3 secondes Le compte à rebours à commencé.

de Anders Roslund et Börge Hellström

ISBN : 2863744909 
Éditeur : FAYARD/MAZARINE (23/01/2019)

Premier roman d’une trilogie 3 secondes, 3 minutes, 3 heures qui ne manquera pas d’activer le tourneur de pages qui sommeille en tout amateur de roman noir!

Ma cote: 7 / 10

En 10 lignes, max! (par Frconstant)

Dans ce tome 1 d’une trilogie classée ‘thriller’, l’intrigue est simple et complexe. L’analyse de marché désigne le monde carcéral comme l’Eldorado pour la Mafia polonaise qui a le monopole de la Drogue. Il faut donc infiltrer le premier pour combattre la seconde. Parmi une panoplie de personnages, tous plus véreux les uns que les autres, Piet Hoffman a un lourd passé mais est un père et mari amoureux fou. Il devra, pour survivre, anticiper les attaques et coups bas qui lui tomberont dessus autant que les trahisons des gradés et ronds-de-cuir de tous poils qui n’ont, pour moralité, que celle qui les maintient en position de pouvoir! En équilibre entre réalisme et invraisemblances, un contre la montre glauque qui soulève bien des questions sur l’espèce humaine! Mais, entrez donc, humez « les fleurs et la poésie » qui se dégagent des ramifications d’un monde pourri.

Ma critique:

Avant tout, un grand merci à NetGalley, France et aux éditions Fayard/Mazarine pour leur confiance renouvelée.

Ce roman a beaucoup pour plaire malgré quelques ficelles du genre qui peuvent énerver. Quoi qu’il en soit, le personnage de Piet Hoffman est ingénieux. Il réjouira tous les amateurs de solutions ‘gadget’ et sophistiquées pour berner ses contradicteurs. Le vieux flic bourré de rancoeur et de colère, Ewert Grens, se montre aussi obstiné que peut l’être celui qui se sent floué par ses propres collègues, son milieu, sa famille. Il attirera donc sur lui la sympathie ou le rejet pour son côté atypique que l’on sent forcé et peu naturel. Mais assurément, ce poil à gratter chez les enquêteurs ne laissera personne indifférent. Quant à tous les tordus qui cherchent à tirer les ficelles et la couverture à eux, ils ne manqueront pas de développer chez le lecteur une saine envie de leur casser la gueule… envie, somme toute assez facile à ressentir tant qu’elle reste livresque et n’engage en rien le lecteur sur une voie de fait responsable.

Mais il faut le reconnaître, cette composition à quatre mains de Anders Roslund et Börge Hellström tape fort et juste sur le clavier. Ces auteurs, pêcheurs de lecteurs suspendus au fil de leur histoire, savent comment jeter du leurre, appâter, ferrer le poisson, relâcher le menu fretin des intrigues périphériques et, à nouveau, remplir leur nasse de vérités, de profondes noirceurs et de questions dérangeantes quant à ce dont l’homme est capable pour se hisser au pouvoir, même au détriment des autres, ou se fondre dans la masse pour disparaître, mais, à chaque fois, en perdant tout droit de se regarder en face dans un miroir avec une once de considération personnelle.

Ce n’est sans doute pas par hasard que ces auteurs ont été plébiscités par la Presse et que la trilogie 3 SECONDES, 3 MINUTES, 3 HEURES a été récompensée par le CWA International Dagger, le Prix du Polar Scandinave et le Prix des Auteurs de Polar Suédois… Une bonne indication pour, selon vos goûts et habitudes, décider d’ouvrir – ou non – ce tome 1. Pour ma part, malgré les quelques grosses ficelles et les invraisemblances de scénario, je placerai le tome 2 sur ma pîle à lire. Histoire de vérifier si les auteurs ont pratiqué les huilages que réclamaient cette mécanique thriller grippée quelques fois dans ce premier tome.

A propos des auteurs:

Les auteurs scandinaves ont la cote… A lire, des bibliographies, des articles sur cette écriture venue du froid.

C’est quoi pour toi Le Handicap?

à l’initiative de Alteo-Liège et le CESAHM

ISBN: D/4540-2018-01

Ma cote: 7 / 10

Le livre, en 10 lignes, max! (par Frconstant)

Alteo et le Cesahm partagent la même envie d’inviter la société à réfléchir sur la notion de Handicap. De son côté, l’Académie Royale des Beaux-Arts de Liège avait déjà mené une expérience mettant ses étudiants en contact avec le monde stigmatisé des bénéficiaires d’un CPAS. Un projet commun pouvait naître. Pendant deux ans, les étudiants de l’Académie ont donc vécu des rencontres, des ateliers créatifs, des échanges avec des gens qu’ils ont finalement vus comme eux. Avec leurs richesses, leurs questions, leurs parts d’ombre et surtout de lumière. L’expérience se conclut par la création d’un album illustré, voire une BD et une exposition des créations de chacun. Le tout levant un voile pour répondre à la question « C’est quoi pour toi le Handicap? »

Ma critique:

L’idée n’est pas nouvelle. L’intégration des personnes handicapées passera par l’ancrage dans les lieux communs de l’idée que personne n’est handicapé même si de nombreuses personnes sont confrontées à des handicaps. Le livre « C’est quoi pour toi le Handicap!, publié et disponible à la demande auprès d’Altéo Liège, est un bel outil pédagogique pour sensibiliser les jeunes et les familles à ce qu’est le Handicap. Son côté, parfois un peu brouillon ou manquant d’homogénéité ne doit pas rebuter. Il est, en fait, le fruit de la richesse des approches nombreuses et différences des artistes qui ont été marqués par ces rencontres. Chacun finira donc par y trouver une phrase, un récit, un dessin qui lui parle et le marque, pour toujours, dans sa réflexion. Ouvrir une brèche dans une normalité érigée en dogme qui renvoie tous les autres chez les « handicapés » était le pari de cette démarche… Pari gagné!

