Le défenseur

par John Fairfax

Edition: Le Masque

ISBN: 9782702447420

Ma cote: 8 / 10

Ma critique:

« Le défenseur », signé John Fairfax est un habile roman de la célèbre Maison d’Edition le Masque.
Curieuse situation de départ que ce défenseur, Benson, qui est un ex-taulard ayant fait le choix de plaider coupable pour un meurtre qu’il affirme après ne pas avoir commis. Sa seule raison, pouvoir envisager une réinsertion professionnelle et refaire une entrée dans le monde libre, cette fois en avocat de la Cour ! Peut-on y croire ? Assurément tant ce Benson fait preuve d’une subtilité extraordinaire dans son maniement des jeux et enjeux lors du procès de Stainby accusé du meurtre de son ex petite amie, Diane, retrouvée pendue avec une orange sanguine dans la bouche. A défaut d’être la déesse de la chasse, cette dernière semble bien avoir été victime du collet!

Mais, tout dans le récit est complexe. Mais, savamment posé entre les lignes par l’auteur, tout est là pour permettre au lecteur de croire que, malgré l’imbroglio de la situation, il va démêler l’écheveau des idées reçues, préconçues, utiles, futiles, vraies ou fausses et qu’il saura, avec certitude, qui est coupable. Et, si possible, avant la fin même du récit.

C’est sans compter sur la plume de Fairfax qui excelle à dissimuler ses personnages sous des masques de pseudo-vérités et à camoufler les noirceurs qui collent si bien à la peau de ses personnages, aucun n’étant tout à fait bon, aucun, peut-être n’étant seul coupable !

Un roman policier qui laisse la part belle aux jeux de scène de la cour de justice anglaise, avec ses perruques et ses passes d’armes entre Accusation et Défense.
Un très bon moment de détente sous le label du Masque !

Merci, une nouvelle fois, à NetGalley, France et à la maison d’édition le Masque pour ce service presse proposé.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Elle a été retrouvée pendue dans un appartement miteux de Londres avec une orange sanguine dans la bouche…
  Diane Heybridge, une jeune femme sans passé ni beaucoup d’avenir a conquis dans la mort la compassion qui lui avait été refusée quand elle était en vie. Pour l’accusation, ce suicide apparent n’est qu’un assassinat bâclé, et c’est un public écœuré qui se tourne vers la salle de tribunal n° 2 de l’Old Bailey pour que justice soit faite. Le compagnon sans cœur que la jeune femme a plaqué est accusé du meurtre, et il a demandé à l’équipe juridique non conformiste formée par William Benson et Tess de Vere de le défendre.
Cependant, au cours du déroulement du procès, il devient vite évident que Diane Heybridge n’était pas la victime faible et opprimée décrite à présent aux jurés. De la même façon, Brent Stainsby cache un mobile de meurtre inconnu de la police. Ce qui a commencé comme un simple procès se transforme rapidement en une recherche complexe de la vérité allant au-delà des limites de la salle d’audience.
Pendant ce temps, Tess reste compromise par son association avec l’avocat le plus célèbre de Londres et doit décider si elle poursuivra son enquête secrète sur la condamnation pour meurtre de celui-ci.

Fils du feu

par Guy BOLEY

Editeur: Grasset

ISBN: 9782072724107

Ma cote: 8 / 10

En 10 lignes, max! (Présentation du livre par frconstant)

Guy BOLEY frappe juste et fort. Il fait revivre la noblesse du métier de forgeron, la puissance du feu et le chant des enclumes. Avec une écriture simple, souple et profonde, Guy BOLEY nous ouvre à la création de pièces uniques, complexes et génératrices de fierté légitime de l’artisan. Il nous dit aussi la noblesse du travail des femmes qui faisaient tourner la maison. Et, plus tristement mais très justement, il nous dit la fragilité et la bascule de la vie; l’horreur vécue face à la mort inacceptable d’un enfant parti trop tôt. Et le grand frère la-dedans? Le livre explore la quête d’une place à trouver dans la vie… Accepter d’être ce qu’on est, sans nier ou tuer ni le passé, ni le présent des autres. « Fils du feu » est un hymne à la vie, un mille-feuille de souvenirs, de tendresse, questions existentielles, d’humour et d’auto-dérision. Un premier roman abouti, mature. A découvrir!

