L'atelier des émotions

Mathilde Chevalier-Pruvo

Editions Eyrolles (2019)

ISBN: 978 2212 67 8215

Ma cote: 10 / 10

Ma chronique:

Je suis tellement d’accord avec Mathilde Chevalier-Pruvo, l’auteure de cet ouvrage intitulé l’Atelier des émotions.  Il faut cultiver notre bienveillance et notre confiance envers les émotions que nos enfants expriment. Les émotions, cela se travaille, se malaxe, se polit avec patience, détermination et profond respect de la matière première, l’humain, la chair de nos chairs ou celles qui nous sont confiées en tant qu’éducateurs, enseignants, grands-parents. Comme des pièces-socles pour construire l’avenir de nos jeunes enfants, adolescents, les émotions sont des moyens de grandir, de se dépasser et, tout en même temps, de se retrouver au plus vrai de nous-même.

Avec simplicité, clarté et sans aucun jugement, ce livre nous propose de revisiter les émotions fondatrices de toute personnalité. S’appuyant sur des acquis des sciences de l’éducation, sans jamais noyer le lecteur de théorie inaccessible, l’auteure permet d’approcher les émotions et de proposer à nos enfants des activités créatrices pour les apprivoiser, grandir à travers elles et s’épanouir dans notre monde.

Le livre, de plus, est joli, frais, illustré et l’avoir en main est un vrai plaisir, simple et profond. Une belle découverte à offrir aux parents, aux enseignants, à tous ceux qui ont envie de ne pas, plus subir les codes de la méritocratie et de la souffrance imposée aux petits d’homme sous prétexte de leur apprendre à vivre… Avec Mathilde Chevalier-Pruvo, il est aisé de comprendre que la vie, la vraie, celle qui épanouit, s’appuie sur l’accueil des émotions, l’écoute de celles-ci et l’apaisement des tensions inutiles. Une lecture-bonheur !

Ce qu’en dit l’éditeur:

La créativité est la voie royale d’expression et d’apprivoisement des émotions !

Joie, colère, peur, tristesse, impatience, amour… : les émotions sont au coeur des journées de nos enfants. Ils les vivent avec une intensité qui les déborde, laissant l’adulte souvent démuni.

Dans ce guide, Mathilde Chevalier-Pruvo aborde, à travers une méthode innovante, les neuf émotions les plus présentes dans la vie des enfants. Elle s’appuie sur la créativité pour les aider à exprimer leurs émotions et à les apprivoiser, afin d’en faire des alliées. Grâce à 35 activités, fondées sur les pédagogies actives (Montessori, Steiner-Waldorf, Reggio Emilia), le jeune lecteur découvrira sa vie intérieure et renforcera son estime de soi. Au fil des chapitres, il fabriquera ainsi un croqueur de colère, un cahier anticauchemars, un jardin zen, un miroir des talents…, qu’il réuti-lisera au quotidien, en toute autonomie pour retrouver sérénité et joie. Chaque émotion sera également illustrée d’un conte : en s’identifiant aux personnages, l’enfant pourra mettre en mots ses émotions afin de trouver ses propres solutions pour se sentir apaisé et confiant.

Que vous soyez parent, enseignant ou professionnel de la petite enfance, l’auteure vous offre des pistes concrètes pour accompagner le développement émotionnel des enfants de 0 à 10 ans, à travers un environnement bienveillant, apaisant et favorisant l’autonomie, pour un quotidien facilité.

Quelques titres de contes et des boîtes à outils pour gérer les émotions:

  • Quel temps fait-il dans ton coeur? & la tente des émotions.
  • Et si on gardait un souvenir des vacances? & la boîte à joie
  • Léa n’arrive pas à s’endormir & les bouteilles apaisantes
  • L’arbre à Marcel & le coffre aux trésors
  • Marcel est en colère & le croqueur de colères
  • C’est la rentrée & la boîte à courage
  • Les secrets de Mamie & la boîte à douceur
  • T’es plus ma copine & les galets de bienveillance
  • En voiture & le tisseur de patience
  • La danse de l’ennui & la peinture magique

Le coeur en dehors

Par Samuel Benchetrit

Editions Grasset 2009

Le Livre de Poche (2011)

ISBN : 978 2246 731 818

978 2253 134 428

Ma cote : 6/10

Ma chronique:

Le cœur en dehors. Cette expression, titre du roman, résume le conseil que donne M. Roland à Charly (page 234), conseil si sage qu’il est encore repris en en quatrième de couverture. « Tu sais, Charly, il faut aimer… Il faut aimer dans la vie, beaucoup.  […] Il n’y a pas assez de cœur en dehors. » Et M. Roland de poursuivre sa dissertation sur le bonheur, la résistance, la résilience (mot qu’il n’emploie pas :  on est en banlieue tout d même, il ne faut pas pousser !) bref un discours sur ce qui est juste et bon pour l’Homme et le gamin de 10 ans que Charly est toujours même s’il vient brutalement de passer à l’âge adulte en ce jour où sa mère est interceptée par les gendarmes.