Une nuit à Aden (tome 1)



Roman-Essai

de Emad Jarar

ISBN : 2363158946 
Éditeur : IGGY BOOK (20/06/2018)

Ma cote: 8 / 10

Le livre en 10 lignes max! (par Frconstant)

Né de père musulman et d’une mère chrétienne, Emad Jarar, occidental diplômé, interroge sa religion, l’Islam. Que penser de la codification du Coran, au 12e siècle seulement, par le pouvoir politique d’alors? La pureté de la Foi est-elle incompatible avec la conscience de l’homme et sa liberté? Le déterminisme fataliste de l’Inch Allah peut-il coexister avec l’annonce que l’homme devra répondre de sa vie lors du Jugement dernier? Et sur quoi repose le dénis de la femme, des autres croyants? Pourquoi tant de violence dirigée contre les non-croyants ou mauvais musulmans?Jusqu’où suivre le discours des ‘directeurs de conscience’ que sont certains imams? ‘Une nuit à Aden’, un livre courageux qui interroge toute démarche de croyance, de Foi et qui ‘passe’ aisément par l’insertion de la réflexion au sein d’un roman d’amour et d’amitié bien de notre temps.

Ma critique:

Avant tout, il me faut ici remercier Babelio et sa Masse Critique qui m’ont permis de recevoir les deux tomes du roman ‘Une nuit à Aden’ signé Emad Jarar.

Avec beaucoup de simplicité, l’auteur a joint à l’envoi de ces deux tomes, une note tapuscrite m’invitant à en critiquer au moins un des deux, précisant que le tome I pouvait se révéler plus difficile d’accès, ce tome relevant davantage de l’essai tandis que le tome II relevait plus nettement du genre Roman. Et de préciser que les deux pouvaient se lire indépendamment.

Je ne suis pas musulman. Mais je suis très intéressé par les religions, les mécanismes de Foi, de croyances et les points communs (comme les divergences) qu’on peut relever entre les différentes religions. La religion, a mes yeux n’est pas incompatible à l’humanité et au libre arbitre de l’Homme. Homme et femme, bien sûr. Cela va de soi.

C’est donc avec intérêt que je me suis plongé dans ce livre courageux. En effet, il ose publier de vraies questions à propos des jeux de pouvoir en place dans le ‘Religieux’: comment vivre dans un monde qui laisse place au divin et à l’Homme? Comment interroger – et donc combattre – toute religion qui ne serait que l’opium du peuple, de même que toute religion qui servirait exclusivement des intérêts particuliers au détriment de la ‘reliance’ que, par définition, une religion se doit de prôner?

En positionnant son personnage central comme musulman (puisque né d’un père musulman) mais ayant reçu une culture chrétienne (selon les origines de sa mère) Emad Jarar prouve qu’il est implanté dans la réalité de notre temps. Fini l’époque du ‘béni oui-oui’ qui accepte, sans réfléchir, les dictats d’une ‘hiérarchie’ souvent plus politique que religieuse. Fini l’époque où l’homme doit se priver de toute réflexion personnelle sur ce qui lui est imposé plutôt que proposé. Fini la relecture d’une vie, d’une croyance, d’un modèle de pensée unique s’obligeant à faire abstraction de tout autre point de vue.

Avec un référencement très précis de ses sources, Emad Jarar nous invite à le suivre dans une remise en question des mouvements arabes islamiques nécrosés par un repli sur soi. Repli totalement impensable à l’heure de la mondialisation des mouvements de pensées et du partage des idées.

A titre d’exemples, ce premier tome de ‘Une nuit à Aden’, s’interroge sur …

  • La possibilité, pour un musulman d’avoir un sens moral indépendamment de Dieu.
  • Le bien-fondé d’une primauté de la foi collective, monolithique, sur la foi individuelle.
  • La réduction de la Révélation en un Coran rédigé six siècles plus tard, avec toutes les contradictions et obstacles liés à une langue arabe écrite qui, alors n’était pas encore formalisée.
  • L’influence des califes du 12e siècle sur le ‘retenu’ de la Révélation canonisant un Coran sclérosé par des volontés plus politiques et guerrières que religieuses.
  • La nécessité d’une lecture exégétique permettant de concilier des versets qui s’opposent tels: ‘Celui qui interprète le Coran selon sa propre opinion, qu’il accède à sa place en enfer’ et ‘qu’il est permis à chacun de déduire du Coran, en fonction de sa compréhension et de son entendement’.
  • « Voilà, j’arrête ici l’énumération un peu fastidieuse, j’en conviens, de ce qui a contribué à un entendement compliqué d’un récit divin; puisqu’il s’agissait de davantage obéir à Dieu que de tenter de s’en rapprocher, autant valait-il de réciter sans réfléchir que de réfléchir pour mieux réciter. A tout prendre encore, fallait-il même un espace pour la raison dans la foi, sachant que selon Pascal, ‘c’est le coeur qui sent Dieu, et non la raison.’ Voilà ce qu’est la foi: Dieu sensible au coeur, non à la raison’ ? » Vraie question, non!

