie en faisant la guerre ? Arnaud De La Grange donne la parole aux engagés dans la boue, la souffrance et la mort. Mais, à travers cela, il donne la parole à la vie, la fraternité et au sens profond des paroles et des silences partagés par la fratrie du feu. Au cœur d’un monde qui se disloque, défaussé d’humanité, l’auteur nous propose une pensée bien loin du manichéisme de nos classifications habituelles. Quelle magnifique piste à suivre…

Ma chronique :

« Le huitième soir », un livre d’une lucidité à gifler les bonnes consciences légitimant les guerres absurdes, les guerres d’intérêts et de négation de ce que peut être l’Homme. Là où certains oublient que notre vieille Europe a autant pillé qu’apporté aux colonies, Arnaud De La Grange refuse les faux portraits. Être Français et combattre en Indochine ne relève ni d’un égarement, ni d’une déviance morbide, encore moins d’un héroïsme qui serait déplacé.

A l’entame du récit, le narrateur, jeune officier parachutiste écrit sur des feuillets boueux. Au fond du  trou, sous une voûte de mitrailles, il n’a plus que le temps d’être vrai. S’il se fout de la France, dira-t-il, c’est parce que la France se fout d’eux. Lâchés par leur patrie, ils sont renvoyés à eux-mêmes au cœur de l’enfer ‘en plein accord unilatéral’ avec le haut commandement… Admirez la pirouette des chefs qui juxtaposent un plein accord à l’unilatéral ! Dans de telles conditions, les hommes de la troupe n’ont plus que leur honneur à préserver. Frères dans le sang,  leurs seules richesses sont la solidarité et le respect mutuel qu’ils partagent entre compagnons.  

Le décor de ce roman est le choc infernal de la bataille de Diem Bien Phu alors que l’Indochine échappe au contrôle français qui n’en accepte pas l’idée. Mais, il ne faut pas s’y tromper, le lieu, le temps et les protagonistes ont finalement peu d’importance. Avec ce livre, Arnaud De La Grange dresse une évocation apocalyptique  de l’absurdité de tous les combats, coloniaux ou pas, qui ne trouvent leur un sens profond, digne de l’Homme, que dans l’abnégation, la solidarité et le jusqu’au boutisme des petits, des sans grades oubliés, des méprisés tenus pour jetons de négociation par les politiques, les diplomates de salon et les rangées de médailles des QG militaires éloignés du terrain. Tous,  beaux parleurs mais personnages sans consistance, tous avides de pouvoir mais démunis de tout courage.

L’auteur montre, démontre devrais-je dire, la fracture qui existe entre ceux qui engagent les hostilités et ceux qui s’engagent au combat. Entre ceux qui, du haut de leur France saturée de certitudes jugent les autres orgueilleux, égarés, fous ou étranges, voire étrangers ! Et Dieu sait que ‘Il y a beaucoup d’endroits au monde où on n’aime pas les étrangers !’ dira le narrateur. Ce sont pourtant ces morts en sursis qui seuls sont des hommes. Leurs juges n’en sont que des copies.  

A suivre ce ‘ gigantesque labour qui disperse la terre et les êtres’, on peut comprendre que l’envie d’anéantir ceux d’en face puisse coexister avec le respect mutuel qui peut naître entre combattants, engagés dans une même lutte, partageant, quelque que soit leur bord, la folle envie d’être survivant au petit matin qui se fait attendre. J’ai reçu la dernière phrase du roman comme une parfaite illustration de l’ouverture à la réalité et à l’acceptation de la partition qui place la ligne de démarcation entre les combattants, tous du même sang quel que soit le camp et les décideurs, eux toujours loin de ces tranchées.

Avec une maîtrise extraordinaire de la description et une richesse de vocabulaire qui cependant reste à la portée de tous les lecteurs, Arnaud De La Grange donne vie à ces âpres combats, aux éclatements de terre, de boue, aux faux-bonds de la logistique de couverture, au manque total de moyens médicaux, aux dislocations des corps, aux arrachements de la vie et à l’épuisements extrême des soldats au feu. Il ouvre aussi au questionnement existentiel de ces braves, à leurs silences qui en disent long sur leur préscience de l’à-venir et même sur la légitimité de la révolte et de la violence de ceux d’en face.