Pour situer le récit, sans le plomber, sachez que sa mère élève seul son fils Charly qui lui croise, de temps à autre, son frère aîné sous l’emprise de la drogue. Les maigres moyens de subsistance de cette mère sans papier, elle les doit à ce bon M. Roland chez qui elle est femme d’ouvrage… au noir !

Face à cette situation, somme toute assez banale, Samuel Bencherit nous invente un personnage de pure fiction. Il n’a que dix ans, est autonome face à l’adversité de la Banlieue. Il se construit un monde où on ne lit que ce qu’on peut voler, où on tutoie Picasso dans les musés, on aime lire Rimbaud et voler ses bouquins à la bibliothèque et on se tracasse pour le destin de Gaspard Hauser, copain enfant sauvage dont on a discuté en revisitant Verlaine et l’œuvre de François Truffaut. 

Pas sûr qu’on puisse trouver un tel enfant dans nos banlieues ? Dès lors, pourra-t-on croire à cette vie de cité ? Croire à ce Titi campé sur ses deux guibolles et ses certitudes d’enfant et qui s’en sert pour courir, échapper aux flics, aux commerçants qu’il déleste de quelques bénéfices chapardés à l’étalage ?  Pourra-t-on se satisfaire de ce décor qui sert d’écrin à la mise en avant de l’insouciance anxieuse de l’enfant, de sa peur et du vide fanfaronnés par ces dix ans qui viennent de prendre un coup de vieux ? C’est aux lecteurs d’en décider.

Le phrasé, plutôt que l’écriture, écorche les règles minimales des convenances grammaticales de notre français. Mais il sonne juste dans le contexte. L’explosivité de Charly dans ce qu’il dit, ce qu’il pense, les sauts de puces qu’il pratique tous azimuts et les enchaînements illogiques de ses pensées trépidantes offrent de vrais feux d’artifices éphémères aux ressentis que le lecteur peut vivre. C’est parfois un peu chaotique, jamais déplaisant.

Samuel Bencherit est aussi auteur de théâtre. Il enferme ici, quasi en une unité de ton, de temps et d’espace, un personnage dont il veut souligner la fraîcheur, l’innocence et le besoin de tendresse. Si on accepte les codes du genre, on peut être conquis et passer un bon moment avec Charly. Si on se montre trop pointilleux sur la vraisemblance et l’âpreté de la vie dans les cités, on restera probablement sur sa faim. A chacun de choisir ce qu’il est apte à recevoir.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Ce roman, c’est l’histoire de Charlie Traoré, un gamin (dix ans), black d’origine malienne, adorable, vivant en banlieue, entre la Tour Rimbaud et la Tour Simone de Beauvoir, et dont tout l’univers se résume aux copains, à une amoureuse prénommée Mélanie, à son frère drogué, et à sa mère surtout – qui, au début du livre, est « appréhendée » par la police car ses papiers ne sont pas en règle. Pendant toute cette journée (les chapitres du livre, d’ailleurs, se contentent d’être titrés par l’heure qui tourne), Charlie va errer dans sa cité. Il va chercher son frère Henry, rendre viste à des braves gens, frôler des voyous, jouer au foot, sécher l’école, rêver, suivre ses folles associations d’idées, ses digressions d’enfant-adulte, attendre sa mère, si douce, si aimante… Mais ce roman, c’est surtout une langue, un style, une vision innocente du monde. Ici, c’est Charlie qui parle, pense, regarde – et il est alors difficile de ne pas évoquer à son sujet le légendaire Attrape-cœur de Salinger. Car le petit Charlie est vraiment attachant et le regard qu’il pose sur sa « cité » sordide et magnifiée est, à chaque ligne, rempli de drôlerie et d’éblouissement. Au début du livre, il croit que Rimbaud n’est qu’une Tour. A la fin du roman, il saura que c’était un poète qui dit des choses qui lui semblent vraies et proches. Son Odyssée de l’aube jusqu’au soir, est de celles qui ne s’oublient pas. Pas l’ombre d’un misérabilisme ici : un enchantement de tendresse et d’humour.

Citations:

  • Mon temps préféré, c’est le futur. En primaire, c’est le premier que j’ai retenu. Je trouvais le présent ennuyeux, et le passé triste.
  • Karim est sacrément calme, et quand il réfléchit,il l’est encore plus. Ce que j’aime aussi, c’est qu’il met souvent une heure à donner une réponse, et ça veut dire qu’il prend soin de la question que vous lui avez posée.
  • La nuit est l’ombre du jour. On reconnaît les choses, mais elles sont étrangères. Les tours, les pelouses, les parkings ont l’air de bien s’entendre avec la nuit. La journée, le quartier est à nous, la nuit, il n’appartient à personne.

Ravel

Un imaginaire musical

Par Karol Beffa, Guillaume Métayer et Aleksi Cavaillez

Editions : Seuil – Delcourt (2019)

ISBN : 978 2413 013 372

Ma cote : 8/ 10

Ma chronique :

Je ne peux que remercier chaleureusement Lecteurs.com et les éditions Seuil-Delcourt pour la confiance qu’ils m’ont accordée en me confiant ce « Ravel, un imaginaire musical » à chroniquer.