Emad Jarar ose ici un regard ‘décalé’ sur ce qu’est l’Islam, sa manière de s’imposer, sa volonté de suprématie sur tout autre courant de pensée. Les positions ouvertes de l’auteur, assurément, ne lui vaudront pas que des sympathies de la part des tenants fondamentalistes du statut quo. J’ai pourtant trouvé très riche et interpellant ces questions qui pointent une transmission du Coran et sa codification, six siècles plus tard, dans un texte imposant l’arabe comme l’unique langue de la révélation, ce qui est, assurément, une erreur historique. J’ai été intéressé par les incohérences relevées dans les affirmations de ce pouvoir religieux et politique Sunnite, questions qui soulignent le manque de tolérance et d’ouverture du Monde musulman fondamentaliste. En osant une réflexion libre mais fondée sur des références qui font mouche, Emad Jarar en appelle à un vrai travail d’exégèse, d’analyse des textes qui rendrait au Coran sa valeur de guide de vie et qui responsabiliserait le croyant plutôt que de le menacer sans cesse de la colère divine. Il est à remarquer combien cette fermeture renforce le pouvoir de quelques uns, nantis par un ‘prescrit religieux’ et fragilise certaines catégories de croyants tels, principalement, la femme qui offre moins d’intérêt que l’homme, l’âne, passant juste avant le chien considéré comme impur!

Que le lecteur de ma critique ne s’affole pas. Cette lecture de ‘Une nuit à Aden’ (tome 1) est rendue accessible par une histoire d’amour et d’amitiés mettant en avant des valeurs humaines et très contemporaines. Le style, quelque fois déroutant par un ‘exotisme’ de la tournure des phrases rend le roman sympathique, comme si la profondeur des sujets traités se proposait au lecteur sous le clin d’oeil complice d’une légèreté de ton et d’une invitation à rencontrer l’autre au-delà de nos différences.

Merci, Monsieur Jarar pour ce témoignage qui grandit l’Homme, l’Humanité, l’Islam ainsi que toute autre croyance acceptant de poser sur elle-même. Car, à mes yeux, il est évident que les travers, ici soulignés, ne sont pas l’apanage du seul Islam. Pas de raison, pour autant, de ne pas y apporter toute l’attention nécessaire dans la perspective d’une vie de l’Homme pacifié dans sa relation à Dieu, consentie ou refusée, mais (enfin) éclairée.

Ce qu’en dit l’éditeur:

« Mon père pensait qu’on “naissait musulman” et qu’être musulman était un statut qui dépendait du Tout Puissant uniquement. Et comme pour se soumettre à ses propres certitudes, il s’était convaincu que l’Islam était irréversible en ce qu’il l’emportait sur quelque autre religion ; il était de ceux pour lesquels l’Islam ne se limitait pas au seul culte, entretenant l’idée qu’être musulman préemptait pour ainsi dire tout autre choix de conscience. Pour lui, le christianisme ne serait qu’un avatar illégitime de son propre héritage, puisqu’il était désormais représenté par la religion vraie et transcendante qu’était l’islam. Sa suprématie sur les autres religions ou civilisations, et cette sorte d’inviolabilité du statut de musulman, semblaient d’ailleurs apaiser ses craintes : elles étaient censées me protéger de toute manœuvre rusée de la part de ma mère. »

Ce roman en deux tomes, à l’intrigue palpitante d’émotion, raconte la jeunesse d’un Palestinien qu’un destin étonnant et une histoire d’amour hors norme conduisent à la découverte de lui-même, de sa conscience et de sa relation avec les religions de son enfance, l’islam et le christianisme. Par une introspection à la fois insolite et spirituelle, il nous décrit comment les élans de la divine Providence le mèneront d’Alexandrie à New York, puis à Sanaa, Aden, Djibouti et enfin Paris.
Il est né musulman, certes; mais sa raison défie à laquelle il se croyait enchaîné, occulte en fait la vraie nature de ce rite à l’emprise implacable sur un milliard et demi de fidèles…
Un récit captivant. Une réflexion morale et spirituelle sans concession. Une lecture de rigueur pour comprendre le rôle du Coran au XXI ème siècle et son emprise sur la pensée islamique confrontée à la vie moderne.

A lire donc … le tome II

De la race des seigneurs

de Alain-Fabien Delon

Les références:

ISBN : 2234086078
Éditeur : STOCK (06/02/2019)

Ma cote: 7 / 10

En 10 lignes, max! (par Frconstant)

Quand on est « fils de », on se doit d’être en rupture ou supérieur à son ascendant pour exister. Le premier roman de Alain-Fabien DELON, ‘De la race des seigneurs’, tente, par une production littéraire propre et recevable, de sortir de cette impasse où il est coincé depuis si longtemps entre rancune familiale et frasques trash. Ce n’est pas un règlement de compte … quoique! C’est une mise à plat, fictionnelle et thérapeutique, d’une enfance et jeunesse serties dans l’or et l’indifférence, la reconnaissance et le mépris, la tyrannie et l’amour démesurés ou ressentis comme tels. Avant d’aimer – ou non – , le lecteur se laissera porter par l’écriture fluide et vitriole du fils et se confrontera aux images qu’il se faisait du Père et de la vie de rêve que ne peut que mener un fils de la race des seigneurs! De mon côté, je suis sorti conscient de la chance de n’être … que moi!