Le lecteur ne sort pas indemne d’une telle confrontation à la réalité de l’atroce. Il ne peut se retrancher derrière le polissage des récits édulcorés proposés dans nos livres d’histoire. Il doit se prendre de face les claques des mauvaises raisons de ces conflits, les trahisons des gens de pouvoir, les silences radio, les ‘débrouille-toi’, les ‘à toi de voir ce que tu peux faire’ ou les ‘tiens encore un peu, le temps qu’on négocie un retrait honorable … pour nos états-majors ‘.

Mais au cœur de toutes ces atrocités et coups bas flanqués aux hommes du terrain, l’auteur, Arnaud De La Grange, s’offre l’audace de semer une vision du monde riche de sens, nourrie de nobles ressentis et nimbée d’une poésie qui pousse l’Homme à rester humain et confiant. Au cœur de l’atroce, le narrateur s’ouvre encore à la vie en évoquant le parcours qu’il s’est imposé pour retrouver l’usage de son corps après un accident de moto. Il puise ses forces dans sa volonté de retrouver le lien l’unissant à sa mère et la vision du combat de celle-ci contre le cancer, la mise en évidence des liens qui unissent le narrateur à son ami André, à Pauline qui est métisse de sang mais bien plus encore de culture et de rêves. Et même si cette Pauline estimera ne jamais pouvoir être perçue comme étant du bon côté,  elle le suppliera de l’aimer, de la faire vivre… Tous ces liens humains ne suffisent pas à sortir le combattant de l’impasse du conflit mais elle redonne au Monde et aux hommes une couleur, un souffle qui aident à se tenir debout !

Il reste que demain sera encore, certes… mais à quel prix ? A nous d’en prendre conscience !

J’ai beaucoup aimé ce livre au regard décalé, cette liberté et cette force de ton choisie par l’auteur. Assurément, Arnaud De La Grange, un auteur à suivre !

Ce qu’en disait l’éditeur:

Arnaud De La Grange 
Lauréat du Prix Roger Nimier 2019
pour son roman.

 » Je suis ici parce que j’ai lu Loti et que la France m’ennuie. Je me rêvais pèlerin d’Angkor et me voilà planté dans une grande mare de boue. Embarqué dans une sale histoire en un coin où l’on se tue avec une inépuisable énergie.» 
Dans l’enfer de la bataille de Dien Bien Phu, en ce crépuscule de l’Indochine, un jeune homme se retourne sur sa vie. Parce que le temps lui est compté, il se penche sur ses rêves et ses amours enfuis. 
Au-delà de la guerre, son histoire est celle de l’Homme face à l’épreuve, quand elle fait sortir la vérité d’un être. Elle raconte la résilience après un accident, la souffrance d’un fils devant une mère qui se meurt, la quête de sens au milieu de l’absurde. Derrière la dramaturgie de ce combat dantesque, ces pages chantent aussi la sensualité et la poésie du monde. Elles sont un hymne à la fraternité humaine et à la vie, par-dessus tout. « 

Sélectionné pour le Prix Renaudot 2019.

La tête haute

Le combat de la mère de Marin

Par Audrey Sauvajon

Edition: Flammarion

ISBN: 9782081452022

Ma cote: 8 / 10

En quelques lignes (Présentation du livre par Frconstant):

En quelques lignes : Le 11 novembre 2016,  Marin a été sauvagement agressé après avoir défendu un couple qui s’embrassait sur le parvis de la Part-Dieu à Lyon. . Plongé dans le coma par les coups reçus, il a été,  contre toute attente raisonnable, opéré mais est resté lourdement cérébrolésé. Audrey, sa maman, raconte dans ce livre son combat pour sauver son fils, l’aider à vivre et à construire un après ! Habitée par un sentiment d’urgence, elle va s’opposer à bien des médecins, des programmes de rééducation et expérimenter auprès de Marin ses intuitions en matière de gestes à poser pour aider les cérébrolésés. Ce livre est un hommage à la résilience qui peut nous pousser bien au-delà de nous-mêmes. La Fondation « La tête haute, je soutiens Marin » poursuit ce combat exemplaire.

Ma chronique:

J’ouvre ce livre avec envie et appréhension. Sans connaître le cas de Marin qui trouve une exemplarité dans le civisme à l’origine de son massacre par un délinquant mineur, j’ai envie de découvrir de nouvelles pistes, d’en confirmer d’autres et de me projeter dans la lecture-miroir du récit de cette maman.