Avec comme focale la personnalité de Maurice Ravel, ce récit est celui de l’Histoire culturelle des années 1875 à 1940.  

En unissant les mondes de la musique, du dessin et des lettres, Karol Beffa, pianiste, compositeur et musicologue, a initié une collaboration originale avec Guillaume Métayer, poète, chercheur et traducteur et Aleksi Cavaillez, artiste pluridisciplinaire réalisant, ici, sa première bande dessinée.

Le défi était de taille, raconter et dessiner l’imaginaire musical de Maurice Ravel. Permettre à l’homme qui est derrière l’artiste d’apparaître au cours du développement de son œuvre. L’imbriquer dans les jeux d’influences, les interactions, les enrichissements mutuels consécutifs aux échanges entre artistes du moment tout en lui rendant sa propre stature, soulignant son génie et l’extraordinaire palette de son savoir-faire qu’on aurait grand tort à réduire au Boléro. Ce Boléro, dont Ravel, à tort, dira : ‘sans doute le seul chef d’œuvre que j’aie jamais écrit… malheureusement, il ne contient pas de musique’.

Dans ce imaginaire musical, on découvre un Ravel tendre avec les enfants pour qui il compose ‘Ma mère l’oye’ (1908) ; persévérant malgré les critiques snobillardes qui brocardent son premier ‘Shéhérazade’ (1899) ; impertinent avec ses comparses ‘Les apaches’ qui contre les jurys et les sérieux du monde musical décident de jouer la musique qui les animent, celle qui les rend vrais, authentiques face à eux-mêmes et face au public qui les découvrent et les apprécient. ‘Au fond, dira encore Ravel, l’esprit potache est une manière bruyante, mais sincère, de garder en soi un peu de son âme d’enfant.’

On y rencontre aussi Fauré, Erik Satie, Colette, Isadora Duncan, Debussy et tant d’autres. On y comprend les inspirations, les envolées musicales et toutes les forces de la nature qui s’emballent, s’entrechoquent ou s’emmêlent pour donner corps à la musique, aux rêves et aux livrets qui font, depuis, partie du Répertoire ! Une découverte, un plaisir, un bonheur à vivre et partager !

Un mot, à propos de Aleksi Cavaillez. Cet artiste est sourd. Longtemps, il n’a pas été appareillé et ses premières expériences de l’écoute musicale sont le toucher, les vibrations que la musique communiquait à une bouteille plastique placée entre ses mains.  Son dessin, tout en vibrations, dit quelque chose de cet aspect particulier. En noir et blanc, comme les touches d’un clavier, il peut paraître dur, incomplet, manquant de nuances… Ce serait une erreur de le croire. Son tracé rend ces vibrations d’un monde qui se construit, celui d’une fin et d’un début de siècle ; celui d’une carrière qui se construit, qui évolue ; celui des amitiés fécondes et des oppositions qui, dépassées, font progresser. La vie de Ravel, pour devenir le compositeur dont nous bénéficions maintenant, n’a pu être que vibrations, énergie en mouvement, recherches, ajustements et prise de décisions pour poser les doigts sur les touches à la rencontre de lui-même, de son moi profond encore et toujours en devenir.

L’artifice choisit par les auteurs de cet ouvrage est de situer Maurice Ravel, en fin de vie, désireux de se raconter à son fidèle disciple Alexis Roland-Manuel et, de la sorte, transmettre ce qui fut sa vie, ses combats, ses victoires.  Le noir et blanc, traduit à merveille cette dynamique, ce mouvement. Et, une fois Maurice Ravel mort, le récit se voit complété d’une série de notes, toutes très documentées, toutes illustrées par des dessins se laissant envahir par la sérénité des couleurs révélant l’apaisement d’une finalité gagnée, d’une vie comblée, d’une éternité à savourer. Très beau choix artistique que cette impression soignée par les éditions Seuil- Delcourt.

Je n’ai pu résister à l’envie de me créer une liste de compositions de Ravel que j’ai écoutée en terminant ce livre, notamment les notes qui complètent et recadrent la vie de Ravel et le défi, relevé, d’oser dessiner la musique. A l’heure de rédiger cette chronique, la musique tourne encore… L’entendez-vous ?

Ce qu’en dit l’éditeur :

1936. Ravel entreprend de conter son histoire à son fidèle ami et disciple Roland-Manuel. On assiste à la création de Gaspard de la nuit, de Daphnis et Chloé, du Concerto pour la main gauche et du Boléro. Le musicien se lance dans une évocation bigarrée de sa vie, tissée d’amitiés indéfectibles et de fulgurances musicales, où l’on croise Debussy, Fauré, Ida Rubinstein ou Colette.