Ma critique:

On connaît le père, Alain, on croit connaître le fils apparu comme mannequin, acteur et plus souvent comme déclencheur de titres de faits divers prisés par la presse people.

On découvre un Delon qui, pour exister, veut se faire un prénom, Alain-Fabien, labellisé dans le cercle ‘culturel’ de l’Edition. La maison des Editions Stock ne s’est pas trompée. En ouvrant sa collection Arpège à Alain-Fabien Delon, elle sait que le public prendra le livre en main et l’aimera pour sa lecture aisée, son petit côté ‘cancans people’ que d’aucuns aiment exhiber ci ou là, ou encore, plus profondément, pour les questions que soulèvent le fait d’être ‘fils de’ et le manque de structuration psychologique que peuvent provoquer les séismes qui, trop souvent, existent entre le rôle publique tenu par une vedette et sa fonction de père inconditionnel de son enfant.

Au cours de la lecture, on se prend donc à avoir envie de foutre des baffes, tantôt au Père (ou à la mère), tantôt au fils. On se surprend à ne même pas pouvoir imaginer les violences psychologiques vécues par l’enfant, l’adolescent. On hésite à croire à la vérité du dit … et on se rappelle, qu’après tout, il ne s’agit que d’une fiction mettant en scène un jeune Alex Delval, 18 ans, en prise avec les démons de son âge, de son époque ou de ses parents. Et le jeu se calme…

Sauf que, c’est pas un jeu. On ne peut s’empêcher de donner visages connus au Père comme au fils… Et on s’interroge sur son propre parcours. Sur l’équilibre qui a été – ou non – préservé pour nous et qui nous permet d’être – ou non – les deux pieds sur terre, dans la vie, la vraie, celle de Monsieur et Madame Toutlemonde.

Au-delà des questions qu’on pourra se poser, il restera l’idée d’une plume qui signe un premier roman agréable à lire. ‘De la race des seigneurs’ est effectivement suffisamment caustique et réaliste pour éviter le pathétique. L’auteur, équilibriste, reconnaît que son texte relève pour une large part de son propre vécu mais qu’il reste un roman. Au lecteur à faire la part des choses et à réaliser qu’il peut être insupportable d’être ‘le fils de’, surtout quand ce dernier est un monstre sacré du cinéma, des Affaires, des plateaux de télévision et de la Jetset!

Ce qu’en dit l’éditeur:

Une vie peut-elle basculer en une nuit ? Alex Delval, dix-huit ans, rêve de devenir acteur comme son père. Mais alors qu’un rôle lui est offert, le doute l’assaille violemment. Happé par ses démons, il se réfugie dans l’alcool. Une rixe éclate. Rideau. Quand il reprend ses esprits, Alex se trouve face à un homme qu’il ne connaît pas. La soixantaine, le regard bon. Un psy. Dans les profondeurs de la nuit, une complicité inattendue va naître entre eux. Pour la première fois, Alex osera se livrer. Comment devenir soi quand on a grandi dans l’ombre d’un mythe ? Comment dépasser l’image du « fils de » pour s’emparer enfin de son destin ?

Un père, un fils. L’amour, la haine.

Et une vie à construire. 

Ce qu’en dit la presse:

Avec De la race des seigneurs, le cadet des Delon semble vouloir tourner la page avec ce passé tumultueux. En écrivant «un truc beau» et non pas «une autobiographie trash», le jeune homme qui jouait dans le film de Eva Ionesco, Une jeunesse dorée, sorti au cinéma le 16 janvier dernier, assure ne plus être «dans la revanche». Utiliser son passé à des fins artistiques, un but presque aussi thérapeutique que celui de son personnage. Alex Delval, fils d’acteur, souffre d’une très mauvaise relation avec son père, et sombre dans l’alcool et les angoisses. Avant d’enfin trouver l’espoir, auprès d’un psychanalyste, d’un jour «devenir soi». [ Figaro ]

«Aujourd’hui, je suis un mec normal, fier et sans rancune» affirme Alain-Fabien Delon. De son père, il espère désormais qu’il «va vivre bien longtemps pour [le] voir arriver très haut». Mannequin, acteur et maintenant écrivain, le dernier du clan Delon a toutes les cartes en main pour, à son tour, s’émanciper de l’ombre paternelle.

Charlotte

de David FOENKINOS

Les références:

  • Date de parution : 21/08/2014
  • Editeur : Gallimard
  • EAN : 9782070145683

Ma cote: 8 / 10

Ma critique:

La chevauchée tragique de la Mort qui pousse à vivre.
La Mort qui s’approche, s’accroche, fait peur, étouffe, éloigne, rapproche.
La Mort qui force Charlotte Salomon, juive allemande, à devenir sa vie, toute sa vie !
Charlotte n’a que 26 ans.
Elle est triste, artiste peintre, peu sûre d’elle-même, en recherche d’amour fondateur.
Elle parcourt une vie qui n’en est pas, qui n’est que survie.
Et qui va vers sa fin. Charlotte est en fuite, déracinée, seule, enceinte, gazée.
Mais elle est. Elle est là, sous la douche, enfermée par l’inhumain, au centre d’elle-même.
Elle a tout donné, tout écrit, tout transmis dans son oeuvre.
Elle l’a confiée à son médecin. Il doit garder, protéger, transmettre son travail.
Elle sait, sent, réalise qu’elle va mourir.
Mais n’est-elle pas déjà morte si souvent ?
Tuée par les mensonges familiaux, par les silences qui n’en disent pas assez ou trop.
Tuée par les cris, les colères, les reproches qu’on lui jette à la figure.
Elle les comprend peu ou ne sait qu’en faire.
Tuée par l’ombre qu’elle doit devenir, par la négation d’un quelconque potentiel juif, par l’exil culturel forcé qui en découle.
Tuée par cet amour enfin trouvé qu’elle doit quitter pour le sauver. Espérer le sauver.
Tuée par la barbarie nazie, par le dérèglement d’un monde qui ne sait plus tourner.
Un monde qui n’arrive plus à se retourner, se recentrer sur l’humain qui pourtant en est la richesse première.
La Mort a-t-elle, une fois de plus gagné ?
Charlotte Salomon est là, dans ses toiles, ses écrits. C’est toute sa vie !
Et s’il y a vie… peut-on se risquer à dire que la Mort a perdu ?

On peut préjuger, chez l’auteur, une volonté, avant tout, d’écrire un « Prix littéraire », d’y inclure suffisamment de références culturelles et de se doter d’un style « hors du lot» pour recueillir des lauriers convoités… et assurer les ventes. On peut, doit-on ? A chacun de se faire sa propre opinion.

Il reste qu’on peut être surpris par l’écriture de FOENKINOS. On peut la trouver minimaliste ou la magnifier pour son sens de la concision. La disqualifier en tant qu’écriture romanesque, littéraire ou l’admettre comme l’expression d’un récit qui coupe le souffle, un récit qui, par pudeur, se garde de tenter de resituer ce qui se passe dans un ensemble qui, comme par enchantement, pourrait tout expliquer. Mais FOENKINOS n’explique pas la barbarie, Il ne disserte pas sur la souffrance. Il l’évoque, sensibilise le lecteur à cette succession de situations tragiques vécues par Charlotte.

On peut aussi, simplement, se laisser prendre par ce style assez proche des conteurs qui transmettent oralement l’Histoire à ne pas oublier. L’Histoire qui transpire dans les petites histoires qui font, et le plus souvent, défont la vie. Pourquoi une telle morbidité s’enracine-t-elle dans le coeur de certains au point de les pousser à se tuer ? Comment ceux qui les entourent peuvent-ils continuer à vivre avec cela ? Pourquoi certains racismes développent-ils cette puissance qui désigne, étiquette, liste, écarte, brime, pille et tue ?

La mort est au centre de ce récit. La quête de la vie, de la survie aussi ! Des questions fondamentales que le récit permet d’appréhender, sans donner de réponses, simplement permettre au lecteur de se dire qu’il serait grand temps pour lui de construire des réponses cohérentes à ces questions de vie ou de mort.
« Charlotte », de David FOENKINOS, un livre que j’ai aimé, qui se lit facilement, qui peut nourrir la réflexion et que je recommande.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d’une œuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : «C’est toute ma vie.» Portrait saisissant d’une femme exceptionnelle, évocation d’un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d’une quête. Celle d’un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.224 pages, 140 x 205 mm 

A propos de l’auteur:

Après des études de lettres à la Sorbonne et une formation de jazz, David Foenkinos devient professeur de guitare. Il publie par ailleurs plusieurs romans, dont Inversion de l’idiotie, de l’influence de deux Polonais, prix François Mauriac 2001, Entre les oreilles (2002) et Le Potentiel érotique de ma femme (2004) chez Gallimard. L’écrivain est apprécié pour ses textes empreints de légèreté et d’humour. Également scénariste, il coécrit avec Jacques Doillon Trop (peu) d’amour et adapte pour le théâtre la pièce Messie, de Martin Sherman. Il est par ailleurs à l’origine du scénario d’une bande dessinée, premier volet d’une trilogie intitulée Pourquoi tant d’amour ?. En 2005, alors que paraît chez Flammarion En cas de bonheur, il participe à la réalisation d’un court métrage (Une Histoire de Pieds) avec son frère Stéphane avant de publier Les Cours autonomes en 2006 (Grasset) et Qui se souvient de David Foenkinos ? en 2007 chez Gallimard. Le livre reçoit le prix Giono. Après Nos séparations (Gallimard, 2008), Foenkinos décroche en 2010 le prix Conversation et le prix des Dunes avec son roman La Délicatesse Gallimard, 2009). La même année, les Éditions du Moteur publient Bernard tandis que Plon édite Lennon, un ouvrage dans lequel l’auteur (et fan) se met dans la peau du Beatle assassiné. Suivent en 2011 Le petit garçon qui disait toujours non (Albin Michel) et Les Souvenirs, présenté à la rentrée littéraire par Gallimard. La fin de l’année 2011 voit également arriver dans les salles françaises l’adaptation du roman La Délicatesse, avec à l’affiche Audrey Tautou et François Damiens. Un film réalisé par David Foenkinos lui-même, accompagné de son frère. En 2013, il publie chez Gallimard Je vais mieux puis Charlotte, à l’occasion de la rentrée littéraire 2014. Avec Le Mystère Henri Pick, en 2016, il revient à un ton plus léger. Avec son dernier roman « Deux soeurs« , une fois de pljus, David Foenkinos divise la Critique… « s’il a pu séduire sur le fond (raconter une séparation), il agace fortement sur la forme : multiplication des clichés, répétitions lourdes, surabondance d’adverbes et de notes de bas de page… diront certains. Je ne l’ai pas encore lu. Mais je n’y manquerai pas.