J’ai eu, dans ce livre, la confirmation de la souffrance qu’est ce handicap invisible, celui que peu de personnes remarquent sous les efforts incommensurables que font les cérébrolésés pour paraître tels que les voudraient les gens qui sont autour d’eux… mais pas assez proches pour les reconnaître tels qu’ils sont.  

J’ai aussi très bien saisi le pouvoir de résilience qui alimente le combat quotidien de ces cerveaux lésés et de leur entourage. La capacité de rebondir n’est pas simplement celle de retomber sur ses pieds. C’est davantage la capacité de donner du sens à ce qui paraît insensé, d’ouvrir un avenir à ce qui parait être une fin.  A ce titre, le témoignage de la maman de Marin est exemplaire.

J’ai aussi retrouvé dans ce récit certaines attitudes d’une partie du monde médical, postures d’ego surdimensionnés, incapacités de communiquer en langage courant, refus d’entendre qu’une idée venant du patient ou de ses proches est peut-être plus juste, plus affinée, plus productive de bien-être que ce que la Faculté a toujours dit, toujours fait, toujours préconisé.

Mais, je rends à l’auteur le contenu de son récit, sa droiture dans le combat, son déterminisme pour défendre une cause juste, celle d’une mère qui se bat pour et avec son fils. Je ne suis pas en total accord avec tous les avis que Audrey Sauvajon émet sur les soins hospitaliers, la rééducation fonctionnelle, la justice et le rôle de cette dernière. Je ne les remets pas en question, j’en prends connaissance mais mon expérience (qui est belge et non française, par ailleurs) n’est pas la même… même si le combat pour une médecine plus humaine est le mien aussi. Nous divergeons sur nos terrains de combat et nos passes d’armes.  

Mais quoique j’en retienne, ce livre a le mérite d’exister. Il faut lui donner une audience et sensibiliser les lecteurs à ces combats que trop de patients, de victimes de violences, trop d’accidentés de la vie doivent mener. La recherche médicale en neurologie doit se développer, il faut l’aider. La recherche en manière d’accompagnement ‘en humanité’ les cérébrolésés doit aussi occuper une place de première importance. Ce livre peut y aider ! 

Merci aux Editions Flammarion et à la Fondation Orange qui m’ont fait confiance en me proposant cette lecture.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Le 11 novembre 2016, Marin a tout juste 20 ans lorsqu’il est sauvagement agressé après avoir défendu un couple qui   brassait sur le parvis de La Part-Dieu à Lyon. Frappé à la tête si violemment qu’il semble irrémédiablement condamné. Miraculeusement sauvé la nuit qui a suivi l’agression par un neurochirurgien audacieux, le combat pour faire renaître Marin n’en est pourtant qu’à ses prémices. Sa mère, Audrey, animée par un sens du devoir exacerbé et un instinct maternel à toute épreuve, nous livre ici un témoignage puissant. Elle raconte comment elle a décidé de défier le pronostic extrêmement pessimiste du corps médical et de tout mettre en œuvre pour sauver son fils. L’honnêteté et la pudeur de son récit montrent la manière dont l’énergie de Marin et la sienne sont entrées en combustion pour gagner un combat qui semblait vain. Elle a pris le pari de suivre son intuition, de braver les consignes médicales et de tenter des thérapies qui se sont révélées des succès. Et surtout, elle a cru en Marin et en sa volonté de vivre à tout prix.

Emi, Lucette et la coiffeuse

Par Evelyne LARCHER

Sa biographie (par l’autrice)

Pharmacienne de profession, il m’arrive de taquiner le clavier de mon ordinateur comme une thérapie. Tous les récits qui racontent les combats de l’être humain, ses défaites, ses victoires et sa résilience me passionnent.

Edition : Librinova (Autopublication)

ISBN : 9791026229629

Ma cote : 7/10

Ma chronique :

« Emi, Lucette et la coiffeuse » est, selon Librinova, un premier roman. Il est indéniable que l’autrice, Evelyne Larcher, a le sens de l’observation des jeux de pouvoir et des relations de proximité qui peuvent faire vivre ou détruire le tissu social d’un quartier des faubourgs.  Comme l’annonce la 4e de couverture, la mère d’Emi a été agressée. Elle gît actuellement dans le coma. Lucette, ancienne assistante sociale, découvre dans ce fait divers toutes les raisons du monde de se mobiliser pour trouver le ou la responsable. Belle occasion pour elle de se désennuyer et de régler ses comptes avec son entourage qu’elle observe et juge facilement.