Ce qu’en dit la Presse :

RFI: Le Boléro écrit en 1928 par Maurice Ravel, est sans aucun doute, l’une des œuvres les plus jouées au monde. Mais qui était ce génial compositeur, comment est-il devenu l’une des plus figures les plus influentes de la musique française du début du XXème siècle, à quelles sources s’est-il abreuvé, qu’a-t-il apporté à la musique de son temps et à la musique contemporaine ? C’est ce que l’on découvre dans cet album de Bande dessinée, dessiné par Aleksi Cavaillez sur un scénario du pianiste et musicologue Karol Beffa, élu « meilleur compositeur » aux Victoires de la Musique 2013 et 2018 ; et Guillaume Métayer, poète, traducteur littéraire, et chargé de recherches au CNRS. Ravel, un imaginaire musical, est une coédition Seuil/Delcourt.

BDgest: Alors qu’il ne se fait guère d’illusion sur le temps qu’il lui reste, Maurice Ravel demande à son fidèle ami, Alexis Roland-Manuel, de venir lui rendre visite, chez lui, au Belvédère à Montfort-L’Amaury. Six jours hors du temps avec l’un des maîtres de la musique classique du XXème siècle.

À la manière d’un journal, Guillaume Métayer et Karol Beffa s’appuient sur les dernières heures de l’artiste pour revenir, à travers ses souvenirs, sur les différentes étapes de sa vie. Entre formation et consécration, ponctué de rencontres marquantes et d’anecdotes savoureuses, c’est un Maurice Ravel ouvert et généreux que les auteurs dépeignent. Sa musique, sa curiosité, son rapport aux autres et à la création en général. Si les scénaristes prennent quelques libertés (dont ils s’excusent en préface) avec la vérité, ils n’en restent pas moins sincères. L’évocation des souvenirs du Maître est d’autant plus saisissante que le graphisme d’Aleksi Cavaillez, qui publie ici son premier album, s’avère évocateur à souhait. Un noir et blanc charbonneux, une mise en page ambitieuse et un découpage soigné lui permettent de proposer des compositions riches sans jamais perdre en lisibilité.

Même si le principal protagoniste apparaît d’emblée sympathique, le scénario n’a rien d’une hagiographie policée. Colérique parfois, procrastinateur la plupart du temps, les auteurs le peignent aussi exigeant envers lui-même qu’avec ses contemporains, proches ou collègues. Une construction à l’image du portrait qu’ils brossent, raffinée, soignée, elle est surtout très documentée. Une lecture plaisante, complétée par une postface généreuse signée par les scénaristes, qui prolonge le plaisir.

Sous la forme d’un ultime entretien, Ravel, un imaginaire musical se révèle être un livre sensible, plein de pudeur et original d’un compositeur hors du commun. Aleksi Cavaillez, Karol Beffa et Guillaume Métayer offrent un hommage grandiose, plein d’humanité et d’émotions.Par M. Moubariki

N’abandonnez jamais, ne renoncez jamais

Editions Cherche midi (2017)

Par Francis Huster

ISBN : 978 2749 116 242

Ma cote : 4 / 10

Ma chronique :

Cet ouvrage, signé Francis Huster, me laisse perplexe. Quel sens du verbe ! Il écrit les mots comme des portes qui claquent. Les idées se suivent, se poursuivent, s’opposent et s’unissent pour nous conter la vie, la comédie de celle-ci et le drame de nos existences si nous renions l’homme complexe, complet et inachevé qui sommeille en nous… Et cependant, au terme, le contenu est décevant, peu productif ! A quoi sert ce livre ? Quel en est la visée ultime ? ‘A qui profite le crime ?’’

L’auteur puise les titres de ses chapitres dans le banal répertoire des ouvrages ‘feelgood’ (Ce mot doit faire hurler l’académicien que l’auteur se réclame d’être !) Je suis inquiet : ce « N’abandonnez jamais, ne renoncez à rien » ne serait-il qu’un de ces bouquins qui pullulent et polluent le terrain pseudo-psychologique de l’accomplissement serein de tout être humain ? 

Jugeons sur pièces : ‘Oser la vérité, vivre à l’excès, aimer plus fort, chérir ses échecs, combattre les règles, en découdre avec les tyrannies, crever de rire, cultiver ses ennemis, défaire et refaire et, bien sûr, se libérer de soi !’ Tout un programme, non ? La panoplie complète des injonctions – souvent paradoxales – que tout gourou de l’âme humaine se doit de décliner de séminaires en formations, de bouquins bourre-crâne en pensées aussi grandiloquentes que superficielles, de séances de yoga du moi profond en livres égocentrés comme l’est celui qui m’inspire cette chronique.

Car, derrière ce titre qui laisse croire que Francis Huster pense avant tout au lecteur et à son développement, l’auteur, comédien que par ailleurs j’apprécie, se centre avant tout sur lui-même et sur ce Molière pour qui – c’est lui qui le dit – il a tant fait durant toute sa carrière.  Sous le couvert de bons conseils à donner, il se drape de la dignité de qui a tout compris de la vie de Molière, vrai Dieu des tréteaux valant tellement plus que le petit Poquelin qu’il fût ! Et, in fine, le livre se résume à magnifier ce Molière, sa capacité à traduire la puissance de la vie et la magie du théâtre tellement mieux que ses contemporains nommés Shakespeare, Corneille, Racine ou autres plumitifs à qui les études classiques reconnaissent quelques mérites sans grande importance.