A propos de l’écriture de Charlotte, Foenkinos dira pourquoi ‘il pointe et retourne à la ligne …

J’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois.
Mais comment ?
Devais-je être présent ?
Devais-je romancer son histoire ?
Quelle forme mon obsession devait-elle prendre?
Je commençais, j’essayais, puis j’abandonnais.
Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite.
Je me sentais à l’arrêt à chaque point.
Impossible d’avancer.
C’était une sensation physique, une oppression.
[Ici, on se permet de trouver qu’il en fait beaucoup.]
J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.
Alors, j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi.

Le Maître de Garamond

de Anne Cuneo

Les références:

ISBN : 2253109959
Éditeur : LE LIVRE DE POCHE

Ma cote: 10 / 10 Coup de coeur!

Mon billet:

J’ai découvert chez Madame lit l’idée d’un défi littéraire mensuel. Ce mois de mars, un roman historique. Comme le hasard fait bien les choses, j’ai été amené à relire un ‘livre coup de coeur’ que je devais défendre dans le cadre d’une rencontre autour du Livre. J’ai donc décidé de relire l’histoire du Maître de Garamond. Roman signé par la regrettée journaliste Suisse Anne Cunéo. Roman d’histoire car il nous retrace la vie mouvementée des premiers imprimeurs et fondeurs défendant le droit à l’édition sans la chape de plomb des pouvoirs en place… Et Dieu sait si ce combat historique est encore bien d’actualité en certains lieux de notre petit Monde!

En 1534, à la veille de Noël, Maître Antoine Augureau, imprimeur et fondeur de caractères est, hors de tout procès conforme au droit, déclaré hérétique, pendu puis brûlé avec ses livres sur le bûcher de la honte, celui que la faculté de théologie de la Sorbonne dresse depuis des années déjà pour asseoir son pouvoir.

L’enjeu est d’importance, il faut maintenir le peuple dans l’ignorance, l’empêcher de se référer à des textes traduits dans la langue vulgaire qui est la leur, le français! La facilitation de l’accès aux écritures d’origines ne peut être admissible pour ces théologiens qui exploitent le peuple par leurs sermons dont le sens est parfois à l’opposé du message originel. La papauté a consacré le commerce des messes et des indulgences, puits de revenus prélevés auprès du peuple à qui il suffit de faire peur face aux affres du jugement dernier. « Dieu ne pourra les pardonner de tous leurs méfaits s’ils n’ont pas contribué à la puissance de l’Eglise romaine en se délestant de leurs maigres revenus pour racheter leur salut! » Si facile à dire lorsqu’on se pose en hommes de Foi, détenteurs de la Connaissance et qu’on cache, derrière le charabia interprétatif des textes, l’essence même du message de pardon d’amour prôné par le Christ!

Luther, Calvin, les évangélistes, Marot, Rabelais, les intellectuels les plus brillants des débuts de la Renaissance et, avec eux, tous les imprimeurs qui osent deviner l’avenir qui s’ouvre au monde sont tracassés, pourchassés, déclarés hérétiques. Leur péché? Etre des éveilleurs de consciences!

Pour la Sorbonne, toute personne les soutenant, osant rapporter leurs propos ou simplement ne pas s’en offusquer, doit être soumise à cette inquisition et promise au bûcher. Que d’obscurantisme, au nom de Dieu! Que d’énergie malfaisante dépensée dans le seul but de s’octroyer un pouvoir intellectuel sans fondement!
Le plus célèbre disciple de ce pauvre Antoine Augureau n’est autre que celui qui deviendra Maître Claude Garamond. Sous la plume habile de Anne Cuneo, il va entreprendre le récit de sa vie, du gamin apprenti jusqu’au Maître graveur qu’il est devenu dans la ligne humaniste de son Maître Antoine. Il nous conte ainsi la fidélité, l’engagement réciproques entre Maîtres et apprentis. Il fait la part belle à la noblesse de coeur, à la droiture et au dévouement sans limite des petits gens envers les justes. Il étaye son récit par l’apport de contes anciens, de farces jouées sur la place publique, d’extraits de grands textes qui, deviendront plus tard, des monuments de la littérature française! Le récit est vivant. On chemine avec Claude Garomond. On a faim et froid avec lui, on apprend, on lutte, on gagne et on perd avec lui. On fait nôtre ses émotions, sa participation aux échanges d’idées, sa soif de justice, son obsession de la réalisation parfaite.

Une histoire d’apprentissage. Un parcours de vie d’une violence, d’une âpreté et d’une exigence qu’on oublie trop souvent de réaliser lorsque, distraitement parfois, on ouvre et feuillette un bouquin sans trop penser aux combats qui ont été menés pour que nous ayons accès à la lecture!

De manière romanesque, certes, mais solidement ancrée dans les recherches historiques menées, Anne CUNEO nous offre le récit de l’épopée de quelques sages en quête de vérité, de sens et d’ouverture au monde nouveau qui s’offre à eux. C’est à ce Garamond qu’on doit l’invention des accents, de la cédille, puis la gravure des caractères typographiques qui sont à la base de ceux qui servent nos lectures aujourd’hui.