Ma critique:

« Fils de feu »  est le premier roman de Guy BOLEY. Cet auteur écrit comme il a boxé. Les coups, Qu’ils soient de cœur ou de rage, d’espoir ou de regret,  les coups sont directs, l’auteur s’expose, esquive, explose mais toujours en vérité . Il écrit comme il a dansé et pris les risques des funambules de haut vol. La musique des mots rend admirablement la musique du souffle de la forge, le rythme des enclumes, la nostalgie à fleur de peau d’un métier d’artisan, la puissance et la fragilité des corps qui déterminent les genres et les modes de vie. Par ses mots à la portée de tous, chargés d’émotion et d’auto-dérision, Guy BOLEY met en scène, donne à voir, à écouter, à deviner et à redécouvrir le métier de forgeron qu’exerçaient son père et Jacky, l’apprenti. Lui, gamin, il observait et remplissait son âme de ce souffle de vie qui émane de la forge, des corps musclés luisant d’efforts et du chant des enclumes qui rythmait la cadence, la vie, le bruit et même le silence annonciateur d’une pièce finie, maîtrisée, unique, encore auréolée des étincelles que faisaient naître son père et Jacky, tous deux , à ses yeux, Maîtres du feu et Seigneur des masses. 

Et puis, l’auteur nous raconte sa mère et le travail des femmes, le combat quotidien pour vaincre la crasse, tordre le linge, l’étendre à sécher et donner au gamin de quoi rêver lorsqu’il observait les culottes de Marguerite-des-oiseaux, pièces de tissu aussi grandes qu’un drap de lit pour enfant ! Avec une écriture chargée de tendresse, il nous dit la valeur simple du travail bien fait, la joie de vivre en famille, son horreur aussi quand la mort d’un enfant s’immisce comme un grain de folie au cœur d’une mère qui n’acceptera jamais la mort accidentelle de son petit.

L’enfant de la forge, subjugué par l’attrait du corps luisant de l’apprentis, dépassé par la puissance de frappe de son vulcain de père et la fragilité à fleur de cœur des larmes de  sa mère ne saura jamais comment grandir, être lui, trouver sa place sans prendre, perdre ou tuer celle des autres. Il deviendra peintre pour devenir lui et se demandera de manière récurrente s’il faut, pour grandir, renier son passé resté présent ou le sublimer? S’il faut s’atteler à faire le vide autour de soi ou, au contraire, faire le plein de ces vides qui scandent la vie et, peut-être lui donne sens.

Ayant trusté pas moins de six prix littéraires, « Fils du feu » est un très agréable premier roman, né à maturité et offert en partage par une plume qui s’enracine dans l’expérience d’une vie féconde, même si, à son époque, pour certains aspects, elle semblait aller à contresens du socialement correct.  Guy BOLEY, un auteur dont il faut lire aussi « Quand Dieu boxait en amateur ».

La nostalgie du sang

de Dario Correnti

ISBN: 9782226403032

Editeur: Albin Michel (29/05/2019)

Ma cote: 7 / 10

En 10 lignes, max! (Présentation du livre par frconstant)

Dario Correnti, pseudo d’une paire de journalistes italiens, signe un polar à quatre mains frappé du sceau d’une connaissance expérimentée de ce journalisme d’aujourd’hui qui sait d’où il vient mieux que où il va. Besana est un journaliste sur le départ. Ilaria, dite Morpion, est une ‘stagiaire kleenex’ que l’équipe est prête à jeter. C’est sans compter sur Besana qui veut léguer son savoir-faire à quelqu’un digne et capable de jusqu’au boutisme dans la quête de la vérité. Le lecteur suivra donc une enquête journalistique qui, en opposition parfois avec la police, ira jusqu’au bout du bout pour comprendre et démasquer un tueur en série s’inspirant du premier serial killer italien. On y croit – ou pas – peu importe! On se laisse gentiment porter par les caractères trempés de ces enquêteurs même si, probablement, comme tant d’autres, ils se laisseront vite oublier.