Le ton choisi par l’auteur et l’arrogance de son discours ont eu le don de m’horripiler au long des pages. Comme si l’auteur était le seul homme de théâtre à avoir tout compris du Maître au point d’instituer son serviteur en donneur de leçon pour l’éternité et laisser entendre qu’il est le seul digne de réincarner Molière sur scène. Gonflée, la plume Huster ! Gonflante aussi !

J’ai néanmoins poursuivi ma lecture avec de moins en moins d’enthousiasme, me forçant à une analyse de contenu froide mais stricte. Résultat : pas mal d’incohérences d’un chapitre à l’autre : Appel à l’amour et à la haine d’autrui ; chute répétée dans le cliché qu’il prétend surligner en écrivant ‘La dénonciation parisienne du cliché est le top du snobisme intellectuel. L’arme éculée de ce noeud de vipères qui se croit suffisamment singulier pour dénoncer ce qu’il y a de commun chez l’autre‘ … dont acte, M. Huster! Et, même si j’ai été subjugué par le plein du verbe et l’amplitude de la verve, je suis sidéré par l’abîme contradictoire des oppositions, non-sens et pirouettes du jeu théâtral qui est le vôtre.

Ce livre nous grandit-il ou nous engonce-t-il dans notre médiocrité ? On se sait trop ‘il nous ‘Molièrise’ ou s’il nous ‘poquelinise’… Mais, à la Huster, on saute dedans, dessus, on s’enivre de bons mots, de tournures de phrases, d’idées et de vue de l’esprit pour, au fond, passer peut-être à côté des valeurs glissées entre les lignes, valeurs à mes yeux indéfendables sauf à être fortement imbu de soi-même.

Le lecteur de cette chronique l’aura compris : selon ma lecture de la harangue de Francis Huster, cet auteur avait envie de crier à l’humanité qu’il possède toutes les qualités pour se prétendre la réincarnation de Molière en nos jours. Avec ou sans son chapeau d’Académicien a-t-il convaincu ? Pas sûr, loin s’en faut !

Ce qu’en dit l’éditeur:

Ne baisse pas la tête, ne t’excuse jamais de ce que tu es.
Ne renie pas ta jeunesse, n’étouffe jamais tes émotions.
Cesse de critiquer les autres : fais mieux qu’eux.
Cesse de convoiter ce que tu n’as pas : donne-toi les moyens de le posséder.
Ne refuse pas le malheur : affronte-le et profites-en pour t’aguerrir.
Ne contourne pas la difficulté : prends plaisir à la résoudre.
N’attends rien des autres : ils finiront par te suivre.

Qu’est-ce qui, à un moment de leur vie, conduit certains à renverser la table ?
À prendre la main que personne ne leur tend ?

L’essentiel est d’être plus fort que la masse, plus grand que la meute. Pour vivre, il faut savoir courir le risque de déplaire.
Il ne tient qu’à nous d’être ivres de bonheur, de rage, ou d’excès. Ce serait là notre génie, comme le fut celui de Molière.

Les secrets du bastidon bleu

De Paul De Ré

ISBN: 9782930657530

Editions Murmure des soirs

Ma cote: 9 / 10

Ma chronique:

Avec « Les secrets du bastidon bleu », Paul De Ré nous embarque, une nouvelle fois, dans un roman pouvant apparaître du terroir mais relevant tout autant d’une chronique sociale de la France des années 1930-1940. L’auteur, comme pour tous ses livres, s’est nourri de multiples recherches et d’une fréquentation de longue durée – en fait, bien des années – du lieu où il plante le décor et l’intrigue de son roman. Il en résulte l’histoire parfaitement accessible de Giuseppe ou Auguste, migrants, politique pour l’un, économique pour l’autre, et de leurs enfants Livio, Toinette et Victor qui grandissent au cœur d’un village déchiré entre défenseurs, passifs ou actifs, d’une soumission ou collaboration à Vichy ou, au contraire, d’une résistance et d’un soutien à porter, à grand prix parfois, au Maquis du Ventoux.

Avec ses allers et retours entre passé et présent et la complicité d’un personnage énigmatique qui, en italique, introduit chacun des chapitres pour ne se dévoiler pleinement qu’au terme du récit, l’auteur nous prend par la main, le cœur et l’esprit pour la découverte d’une des plus sombres pages de l’histoire de France. « Les secrets du bastidon bleu » se révèlera donc un livre qui ne rappellera pas aux touristes-vacanciers que nous sommes volontiers, le traditionnel soleil de Provence, son ciel bleu et ses cabanons et lavandes de carte postale. Pour illustrer la couverture de son roman, avec subtilité, l’auteur a demandé à Irène Delré-Delaitte, son épouse artiste, de créer une aquarelle qui évoque un bastidon provençal sous une météo tourmentée. Parfait miroir du sujet traité !