Et c’est là une autre raison d’appréciation sans limite de ce livre. On y découvre le récit du combat des imprimeurs pour nous permettre de lire en langue vulgaire, la nôtre, celle qu’on comprend le plus aisément. Combat, on le verra, porté au péril de leurs vies. Combat pour que puisse naître un caractère qui facilite pour l’oeil le plaisir de la lecture et de la découverte du sens.

Que serions-nous devenus, nous, amoureux des livres, si de tels géants n’avaient pas combattus pour un savoir partagé, accessible, fécond pour une pensée libre, ouverte et confiante en ces temps nouveaux qu’il nous faut toujours tâcher de comprendre au plus près de nos réalités? Que serions-nous devenus?
Enfin, ce livre est criant d’actualité lorsqu’il met au jour les méfaits de serviteurs faussaires des idées fondatrices des religions. La faculté de théologie de la Sorbonne au 16e siècle, les fondamentalistes de l’Islam aujourd’hui. Les raisons sont les mêmes, non? Asseoir un pouvoir sur le dénis du droit à la connaissance, à la compréhension, à la mise en débat et perspectives d’idées qui auraient tout à gagner d’être discutées, proposées, jamais imposées!
« Le Maître de Garamond », un livre d’histoire qui invite au respect des anciens et qui nous ouvre à la compréhension de l’avenir. Un livre à partager!

Citations:

  • Après une période de critique prudente, le chevalier avait décidé que, si on voulait juger les propositions de Martin Luther et de ceux qui étaient d’accord avec lui, il fallait les lire. Aux discussions que j’entendais, je pensais que c’était là pour lui une question de principe et non le signe d’une attirance pour les idées luthériennes. C’est même de lui que j’ai appris que, pour condamner une chose, il faut savoir de quoi on parle.
  • Si le seul moyen de proclamer une vérité est de tuer tout le monde, c’est que cette vérité n’est pas aussi pure qu’on veut bien le dire. Lorsque les indécis voient un homme mourir plutôt que de renoncer à ses opinions ils en viennent à se dire qu’elles valaient sans doute quelque chose. 

Ce qu’en dit l’éditeur:

Le 24 décembre 1534, place Maubert, pendant que chacun s’apprête à fêter Noël, un imprimeur, suspect d’hérésie, est pendu, son corps et ses livres brûlés.
Homme de lettres, érudit, Antoine Augereau a connu les intellectuels les plus brillants des débuts de la Renaissance, à Fontenay-le-Comte où il passa son enfance à l’ombre du couvent qui accueillait François Rabelais, à Poitiers durant son apprentissage, et enfin, rue Saint-Jacques où il s’installa en ces temps où elle abritait plusieurs imprimeurs par maison. C’est là qu’il a publié François Villon ou Clément Marot, là qu’il a inventé l’usage des accents et de la cédille, là qu’il a gravé et transmis les caractères typographiques qui ont modelé ceux dont nous nous servons encore de nos jours.
Comment cet humaniste est-il parvenu à s’attirer les foudres des théologiens de la Sorbonne ? La publication du Miroir de l’âme pécheresse de Marguerite de Navarre, sueur du roi François Ier, fut-elle la vraie cause de sa perte ? Parce qu’il s’indigne autant qu’il cherche à comprendre, Claude Garamond, le plus célèbre de ses disciples, entreprend de raconter son histoire. L’histoire passionnante et bouleversante d’un être généreux, ennemi de tout fanatisme, mais prêt à mourir pour défendre ses idées.
Comme pour Le trajet dune rivière (prix des libraires 1995), Anne Cuneo, dans une éblouissante mise en scène romanesque, dévoile et rend justice à un personnage hors du commun.
[ Source: Babelio ]

Contre les élections

de David Van Reybrouck

Références:

ISBN : 233002942X
Éditeur : ACTES SUD (26/02/2014)

Ma cote: 10 : 10

Mon avis:

« Contre les élections » de David VAN REYBROUCK (Ed. Babel, 2014) est un plaidoyer pour la Démocratie… mais pas celle qui est communément admise (bien plus que pensée) de nos jours par nos constitutions. Une Démocratie qui ne sert pas, en premier, les Partis politiques et leurs ténors dont les premières préoccupations sont la réussite d’un bon score aux élections, l’accès au pouvoir et l’évitement d’une sanction des urnes en cas de prises de décisions fondamentales relatives à la gouvernance du pays.

Mieux qu’un essai, le livre de VAN REYBROUCK est un coup de maître. Il est très documenté, lisible, structuré dans son approche du sujet et ses réponses aux questions soulevées. L’auteur nous retrace l’évolution du concept de Démocratie et la perte provoquée par l’abandon du ‘tirage au sort’ qui était pratiqué dans l’antique Athènes pour un système d’élection qui a été mis en place, au 18e siècle pour conserver le pouvoir à ceux qui le détenaient déjà.

Tout y est, l’Histoire, l’évolution des modalités de gouvernance, des expériences récentes qui ont été menées pour retrouver une Démocratie participative, une gestion du devenir du Peuple pour et par le Peuple. VAN REYBROUCK ne fait pas l’impasse sur les objections, les difficultés, les réticences du monde politique. Mais il y affirme la nécessité de réagir rapidement à ce qu’il appelle le « syndrome de fatigue démocratique ».

Un livre à lire, un livre à partager, un livre qui ne doit pas être tabou et dénigré d’un geste de la main par les politiques qui nous gouvernent.
La Démocratie, un sujet de discussion entre toutes personnes souhaitant une saine gestion de la ‘chose publique’, dès aujourd’hui et pour le long terme!