Evelyne Larcher maîtrise la création de personnages haut en couleurs. Même si elle flirte parfois avec la caricature, elle fait vivre et cohabiter des protagonistes d’âges, d’origines, de centres d’intérêt et de valeurs différents. Ce patchwork ne peut que dynamiser, voire dynamiter son récit. A relever, pour exemple, la truculence d’une Lucette aux expressions et à l’accent chantant de la Guadeloupe. Au cœur du récit, cette Mam des îles règne sur son petit monde et c’est parfois drôle, souvent touchant même si c’est quelques fois énervant de voir tant d’énergie dépensée à épier le voisinage, à le jauger, le manipuler sous prétexte de le sauver.

Un regret, tout de même. Si l’autrice propose une brochette de personnages riches de leur diversité, l’histoire peine à trouver son souffle, à s’imbriquer dans une articulation limpide et sans conflit entre les idées et sujets abordés. Le lecteur que je suis, plus d’une fois, a perdu le fil, n’a pas compris les transitions, les ruptures, arrêts et redémarrages dans de nouvelles directions, intéressantes, certes mais digressives. L’enquête menée à propos de l’agression de Adèle, maman de Emi, se dilue parfois dans la poursuite d’analyses psycho-sociales intergénérationnelles ou l’analyse des différentes couches sociales et la manière de s’y imposer. Or, ces analyses dispersent et se révèlent sans apport nouveau ou consolidation de la cohérence du récit initial. De plus, quelques usages de termes à la signification alambiquée et trouvant difficilement leurs places dans le cadre de l’histoire de la ponctuation ou choix des termes compliquent également ci et là la lecture …

Bref, alors que j’aimais l’histoire qui me rappelait un jeu théâtral vu il y a des années qui déclinait le thème d’une populaire cité joyeuse et des échanges explosifs et comiques qui en nourrissaient le quotidien,   j’ai regretté, ici, le manque de rythme dans l’expression du récit. La mélodie est là, riche de la variété des personnages mais il n’y a pas – ou trop peu – dans l’écriture de temps d’arrêt, de silence, de pause permettant une résonnance donnant de l’ampleur à l’histoire. Les faits sont contés, sans plus, sans alternance de temps forts et de temps faibles, donc de rythme. De plus, la typographie, elle-même, le découpage en paragraphes ne m’est pas apparue au service d’une plus grande dynamique du récit. Le lecteur que je suis n’a pas toujours su sur quel pied danser , Funambule, en équilibre entre l’avidité d’avancer dans le travail d’enquête et, en même temps, le désir d’avoir des temps de pauses, d’arrêt pour imaginer des suites possibles avant qu’elles ne me soient imposées par la linéarité monocorde du style de l’autrice.

Il me restera, à propos de ce roman « Emi, Lucette et la coiffeuse » un avis mitigé basé sur l’envie de passer à autre chose, mais aussi de rencontrer mon désir de poursuivre la découverte de cette plume inventive qui, j’en suis sûr, progressera et développera une souplesse et une dextérité dans l’art de conter.  A coup sûr, une autrice qui, au fil du temps, pourra compter dans le paysage de l’autoédition.

Semer des graminées

Par Nathalie Longevial

ISBN : 1026232953 


Éditeur : LIBRINOVA (12/06/2019)

Ma cote: 8 /10

Ma chronique:

Papa a un cancer… Nathalie Longevial l’annonce dès l’entame du livre, il est donc déjà mort !

Oups, est-ce politiquement correct d’être lucide à ce point ? Est-ce acceptable pour les lecteurs lambda qui ne connaissent ni l’auteur, ni l’auteur de ses jours ? Peuvent-ils, sans dégât pour eux-mêmes, entrer de la sorte dans l’implacable réalité ? Et puis, surtout, est-ce correct de la part d’une autrice de livrer son journal intime comme étant quasi une vérité universelle ?