Voilà donc une histoire qui donne à réfléchir puisqu’elle s’avère, de nos jours, prête à recommencer sous une forme ou l’autre.  Le temps choisi n’est pas innocent, les situations de migration non plus. La transposition du thème de ce roman à notre époque s’établit sans peine dans nos esprits.  La montée des totalitarismes, des restrictions de liberté de paroles, le déclin économique des régions rurales réclament aussi, de nos jours, des prises de position, en actes et en paroles et, inévitablement, des divergences, des oppositions, des scissions au sein des région, des villages ou des familles. Chacun se devra de traverser le temps avec ces déchirements, ces éloignements et les silences meurtris ou conflits que de telles épreuves engendrent.

Paul De Ré a gardé, de son passage en chansons, la capacité de saisir une ambiance, une mise en situation, une description des lieux, des personnages à qui il donne vie en quelques mots, toujours choisis et soulignant la merveilleuse richesse de notre langue française. Le lecteur découvre donc, avec bonheur et en quelques mots seulement, quelques magnifiques descriptions d’un soir tombant sur le village, d’un retour des alpages, des travaux des champs ou le récit des veillées, sous la fumée des pipes des hommes, dans le cliquetis des aiguilles des femmes, les échanges de nouvelles du Pays ou le regard silencieux des adolescents amoureux. Tous ces tableaux démontrent, à suffisance, la capacité d’observation de l’auteur. Mais, comme il le dit souvent lui-même, Paul De Ré a éprouvé le besoin de ne plus se contenter de croquer une histoire en quelques couplets et refrains. Il préfère maintenant laisser mijoter, mûrir, grandir et se développer ses sujets… Quel bonheur pour le livre et ses lecteurs ! Toujours avec des mots choisis, un phrasé et une syntaxe de haut niveau, il assaisonne, complète, illustre et donne corps à ses propos en insufflant dans ses histoires la vie et le rythme de vie de ses héros.  Des chansons, très souvent déjà « chroniques du temps qui passe ou d’une époque’, (A lire ou écouter, par exemple : ‘On entre d’un seul pas’ ou ‘J’veux te présenter’ ou encore ‘Rosalie Bonbon’ …) Paul De Ré est passé à des romans qui donnent, de surcroît, la possibilité de revisiter l’Histoire, les époques, les us et coutumes à travers des héros qui ont une vie à construire, avec ses surprises, ses peines, ses joies et, toujours, une aspiration au dépassement.  Derrière chacun de ses romans, il y a le regard de l’écrivain posé sur notre humanité, celle d’hier, celle d’aujourd’hui. Et, pour le lecteur, le questionnement qui en découle.

Tentés ? Bienvenue donc au bastidon bleu !           

Ce qu’en dit l’éditeur:

C’est l’histoire de deux familles de migrants, dans les années 1930 et 1940 ; l’histoire de Sylvestre, le paysan des Hautes-Alpes, dont les terres ne suffiront pas à nourrir les descendants ; l’histoire de Giuseppe, saisonnier italien fuyant le fascisme avec sa femme et son fils ; l’histoire de la France aux pires moments de son passé, auxquels se trouvent mêlés Livio, Auguste, Toinette et Victor ; l’histoire d’un petit village provençal qui finit par se déchirer entre fervents défenseurs de la collaboration et sympathisants du maquis Ventoux.
C’est aussi l’histoire de Nathan, le vieux juif de Carpentras, qui égrène ses souvenirs – et celle, enfin, du narrateur, dont l’identité demeure mystérieuse.
Telles sont les grandes lignes de ce roman, pour la mise en œuvre duquel l’auteur n’a pas hésité à quitter le confort de son terroir, et de cette Belle Époque qui l’a toujours si bien inspiré.

A propos de l’auteur:

Enseignant de formation, Paul De Ré a touché avec un égal bonheur à la chanson (On entre d’un seul pasRosalie BonbonJe sais pourquoi…) et à la littérature. Quoi qu’il entreprenne, il œuvre en éternel amoureux de la vie et de la langue bien écrite.

Chez le même éditeur: La pierre au coeur (tome 1 et tome 2), Mademoiselle de ces gens-là et Les secrets du bastidon bleu.

Citations:

  • C’est l’heure où la montagne est la plus belle ; l’heure où, sur un fond du ciel d’une indicible limpidité, tous les sommets du couchant se sont ourlés de ce rouge orange qui contraste à merveille avec le mauve violacé des versants qui s’enténèbrent ; l’heure, enfin, où la fraîcheur du soir vous ramène aux narines, en un délicieux pot-pourri, mille et une senteurs qui s’étaient assoupies à la chaleur du jour.
  • Le soir venu, les deux familles se sont retrouvées dans la salle de séjour où le poêle est allumé été comme hiver. Comme à l’église, les hommes se sont installés d’un côté, les femmes de l’autre. Déjà la fumée des pipes embrume l’atmosphère; on entend, tout à côté, les bêtes qui soupirent en tirant sur leurs chaînes. Toinette, mine de rien, s’est arrangée pour tirer sa chaise juste en face de celle de Livio. Ainsi, espère-t-elle, leurs regards pourront se parler autant qu’ils le voudront et même – pourquoi pas? – restés noyés l’un dans l’autre sans que nul ne s’en aperçoive.
  • Dehors, la nuit est tombée. rainettes et grillons se sont tus depuis longtemps déjà, à l’approche de l’hiver. On n’entend, dans la cuisine, que l’impitoyable va-et-vient de l’horloge qui décompte les heures perdues – heures d’amour pour l’une… heures de liberté pour l’autre… heures de paix et de bonheur pour tous.