Ma critique:

Dans le cadre d’une Italie du nord qui marque le récit sans pour autant le confisquer, « La nostalgie du sang » est le récit d’une enquête menée par une paire de journalistes d’investigations policières. Marco Besama, l’ancien, est sur le départ, Ilaria Piatti, la ‘stagiaire kleenex’ jetée par l’équipe est reprise en main par le vieux briscard qui a envie de transmettre le métier à une jeunesse apte à se former, à aller jusqu’au bout et à ne pas oublier que la nostalgie du sang existe. Quand on a goûté au sang versé injustement par les victimes, on ne peut quitter cette obsession de vouloir comprendre et confondre les coupables. Rien d’autre n’existe que cette quête de vérité. Et le confort d’une vérité accommodante avec une bonne conscience qui ne se laisse pas perturber par le doute est une ignominie qui n’a pas droit de cité.

Est-on dans un polar? Un thriller? La situation est certes complexe: Un serial killer qui, de nos jours, s’inspire des pratiques du premier On retrouvera donc, dans ce récit, toutes les ficelles d’un schéma narratif qui boulonne la lecture: adjuvants, opposants, distracteurs et indices qui permettront au lecteur de deviner qui, quoi et comment… Rien de bien neuf et l’inversion des rôles habituels, à savoir une police qui enquête et des journalistes qui informent, n’est pas de nature à « thrillerdiser » le récit!

Finalement, le côté le plus sympa est encore de marcher dans les pas de ce vieil ours qui tente de transmettre l’âme de son métier à cette jeunette à qui la vie fait peu confiance alors qu’elle a en elle la capacité de la décoder pour faire émerger la vérité.

Il restera un bon moment de détente et de lecture sans prise de tête que je dois à Babelio, sa Masse critique et les éditions Albin Michel qui, une nouvelle fois, m’ont accordé leur confiance.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Une série de crimes sauvages bouleverse Bottanuco, une petite ville du nord de l’Italie. Des cadavres de femmes mutilées, des signes de cannibalisme, des aiguilles disposées comme dans un rituel magique… Alors que la police se perd en fausses pistes et que l’insaisissable meurtrier continue de frapper, deux journalistes s’emparent de l’affaire : Marco Besana, un grand reporter menacé de retraite anticipée, et Ilaria Piatti, une stagiaire méprisée de la rédaction mais incroyablement douée pour traquer les coupables.

C’est Ilaria qui réalise qu’il pourrait s’agir d’un imitateur de Vincenzo Verzeni, le tout premier tueur en série italien de la fin du XIXe siècle. Mais qu’est-ce qui peut bien relier les victimes à ce tueur mort il y a plus d’un siècle ?

Best-seller en Italie, cette enquête à couper le souffle est portée par un duo de journalistes sensationnel et déjà légendaire. 

Le paradoxe d’Anderson

Par Pascal Manoukian

ISBN : 9782021402436 

Éditeur : SEUIL (16/08/2018)

Ma cote: 10 / 10

En 10 lignes, max! (Présentation du livre par frconstant)

« Le paradoxe d’Anderson » dénonce l’inefficacité des formations accumulées par les jeunes qui, bardés de diplômes, n’arriveront pas à vivre un cran au-dessus du niveau social de leurs parents, que du contraire! Dans ce roman, Pascal Manoukian interroge aussi le mensonge des parents qui se taisent et cachent la perte de leur emploi à leurs enfants sous prétexte qu’il ne faut pas perturber la progéniture par des soucis d’adulte. Avec la rigueur qu’on lui connait dans la construction de ses argumentations, l’auteur démonte les mécanismes pervers d’une économie malade de sa soif d’avoir au détriment total d’une possibilité d’être. Une démonstration du mépris des possédants à l’égard de ceux qui perdent tout … et plus encore! Une description sordide des actions désespérées des dépouillés économiques. A lire et méditer!

Ma critique:

Ce troisième roman social de Pascal Manoukian, après ‘Les échoués’ (2015) et ‘Ce que tiens ta main droite t’appartient (2017), s’inscrit dans le droit fil de sa volonté de rendre la parole et la dignité à ceux que le monde économique méprise en ne leur reconnaissant qu’un droit de survie dans la précarité alors que d’autres, les possédants, les actionnaires, s’autorisent à ne recevoir, eux, que des dividendes sans état d’âme ou respect humain pour les travailleurs.