A cette dernière question, je réponds :  ‘Non !’, Bien sûr. Mais il faut aller au-delà d’une première impression. L’autrice se montre humble, prudente dans son partage. Aucune posture péremptoire. Ici, il nous est seulement partagé qu’il est normal de nier, de refuser, de croire qu’on pourra dépasser et finalement d’accepter ce genre de combat que nous impose le cancer ou toute autre maladie dévastatrice. Mais il nous est dit, aussi, que l’accompagnement de ce combat est un chemin, un chemin de vie…

Le tout, sans aucune prétention de discours universel, aucun côté donneur de leçons ! Voilà pourquoi ce livre a le droit et le mérite d’exister, même s’il n’est pas unique en son genre. Un témoignage reste un témoignage mais n’en est pas moins un témoignage qui peut alimenter notre recherche de sens.  

Et, dans cette approche, la lucidité ne peut pas être un défaut, un repoussoir à la lecture. De plus, la réalité ne nécessite pas qu’on en connaisse les acteurs de près pour être réelle, donc elle peut se partager. Mais pas n’importe comment…

Et c’est à ce difficile exercice d’équilibre que se livre Nathalie Longevial. Elle nous invite à une prise de conscience des possibles, à une ouverture sur les interrogations à propos de la vie, de son essence, de la persistance et de la richesse des partages, vécus ou manqués, peu importe.


Et c’est à ce difficile exercice d’équilibre que se livre Nathalie Longevial. Elle nous invite à une prise de conscience des possibles, à une ouverture sur les interrogations à propos de la vie, de son essence, de la persistance et de la richesse des partages, vécus ou manqués, peu importe.

Avec « Semer des graminées », Nathalie Longevial nous livre un trajet personnel proposé de manière pudique. Elle nous introduit à l’universel de la vie qui passe, du temps qui défile, des occasions à ne pas manquer, des opportunités à saisir pour reprendre pied sur le fil de notre histoire, ce câble tendu entre nous et l’avenir, entre nous et notre passé, surtout quand ce dernier est encore présent pour un temps seulement.

On entre dans ce récit, on prend ce qu’on veut, ce qu’on peut, et on repart sur la pointe des pieds avec la certitude qu’il reste quelque chose à faire avant que de tout perdre et, peut-être même avant… Semer des graminées !

J’aime cette image de ce qui apparaît futile aux yeux de bien des jardiniers de la vie, terre à terre comme ils peuvent parfois l’être. Semer des graminées équivaudrait à semer des mauvaises herbes, des ennemis futurs… Et pourtant, dans un massif bercé par tous les vents du globe, qu’est-ce qui reste plus vivant et plus souple aux vents , même contraires, que les graminées ? A méditer.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Papa a un cancer.
Papa a un cancer et tout le monde se doute de la fin. De toute façon me direz-vous, il n’y a qu’une fin. Et à la fin, on meurt.
Papa a un cancer et c’est comme si j’écrivais : Papa va mourir.
Quand ? Bientôt ?
Papa a un cancer et c’est comme si j’écrivais « Papa est mort. » Déjà.
Ce livre n’est pas un roman.
Il n’y a aucun suspense.
Au début, vous connaissez déjà la fin. 

Ecrire*

Benoit Toccacieli

ISBN : 9791035901394 


Éditeur : TOCCACIELI BENOIT (18/02/2019)

Ma cote: 8 : 10

Ma chronique:

J’ai reçu « Ecrire* » comme le partage d’une réflexion sur l’acte d’écrire par un ‘écrivant’ qui sait qu’il peut laisser à sa plume le choix d’écrire les mots qu’elle veut. Ce n’est pas l’écrivain qui dicte sa volonté, qui force le destin de ses personnages, qui impose le but ultime et le parcours, c’est l’artisan plumitif qui continue quotidiennement à naître en lui. C’est cette pousse d’écrivain qui tient l’outil,  en main plus qu’en tête et qui lui fait confiance.

Je découvre ici un deuxième ouvrage de Benoît Toccacieli.  « Ecrire* » a été confié aux rotatives avant « Mes amis ne savent pas lire » chroniqué il y a peu. J’avais tant aimé ce livre que j’avais envie de connaître un peu mieux l’auteur et son rapport à l’écriture. Je me devais donc de découvrir ce recueil de pensées, esquisse d’une introspection sur les forces qui poussent Benoît Toccacieii à écrire.