Une bête au paradis

De Cécile Coulon

*** Rentrée littéraire 2019 #11 ***

Date de parution : 21/08/2019

Editeur : L’iconoclaste

EAN : 9782378800789

Ma cote: 8/10

Ma chronique:

Avec « Une bête au paradis », je découvre Cécile Coulon, autrice qui a le vent en poupe et qui suscite bien de l’intérêt, tant pour ses romans (Méfiez-vous des enfants sages – 2010, Le cœur du Pélican – 2015 ou encore Trois saisons d’orage – 2017) que pour ses essais (Les grandes villes n’existent pas – 2015 ou Petit éloge du running – 2018).

« Une bête au paradis », si on suit les critiques, se situe encore un cran au-dessus ! Avec une écriture semblant spontanée, naturelle, sans artifice, Cécile Coulon signe un roman particulièrement bien travaillé. Cette lignée de femmes solides, combattantes et fières qui assure la colonne vertébrale de ce roman interpelle le lecteur et l’interroge sur l’humanité qui pousse des individus à se construire, presqu’en huis clos, dans un paradis qui n’existe qu’au prix de la souffrance, des silences maintenus, des vies qui se frôlent sans cesse en oubliant de se partager et qui, pourtant, soudent une lignée de femmes, chacune tributaire de l’héritage reçu et consenti.

Avec Emilienne, la grand’mère et Blanche, la petite-fille, le lecteur s’immerge dans un monde rural, frustre et avare de ses largesses. On suit Emilienne dont la seule raison de vivre est de se tuer à la tâche pour que Blanche et son jeune frère, Gabriel, ne manque de rien. Ils ont déjà tout perdu avec la disparition de leurs parents dans un virage, à quelques coudées de la ferme… Pourtant, ‘Bienvenue au Paradis !’ indique le panneau bancal qui fixe la frontière entre le monde normal et l’enfer de cette terre qui produit si peu face à ces bêtes qui réclament tant !

On le ressent au fond des tripes, le Mal est roi en ce domaine. C’est lui qui féconde tous les combats, alimente les résistances et nourrit les vengeances. Le monde entier se tient dans cette poignée de personnages qui sonnent juste comme la vie, froid comme le glas. Au Paradis, c’est Emilienne, grand’mère courage, qui tient la barre. Même sans expression de chaleur humaine, elle aime, protège, fait grandir, éduque et mène à l’avenir. Rude comme le climat, dure comme la vie, perdue et déphasée face à la duplicité de qui dit aimer, elle s’épuise.  

Louis, le domestique est bien plus encore. Il est amoureux de Blanche et la protégera comme un frère jaloux, comme un père torturé. Blanche, gamine devient femme mais ne rêve – et bien plus que cela – que de son bel Alexandre qui hait la terre mais veut Blanche, dit-il. Gabriel, jeune frère à la masse, semble ne jamais être du vrai monde. Il vit, apparemment sans attache, sans repère ni repaire… Et pourtant, quand tout le monde sera épuisé, c’est lui, le funambule qui assurera l’équilibre.

Je lis, j’avance dans le récit, je m’embourbe dans ce drame oppressant sans deviner la moindre embellie. Le style même de l’autrice n’est pas là pour m’aider à imaginer une fin heureuse. Tous ses paragraphes, courts, incisifs et efficaces commencent par un verbe d’action ou d’état. Ils traduisent à merveille ce quotidien qui se déroule, la vie, les moments de vie qui se juxtaposent et s’unissent en faisant fi de leurs contraires : Faire mal et protéger, tuer et naître, séduire et battre ou encore aimer, cogner, être heureux, pleurer, venger, mordre, vaincre ou vivre.

Au-delà de l’amour inconditionnel que vouent Emilienne et Blanche à leur terre, tout le livre est habité de ce souffle chaud-froid qui aspire au bonheur autant qu’il crache son venin. D’espoirs en déboires, de victoires en défaites, la vie au Paradis distille toute l’âme humaine, ses forces comme sa noirceur. Cet enchevêtrement de sentiments, d’aspirations et de regrets amène naturellement le lecteur que je suis à poser la seule question qui vaille : Dans ce Paradis, qui est la bête ?   Et dans ma vie ?

Ce qu’en dit l’éditeur:

Le roman fiévreux d’une lignée de femmes envoûutées par ce qu’elles ont de plus précieux : leur terre. Puissant et Hypnotique. La vie d’Emilienne, c’est le Paradis. Cette ferme isolée, au bout d’un chemin sinueux. C’est là qu’elle élève seule, avec pour uniques ressources son courage et sa terre, ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel. Les saisons se suivent, ils grandissent. Jusqu’à ce que l’adolescence arrive et, avec elle, le premier amour de Blanche, celui qui dévaste tout sur son passage. Il s’appelle Alexandre. Leur couple se forge. Mais la passion que Blanche voue au Paradis la domine tout entière, quand Alexandre, dévoré par son ambition, veut partir en ville, réussir. Alors leurs mondes se déchirent. Et vient la vengeance. « Une bête au Paradis » est le roman d’une lignée de femmes possédées par leur terre. Un huis clos fiévreux hanté par la folie, le désir et la liberté.

