Le mardi sur son 31 #02

Cette semaine, je lis, entre autres livres, « De la race des Seigneurs » de Alain-Fabien DELON. Je ne peux, bien sûr, faire fi de l’image que son père a si longtemps et si souvent véhiculé… Je retiens donc, à la page 31, l’extrait suivant:

Nous avons ce truc-là, chez les Delval, ce sourire à décrocher les étoiles. Papa m’a transmis ça : une manière d’être, une lueur dans le regard, ce qu’on appelle une gueule. Belle gueule. Il aurait pu avoir n’importe quelle femme. D’ailleurs il les a toutes eues, mais aujourd’hui il est seul. Seul à en crever dans son immense château, à tourner avec ses chiens, à contempler les décombres de sa gloire ; comment peut-il avoir été si adulé, admiré, porté aux nues, et se retrouver parfaitement seul, sans une femme pour lui tenir la main, à l’hiver de son existence ? 

Charlotte

de David FOENKINOS

Les références:

  • Date de parution : 21/08/2014
  • Editeur : Gallimard
  • EAN : 9782070145683

Ma cote: 8 / 10

Ma critique:

La chevauchée tragique de la Mort qui pousse à vivre.
La Mort qui s’approche, s’accroche, fait peur, étouffe, éloigne, rapproche.
La Mort qui force Charlotte Salomon, juive allemande, à devenir sa vie, toute sa vie !
Charlotte n’a que 26 ans.
Elle est triste, artiste peintre, peu sûre d’elle-même, en recherche d’amour fondateur.
Elle parcourt une vie qui n’en est pas, qui n’est que survie.
Et qui va vers sa fin. Charlotte est en fuite, déracinée, seule, enceinte, gazée.
Mais elle est. Elle est là, sous la douche, enfermée par l’inhumain, au centre d’elle-même.
Elle a tout donné, tout écrit, tout transmis dans son oeuvre.
Elle l’a confiée à son médecin. Il doit garder, protéger, transmettre son travail.
Elle sait, sent, réalise qu’elle va mourir.
Mais n’est-elle pas déjà morte si souvent ?
Tuée par les mensonges familiaux, par les silences qui n’en disent pas assez ou trop.
Tuée par les cris, les colères, les reproches qu’on lui jette à la figure.
Elle les comprend peu ou ne sait qu’en faire.
Tuée par l’ombre qu’elle doit devenir, par la négation d’un quelconque potentiel juif, par l’exil culturel forcé qui en découle.
Tuée par cet amour enfin trouvé qu’elle doit quitter pour le sauver. Espérer le sauver.
Tuée par la barbarie nazie, par le dérèglement d’un monde qui ne sait plus tourner.
Un monde qui n’arrive plus à se retourner, se recentrer sur l’humain qui pourtant en est la richesse première.
La Mort a-t-elle, une fois de plus gagné ?
Charlotte Salomon est là, dans ses toiles, ses écrits. C’est toute sa vie !
Et s’il y a vie… peut-on se risquer à dire que la Mort a perdu ?

On peut préjuger, chez l’auteur, une volonté, avant tout, d’écrire un « Prix littéraire », d’y inclure suffisamment de références culturelles et de se doter d’un style « hors du lot» pour recueillir des lauriers convoités… et assurer les ventes. On peut, doit-on ? A chacun de se faire sa propre opinion.

Il reste qu’on peut être surpris par l’écriture de FOENKINOS. On peut la trouver minimaliste ou la magnifier pour son sens de la concision. La disqualifier en tant qu’écriture romanesque, littéraire ou l’admettre comme l’expression d’un récit qui coupe le souffle, un récit qui, par pudeur, se garde de tenter de resituer ce qui se passe dans un ensemble qui, comme par enchantement, pourrait tout expliquer. Mais FOENKINOS n’explique pas la barbarie, Il ne disserte pas sur la souffrance. Il l’évoque, sensibilise le lecteur à cette succession de situations tragiques vécues par Charlotte.

On peut aussi, simplement, se laisser prendre par ce style assez proche des conteurs qui transmettent oralement l’Histoire à ne pas oublier. L’Histoire qui transpire dans les petites histoires qui font, et le plus souvent, défont la vie. Pourquoi une telle morbidité s’enracine-t-elle dans le coeur de certains au point de les pousser à se tuer ? Comment ceux qui les entourent peuvent-ils continuer à vivre avec cela ? Pourquoi certains racismes développent-ils cette puissance qui désigne, étiquette, liste, écarte, brime, pille et tue ?