Ce qu’en dit l’éditeur:

Notre démocratie représentative est aujourd’hui clans une impasse. Sa légitimité vacille : de moins en moins de gens vont voter, les électeurs font des choix capricieux, le nombre d’adhérents des partis politiques est en baisse. En outre, l’efficacité de la démocratie est violemment mise à mal : toute action énergique de l’exécutif devient problématique, les hommes politiques adaptent de plus en plus leurs stratégies en fonction des échéances électorales. Cet état de fait, David Van Reybrouck l’appelle « le syndrome de fatigue démocratique » et il s’interroge sur les moyens concrets d’y remédier. Suivant les travaux récents de politologues renommés, il préconise de remettre à l’honneur un grand principe de démocratie qui a connu son apogée dans l’Athènes classique : celui du tirage au sort. Au fil d’un exposé fervent et rigoureux, David Van Reybrouck démontre combien ce principe de tirage au sort pourrait être efficace pour donner un nouvel élan à nos démocraties essoufflées. Car il s’agirait bien, en associant des citoyens représentatifs de toutes les strates professionnelles et sociales, de rendre au peuple les moyens d’agir sur ce qui le concerne au premier chef.

A propos de l’auteur:

Nationalité : Belgique 
Né(e) à : Bruges , le 11/09/1971
Biographie : 

David Van Reybrouck est né à Bruges en 1971 dans une famille flamande de fleuristes, de relieurs, d’électriciens et d’artistes.
Il a étudié l’archéologie et la philosophie aux universités de Louvain et de Cambridge et détient un doctorat à l’université de Leyde. Journaliste, il collabore au Soir de Bruxelles ; écrivain, il a écrit Le Fléau (Actes Sud, 2008), homme de théâtre, il a publié Mission (Actes Sud-Papiers, 2011), une pièce jouée en Belgique, aux Pays-Bas, en France et en Italie.
Son essai Congo, une histoire (Actes Sud, 2012) a reçu le prix Médicis.

Et pour donner une envie de le lire…

Les idées reprises dans les paragraphes ci-dessous sont tirées du Grand oral RTBF/Le Soir sur La Première dont David Van Reybrouck était l’invité le 21 octobre 2017. Ses proposition de pistes pour refonder notre système politique et instaurer une démocratie intelligente restent, à mon sens, de pleine actualité.
https://www.rtbf.be/info/societe/detail_david-van-reybrouck-arretons-de-penser-qu-on-va-ameliorer-la-democratie-en-ameliorant-les-elections?id=9742588

À moins d’un an des élections communales, David Van Reybrouck commente d’abord la vision francophone de la N-VA. Il dit : « C’est un réflexe que je vois très souvent en Belgique francophone : penser que la montée en puissance de la N-VA égale automatiquement la montée en puissance du nationalisme ! Les raisons pour lesquelles les gens ont voté pour la N-VA, ce n’est pas forcément pour l’indépendance de la Flandre. Et la N-VA a compris car son enjeu politique a changé : d’un discours très communautariste vers un parti de droit économique et aussi la migration ».

La particratie belge

De retour de Berlin où il vient de vivre une année, David Van Reybrouck regrette que la campagne électorale des communales soit déjà lancée en Belgique. « En Allemagne, la campagne des grandes élections a commencé quatre, cinq semaines avant et jusque-là les politiques ont fait leur travail« , explique-t-il.  » Nous, on est en campagne pendant quatre, cinq ans. C’est une fièvre électorale, pas une discussion des idées. Ce pays, la Belgique, est complètement bouffé par la particratie et ça va de pire en pire « , dit David Van Reybrouck.

Une démocratie intelligente

« Arrêtons de penser qu’on va améliorer la démocratie en améliorant les élections« , poursuit-il. « C’est une formule primitive, vieillotte, pour faire tourner une société. Je défends plutôt l’idée d’un tirage au sort. C’est en train de se faire, notamment en Irlande. Tirer au sort une partie du conseil communal serait tout à fait envisageable : Madrid est en train de le faire et plusieurs villes des Pays-Bas« , explique l’essayiste.

« Le tirage au sort combine l’échantillon représentatif avec l’information et le temps : on demande aux gens ce qu’ils pensent après avoir eu le temps de réfléchir. C’est l’inverse d’un sondage où on demande aux gens ce qu’ils pensent quand ils ne pensent pas« , compare David Van Reybrouck.

« Le fait de se sentir pris au sérieux est extrêmement important dans une démocratie. Le mode électoral ne garantit pas toujours cette expérience-là« , conclut-il sur ce point.

« Le jihad de l’amour »

David Van Reybrouck a aussi recueilli les propos de Mohamed El Bachiri dans le livre « Un jihad de l’amour ». Belge d’origine marocaine et musulman, Mohamed El Bachiri vit à Molenbeek. Son épouse et mère de ses trois enfants est décédée le 22 mars 2016 dans l’attentat du métro de Bruxelles.

David Van Reybrouck explique : « La rencontre avec Mohamed a été un vrai bonheur. C’est quelqu’un qui crée des ponts entre musulmans et non musulmans« .

« Nous vivons une époque qui est extrêmement violente mais pas seulement à cause du terrorisme« , poursuit l’écrivain. Et David Van Reybrouck de citer « le taux de suicide, l’automutilation, les burn-out et les dépressions« . « Nous vivons une crise sociétale qui dépasse l’islam« , conclut-il.