Cette fiction, l’auteur la maîtrise à la perfection. Tout est crédible, des bons sentiments aux mensonges, des combats nourris d’espoir aux actions désespérées, des envolées collectives aux dérives personnelles, des réponses qui ne sont que justice aux attaques qui ne sont qu’injustice… Le tout noyé de colère, de dépit, de révolte et de tristesse indicible.

Avec ce livre, Pascal Manoukian rend justice et espoir à un Monde qui depuis trop longtemps se perd et se détruit dans ses dérives capitalistes. Tout est question et remise en question dans cette fiction. Tout est grain de sable dans une mécanique économique de moins en moins justifiable. Tout est caillou dans les pantoufles des nantis de tout sauf d’humanité. Nombreuses sont les phrases chocs qui, admirablement bien tournées , n’en n’évoquent pas moins des vérités qui devraient nous empêcher de dormir en paix sur le petit confort douillet des gens qui ne sont pas encore rattrapés par ces iniquités.

Le paradoxe d’Anderson, un roman de Pascal Manoukian qui pointe du doigt l’urgence d’une quête de vérité face aux comportements sociaux qui opposent les petites gens à leurs exploitants, ceux-là même qui qui ruinent leur vie, leur santé, leur couple et l’avenir de leurs enfants. A partager sans retenue!

Ce qu’en dit l’éditeur:

Plus rien n’est acquis. Plus rien ne protège. Pas même les diplômes. À 17 ans, Léa ne s’en doute pas encore. À 42 ans, ses parents vont le découvrir. 
La famille habite dans le nord de l’Oise, où la crise malmène le monde ouvrier. Aline, la mère, travaille dans une fabrique de textile, Christophe, le père, dans une manufacture de bouteilles. 
Cette année-là, en septembre, coup de tonnerre, les deux usines qui les emploient délocalisent. Ironie du sort, leur fille se prépare à passer le bac, section « économique et social ». Pour protéger Léa et son petit frère, Aline et Christophe vont redoubler d’imagination et faire semblant de vivre comme avant, tout en révisant avec Léa ce qui a fait la grandeur du monde ouvrier et ce qui aujourd’hui le détruit. Comme le paradoxe d’Anderson, par exemple. 
« C’est quoi, le paradoxe d’Anderson ? » demande Aline. Léa hésite. « Quelque chose qui ne va pas te plaire », prévient-elle. Léon, dit Staline, le grand-père communiste, les avait pourtant alertés : « Les usines ne poussent qu’une fois et n’engraissent que ceux qui les possèdent. »

Citations:

Des hommes couleur de ciel

Par Anaïs LLOBET

Editions de l’Observatoire

ISBN: 9791032905340

Ma cote: 10 / 10

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En 10 lignes, max! (Présentation du livre par frconstant)

Deux frères, en exil, tentent de construire leur vie loin de Tchétchénie natale. Ici, Oumar, libre de ses pulsions, pourra peu à peu oublier qui il est et vivre son homosexualité pour autant qu’il la cache à sa famille, ses frères, son clan. Kirem, son jeune frère, rejette le Monde que l’Europe lui propose. Il préfère suivre son cousin Makhmoud radicalisé. L’intégration ou le change pour la laisser supposer passe par le BAC. Oumar a déjà réussi. Kirem semble plus rétif à l’aide que lui propose Alissa, jeune prof de russe qui, elle aussi, tait bien des choses sur son passé. Les cicatrices de guerre peuvent-elles se partager ? Faut-il dévoiler qui on est vraiment ? Qui peut comprendre ? La Haye vient d’obtenir le statut de Paris, de Bruxelles. Une bombe a explosé à la cantine du lycée. Entre terrorisme, intégration et homosexualité, chacun doit sauver sa vie.