La mort est au centre de ce récit. La quête de la vie, de la survie aussi ! Des questions fondamentales que le récit permet d’appréhender, sans donner de réponses, simplement permettre au lecteur de se dire qu’il serait grand temps pour lui de construire des réponses cohérentes à ces questions de vie ou de mort.
« Charlotte », de David FOENKINOS, un livre que j’ai aimé, qui se lit facilement, qui peut nourrir la réflexion et que je recommande.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d’une œuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : «C’est toute ma vie.» Portrait saisissant d’une femme exceptionnelle, évocation d’un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d’une quête. Celle d’un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.224 pages, 140 x 205 mm 

A propos de l’auteur:

Après des études de lettres à la Sorbonne et une formation de jazz, David Foenkinos devient professeur de guitare. Il publie par ailleurs plusieurs romans, dont Inversion de l’idiotie, de l’influence de deux Polonais, prix François Mauriac 2001, Entre les oreilles (2002) et Le Potentiel érotique de ma femme (2004) chez Gallimard. L’écrivain est apprécié pour ses textes empreints de légèreté et d’humour. Également scénariste, il coécrit avec Jacques Doillon Trop (peu) d’amour et adapte pour le théâtre la pièce Messie, de Martin Sherman. Il est par ailleurs à l’origine du scénario d’une bande dessinée, premier volet d’une trilogie intitulée Pourquoi tant d’amour ?. En 2005, alors que paraît chez Flammarion En cas de bonheur, il participe à la réalisation d’un court métrage (Une Histoire de Pieds) avec son frère Stéphane avant de publier Les Cours autonomes en 2006 (Grasset) et Qui se souvient de David Foenkinos ? en 2007 chez Gallimard. Le livre reçoit le prix Giono. Après Nos séparations (Gallimard, 2008), Foenkinos décroche en 2010 le prix Conversation et le prix des Dunes avec son roman La Délicatesse Gallimard, 2009). La même année, les Éditions du Moteur publient Bernard tandis que Plon édite Lennon, un ouvrage dans lequel l’auteur (et fan) se met dans la peau du Beatle assassiné. Suivent en 2011 Le petit garçon qui disait toujours non (Albin Michel) et Les Souvenirs, présenté à la rentrée littéraire par Gallimard. La fin de l’année 2011 voit également arriver dans les salles françaises l’adaptation du roman La Délicatesse, avec à l’affiche Audrey Tautou et François Damiens. Un film réalisé par David Foenkinos lui-même, accompagné de son frère. En 2013, il publie chez Gallimard Je vais mieux puis Charlotte, à l’occasion de la rentrée littéraire 2014. Avec Le Mystère Henri Pick, en 2016, il revient à un ton plus léger. Avec son dernier roman « Deux soeurs« , une fois de pljus, David Foenkinos divise la Critique… « s’il a pu séduire sur le fond (raconter une séparation), il agace fortement sur la forme : multiplication des clichés, répétitions lourdes, surabondance d’adverbes et de notes de bas de page… diront certains. Je ne l’ai pas encore lu. Mais je n’y manquerai pas.

A propos de l’écriture de Charlotte, Foenkinos dira pourquoi ‘il pointe et retourne à la ligne …

J’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois.
Mais comment ?
Devais-je être présent ?
Devais-je romancer son histoire ?
Quelle forme mon obsession devait-elle prendre?
Je commençais, j’essayais, puis j’abandonnais.
Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite.
Je me sentais à l’arrêt à chaque point.
Impossible d’avancer.
C’était une sensation physique, une oppression.
[Ici, on se permet de trouver qu’il en fait beaucoup.]
J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.
Alors, j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi.

Le Maître de Garamond

de Anne Cuneo

Les références:

ISBN : 2253109959
Éditeur : LE LIVRE DE POCHE

Ma cote: 10 / 10 Coup de coeur!

Mon billet:

J’ai découvert chez Madame lit l’idée d’un défi littéraire mensuel. Ce mois de mars, un roman historique. Comme le hasard fait bien les choses, j’ai été amené à relire un ‘livre coup de coeur’ que je devais défendre dans le cadre d’une rencontre autour du Livre. J’ai donc décidé de relire l’histoire du Maître de Garamond. Roman signé par la regrettée journaliste Suisse Anne Cunéo. Roman d’histoire car il nous retrace la vie mouvementée des premiers imprimeurs et fondeurs défendant le droit à l’édition sans la chape de plomb des pouvoirs en place… Et Dieu sait si ce combat historique est encore bien d’actualité en certains lieux de notre petit Monde!