Avec délicatesse, imagination et humour, l’auteur nous partage son expérience et illustre celle-ci par des exemples de production à lire comme de brèves nouvelles. Par ses réflexions, l’auteur nous guide dans son expérience et les croyances qu’il a faites siennes en matière d’écriture, de partage de ses idées et de respect de ses lecteurs. La lecture est aisée. Le lecteur se prend au jeu de deviner, derrière les métaphores illustrées, ce qui anime, dans le sens de ce qui donne une âme, les écrits et les images que distillent les textes du livret. Avec bonheur, il nous ouvre un espace de liberté en révélant, presqu’au terme de son récit, le sens du signe ‘*’ faisant partie intégrante du titre. Bonne route donc à la suite de Benoît Toccacieli.

Alors, même s’il signe au point final et que son dos restera à jamais imprimé sur l’ouvrage publié, l’auteur sait et nourrit ce savoir, que ce n’est qu’au terme de nombreux exercices d’assouplissement, de stages d’endurance et d’incessantes recherches des meilleurs traits pouvant doser ce qui est à dire, ni trop, ni trop peu, pour laisser aux mots la chance de prendre les valeurs qu’ils recèlent et permettre à l’écrivant-chrysalide de se métamorphoser en écrivain.

Ecrire*, un livre-trace, miroir de l’âme du signataire.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Écrire. Aligner des symboles noirs sur un fond blanc. Une soixantaine de signes différents, si on considère les majuscules, la ponctuation et les accents. Soixante petites formes qui donnent un immense pouvoir à celui qui les utilise.

Citations:

  • … le détail qui rend chaque personne unique, un petit élément qui la distingue des autres. […] Mais pour remarquer ce qui fait cette différence, il a dû apprendre à mieux regarder les gens. Faire abstraction de ce à quoi ils ressemblent, prêter moins d’attention à ce qu’ils peuvent faire de leur vie, et s’interroger plutôt sur ce à quoi ils aspirent.
  • Une fois les yeux fermés, il ne reste que quelques bribes de sensations, quelques minuscules indices sur la nature des choses qui nous entourent. Et en me contentant de ces seuls indices pour deviner le monde, en laissant mon imagination libre de le reconstruire, je réalise qu’il est beaucoup plus grand, beau et complexe que ce que mes yeux m’avaient laissé.
  • De fait, l’auteur ne guide pas avec les mots employés, mais plutôt avec tout ce qu’il ne dit pas, avec ce qui n’est qu’évoqué.
  • Un livre dans lequel je me suis intégralement trouvé. Un livre dont le personnage principal imaginé par l’auteur m’a donné consistance…

Studio 6

Par Liza MARKLUND

ISBN: 9782012031180

Edition: HLAB

Ma cote: 8 / 10

Ma chronique:

#Studio6uneEnquêteDannikaBengtzon #NetGalleyFrance

« Studio 6 » est un roman à l’intrigue soutenue par la plume de Liza MARKLUND, autrice suédoise qui sait se rendre maître d’une intrigue, d’un rythme et d’un questionnement éthique que la société devrait s’imposer plus souvent.  

Annika Bengtzon, journaliste stagiaire  au quotidien « La presse du soir » a pour elle la fougue de la jeunesse, la soif de vérité du débutant et la méconnaissance des complaisances de service des salles de rédaction. Elle heurte donc, crée des inimitiés et des jalousies, jalonne son parcours de coups d’éclat, de coups de génie et de coups bas qu’elle donne et reçoit. Cette fougue emporte le lecteur dans une histoire de meurtre sexuel et sordide, impliquant un premier ministre et, derrière lui, tout le parti et ses magouilles.

Il y a, dans cette enquête d’une journaliste d’investigation encore stagiaire, une belle claque donnée à quelques timoniers des agissements sombres et nauséeux de notre Société ! Une belle réussite.

Le livre, de plus, se suffit à lui-même et la compréhension des personnages ne nécessite pas d’avoir lu les enquêtes dans l’ordre chronologique de leur écriture d’origine. Cela étant dit, le lecteur aura, plus que probablement envie de découvrir les autres écrits de Liza MARKLUND… et il n’aura pas à la regretter ! Bonne lecture à tous et merci à NetGalley et aux éditions HLAB