Ma critique:

En découvrant ce titre, on se prend à croire venu le temps d’une éclaircie. Avec son pistolet et les nuages de poudres qui tachent les nuages blancs, la photo de la couverture laisse tout de suite planer un doute… La liberté revendiquée par les hommes couleurs de ciel, les homosexuels, n’est pas pour aujourd’hui.

« Des hommes couleur de ciel » est le deuxième roman de Anaïs LLOBET. Journaliste ayant été en poste à Moscou, elle connaît bien la persécution des autorités locales de Tchétchénie qui poussent les familles aux meurtres d’honneur et à la négation même des homosexuels. Son livre révèle la puissance destructrice du silence qui pèse sur la question et déstructure les familles où qu’elles vivent dans le monde. Les propos qui se présentent comme une narration relevant de la fiction, sont, en fait, d’une justesse totale et d’une plausibilité effrayante.  

Vivre, c’est tout faire pour saisir l’infime chance de trahir sa famille, son peuple et leurs interdits. Est-ce aussi tromper le pays d’accueil et bafouer ses valeurs ? C’est à ce mur que se confrontent les personnages.  Jusqu’où faut-il être fidèle à soi-même, aux autres ?

Oumar, Kirem, Alissa sont pris au piège de leurs mensonges, de leur passé, de leurs croyances mais aussi à celui de l’incompréhension des gens d’ici qui lisent leur histoire et celle de leur pays avec des lunettes déformantes de la suffisance européenne. Comment comprendre ? Peut-on se pardonner de n’avoir rien vu venir ? Quant à la recherche de la vérité, doit-on se contenter des apparences, parfois tout autant trompeuses que salvatrices ?

« Des hommes couleurs de ciel ». Ce livre, servi par l’excellente plume d’Anaïs LLOBET, offre aux lecteurs une réflexion profonde sur l’homosexualité, le terrorisme, les valeurs européennes des Droits de l’Homme et la fragilité de ceux qui voudraient pouvoir en vivre. Un livre qui ne peut laisser indifférent. Un livre à partager !

Note importante: Dans ses remerciements, l’autrice écrit: « Merci à O., S., KH., R., sans qui la langue et la culture tchétchène serait rester hermétique. Puisse venir le jour où j’écrirai votre nom en toutes lettres sans vous mettre en danger. » Je ne peux m’empêcher de mesurer, à sa juste valeur, la possibilité que j’ai pouvoir tenir et signer mes propos sans me cacher!

Ce qu’en dit l’éditeur:

Dans le pays où est né Oumar, il n’existe pas de mot pour dire ce qu’il est, seulement des périphrases : stigal basakh vol stag, un « homme couleur de ciel ». Réfugié à La Haye, le jeune Tchétchène se fait appeler Adam, passe son baccalauréat, boit des vodka-orange et ose embrasser des garçons dans l’obscurité des clubs. Mais il ne vit sa liberté que prudemment et dissimule sa nouvelle vie à son jeune frère Kirem, à la colère muette.Par une journée de juin, Oumar est soudain mêlé à l’impensable, au pire, qui advient dans son ancien lycée. La police est formelle : le terrible attentat a été commis par un lycéen tchétchène.Des hommes couleur de ciel est l’histoire de deux frères en exil qui ont voulu reconstruire leur vie en Europe. C’est l’histoire de leurs failles et de leurs cicatrices. Une histoire d’intégration et de désintégration.

Citations:

  • bien sûr que je les connais tes verbes de mouvement en russe mais ils servent à rien ici
    ici pas besoin de bondir sauter courir jusqu’à plus pouvoir respirer
    y a rien à fuir les gens sont tranquilles les avions passent sans bruit la terre tremble mais c’est juste un tramway
    et quand ils disent on descend à la cave, c’est pour rapporter de l’alcool haram ou des livres déjà lus
    ils ont pas besoin de brûler les portes ici car les radiateurs marchent l’hiver
    je te le dis, ils sont faciles à apprendre les verbes de mouvement en temps de paix
    moi je voudrais leur apprendre à aller sans se promener
    à marcher sans savoir où aller
    à s’immobiliser sans respirer
    à entendre un bruit, une explosion, fuir et ne plus jamais revenir
  • les gens ils disent « il a connu la guerre c’est pour ça qu’il est étrange » et j’ai envie de les frapper parce qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent, ils pensent que la guerre c’est comme à la télévision avec des immenses fumées dans le ciel, des gens qui pleurent et qui sortent des enfants couverts de poussière blanche des décombres de leur immeuble
    ils ne savent pas que la guerre c’est la cave l’attente la faim les gens qui s’éteignent l’impuissance les mots qui ne servent à rien face aux soldats l’humiliation les souvenirs qu’on veut jeter et qui restent comme tatoués sur le blanc de l’oeil : tu clignes des yeux et la guerre revient, tu regardes ailleurs, elle est toujours là, tu dors, elle t’attend tapie dans le noir.
  • Elle avait repris ses vieilles habitudes: ne pas se poster aux fenêtres, fermer les rideaux le soir, mettre le volume de la radio au plus bas. Ne pas attirer l’attention. Faire croire que l’appartement était inoccupé, pour qu’il ne soit pas la cible de tirs, de racontars ou de nouvelles perquisitions.

Ce qu’en dit l’autrice et la Presse:

Consulter l’article

La mémoire des vignes

Par Ann MAH

ISBN: 9782749158570

Editeur: Le cherche midi

Ma cote: 8 / 10

Ma critique:

En apparence, un roman sans prétention qui pourrait, trop facilement, tomber dans les rubriques romance ou terroir. Mais c’est bien plus que cela! C’est aussi, avec une écriture et un découpage de l’histoire facile à suivre, le récit d’une période qui a abusivement tu les tensions au sein des familles, des villages quant aux positions à tenir vis-à-vis des ennemis, des envahisseurs venu d’un pays voisin. Ces prises de position, collaboration ou résistance, passive ou active, ont aussi engendré un silence, facteur de division, d’incompréhension, d’exclusion au sein des familles Sommes-nous si certains que de telles situations de conflit ne se présenteront plus chez nous? Au vu de la montée des extrêmes au sein même de notre Europe, .je n’ai plus aucune certitude de paix durable. Il est donc bon de lire et pouvoir échanger à propos de ces thèmes avec d’autres lecteurs, les jeunes notamment!
Merci donc à NetGalley, France et Le cherche midi pour la diffusion de ce livre signé Ann MAH!

Ce qu’en dit l’éditeur:

Pour faire partie des rares experts en vins certifiés au monde, Kate doit réussir le très prestigieux concours de Master of Wine. Elle fait pour cela le choix de se rendre en Bourgogne, dans le domaine appartenant à sa famille depuis des générations. Elle pourra y approfondir ses connaissances sur le vignoble et se rapprocher de son cousin Nico et de sa femme, Heather, qui gèrent l’exploitation. La seule personne que Kate n’a guère envie de retrouver, c’est Jean-Luc, un jeune et talentueux vigneron, son premier amour. Alors qu’elle se lance dans le rangement de l’immense cave, elle découvre une chambre secrète contenant un lit de camp, des tracts écrits par la Résistance et une cachette pleine de grands crus. Intriguée, Kate commence à explorer l’histoire familiale, une quête qui la mènera aux jours les plus sombres de la Seconde Guerre mondiale et à des révélations très inattendues.

Toutoulou cherche une maison

Les références:

Alfred & Juliette Desproges

ISBN : 9791023611496 

Éditeur : PUBLISHROOM (20/04/2019)

Ma cote: 8 / 10

Ma critique:

Voici un album de jeunesse calibré pour faire passer un message, celui de l’acceptation de l’autre, même différent!

Avec des dessins simples, une colorisation dans des tons non agressifs, il raconte la recherche de Toutoulou qui veut trouver un endroit où se poser, où se sentir chez lui, un lieu, une terre à partager.

Avec un récit qui utilise la mécanique des transmissions orales, les répétitions, toutes quasi semblables jusqu’à l’ultime sublimation d’une réponse qui change tout, l’histoire est d’un accès aisé et le message se comprend sans de longue palabre avec l’enfant. Naturellement, il sait, lui, qu’il faut être accueillant!

Merci donc à NetGalley France et aux éditions Publishroom factory pour ce livre découvert dans le cadre du NetGalleyChallenge en cours.