Où bat le coeur du monde

***Rentrée littéraire 2019 # 10***

de Philippe Hayat

Editions: Calmann-Levy (14/08/2019)

ISBN: 978 2702 167304

Ma cote: 8 / 10

Ma chronique:

Un deuxième roman de Philippe Hayat qui me donne furieusement envie de découvrir son premier (Momo des Halles, 2014). Je ne connais pas le chef d’entreprise, manager dit à la pointe, qu’est Philippe Hayat. Mais, sans conteste, je découvre une plume qui, pleine de logique parle de musique, de jazz, d’émancipation, de guerre et d’amour filial avec une finesse qui m’a fait swinguer de plaisir durant toute la lecture.

Dur pourtant est le sujet. Darius Zaken, gamin de Tunis dans les années trente, est frappé de mutisme après la disparition brutale de son père. Claudiquant, incapable de rester debout, muet émotionnel, il est élevé par une mère, Stella, qui se veut phare pour son fils, responsable du cap à prendre. Elle donnera tout pour qu’il s’épanouisse. Elle fera tout pour pousser son fils à grandir, à accepter l’école, à poursuivre des études. Elle est consciente que c’est là une des chances que pourrait saisir le gamin pour s’émanciper, se tirer vers le haut, vivre et exister dignement. Mère, elle oubliera bien souvent qui elle est pour n’être qu’au service de son enfant. Entre elle et lui, une relation d’amour. De celles, dit-on, qui font grandir !

Mais lui, aimant sa mère, il va se laisser attirer, envahir, transformer par cette nouvelle musique que peu comprennent, le jazz ! Entre lui, Darius Zaken et la clarinette, une autre histoire d’amour. Inconditionnel, cette fois. Brutal, excessif, imposant des choix, des sacrifices pour quelques moments de plénitude.

Ce déchirement entre la voie souhaitée par la mère et celle choisie par le fils est au cœur de ce roman. Comme au cœur de tellement de vies ! Mais à ce choc des cultures, il faut la barbarie et la bestialité des combats qui font trembler le monde à cette époque.  

Avec brio, Philippe Hayat nous fait voyager de cette Tunisie française à une Amérique étonnante qui s’émancipe dans le jazz, les frivolités d’apparat et, tout en même temps, mène des combats sanglants sans trop d’état d’âmes pour ses soldats. Une traversée du temps des conflits, de la guerre, de ses atrocités, des corps qui tombent au champ d’honneur… Quel chant d’horreur !

Et, en même temps, le choix de la musique comme fil conducteur du récit. Une quête de nouveaux sons, dans le respect des règles musicales et ses contournements, ses transgressions. On progresse avec Darius, on galère avec lui, on s’essouffle, on s’époumone à la recherche du son, du tempo, du solo qui s’imposera et amènera, enfin, la consécration de ce blanc au cœur d’une musique de noirs.

Mais on se déchire aussi, avec lui, entre la passion pour la musique, sa voie et la fidélité qu’on doit à une mère, une voix qui ne le quittera jamais.

Tout le livre est truffé, sans (à mes yeux) être miné, de constructions d’accords, de tierces, de majeurs diminuées ou augmentées… Dès le premier tiers du récit, j’ai eu envie d’avancer dans l’histoire accompagné des musiciens, bien réels, qui croisent le héros fictif de ce roman. Billie Holiday, Charlie Parker, Duke Ellington, Miles Davis, Count Basie, Armstrong… et bien d’autres. Je me suis créé un playlist Jazz et j’ai poursuivi ma lecture. Chaque fois avec eux dans les oreilles…

Double bonheur que je ne peux que souhaiter à tous ceux qui ouvriront ce livre et entendront la musique qui s’y crée ! Bonne découverte !  

Ce qu’en dit l’éditeur:

« Sa musique décrivait un coin du ciel, une façade éclaboussée de lumière, invisibles sans jazz. Il jouait et la joie se réveillait d’un rien et de partout. »

À Tunis dans les années trente, Darius Zaken est frappé de mutisme après la disparition brutale de son père. Élevé par sa mère Stella qui le destine aux plus hautes études et sacrifie tout à cette ambition, il lutte pour se montrer à la hauteur. Mais le swing d’une clarinette vient contredire la volonté maternelle. Darius se découvre un don irrésistible pour cet instrument qui lui redonne voix. Une autre vie s’offre à lui, plus vive et plus intense.

De la Tunisie française aux plus grandes scènes du monde, en passant par l’Europe de la Libération et l’Amérique ségrégationniste, cette fresque est un magnifique roman d’initiation et d’émancipation, mené au rythme étourdissant du jazz.