En 1534, à la veille de Noël, Maître Antoine Augureau, imprimeur et fondeur de caractères est, hors de tout procès conforme au droit, déclaré hérétique, pendu puis brûlé avec ses livres sur le bûcher de la honte, celui que la faculté de théologie de la Sorbonne dresse depuis des années déjà pour asseoir son pouvoir.

L’enjeu est d’importance, il faut maintenir le peuple dans l’ignorance, l’empêcher de se référer à des textes traduits dans la langue vulgaire qui est la leur, le français! La facilitation de l’accès aux écritures d’origines ne peut être admissible pour ces théologiens qui exploitent le peuple par leurs sermons dont le sens est parfois à l’opposé du message originel. La papauté a consacré le commerce des messes et des indulgences, puits de revenus prélevés auprès du peuple à qui il suffit de faire peur face aux affres du jugement dernier. « Dieu ne pourra les pardonner de tous leurs méfaits s’ils n’ont pas contribué à la puissance de l’Eglise romaine en se délestant de leurs maigres revenus pour racheter leur salut! » Si facile à dire lorsqu’on se pose en hommes de Foi, détenteurs de la Connaissance et qu’on cache, derrière le charabia interprétatif des textes, l’essence même du message de pardon d’amour prôné par le Christ!

Luther, Calvin, les évangélistes, Marot, Rabelais, les intellectuels les plus brillants des débuts de la Renaissance et, avec eux, tous les imprimeurs qui osent deviner l’avenir qui s’ouvre au monde sont tracassés, pourchassés, déclarés hérétiques. Leur péché? Etre des éveilleurs de consciences!

Pour la Sorbonne, toute personne les soutenant, osant rapporter leurs propos ou simplement ne pas s’en offusquer, doit être soumise à cette inquisition et promise au bûcher. Que d’obscurantisme, au nom de Dieu! Que d’énergie malfaisante dépensée dans le seul but de s’octroyer un pouvoir intellectuel sans fondement!
Le plus célèbre disciple de ce pauvre Antoine Augureau n’est autre que celui qui deviendra Maître Claude Garamond. Sous la plume habile de Anne Cuneo, il va entreprendre le récit de sa vie, du gamin apprenti jusqu’au Maître graveur qu’il est devenu dans la ligne humaniste de son Maître Antoine. Il nous conte ainsi la fidélité, l’engagement réciproques entre Maîtres et apprentis. Il fait la part belle à la noblesse de coeur, à la droiture et au dévouement sans limite des petits gens envers les justes. Il étaye son récit par l’apport de contes anciens, de farces jouées sur la place publique, d’extraits de grands textes qui, deviendront plus tard, des monuments de la littérature française! Le récit est vivant. On chemine avec Claude Garomond. On a faim et froid avec lui, on apprend, on lutte, on gagne et on perd avec lui. On fait nôtre ses émotions, sa participation aux échanges d’idées, sa soif de justice, son obsession de la réalisation parfaite.

Une histoire d’apprentissage. Un parcours de vie d’une violence, d’une âpreté et d’une exigence qu’on oublie trop souvent de réaliser lorsque, distraitement parfois, on ouvre et feuillette un bouquin sans trop penser aux combats qui ont été menés pour que nous ayons accès à la lecture!

De manière romanesque, certes, mais solidement ancrée dans les recherches historiques menées, Anne CUNEO nous offre le récit de l’épopée de quelques sages en quête de vérité, de sens et d’ouverture au monde nouveau qui s’offre à eux. C’est à ce Garamond qu’on doit l’invention des accents, de la cédille, puis la gravure des caractères typographiques qui sont à la base de ceux qui servent nos lectures aujourd’hui.

Et c’est là une autre raison d’appréciation sans limite de ce livre. On y découvre le récit du combat des imprimeurs pour nous permettre de lire en langue vulgaire, la nôtre, celle qu’on comprend le plus aisément. Combat, on le verra, porté au péril de leurs vies. Combat pour que puisse naître un caractère qui facilite pour l’oeil le plaisir de la lecture et de la découverte du sens.

Que serions-nous devenus, nous, amoureux des livres, si de tels géants n’avaient pas combattus pour un savoir partagé, accessible, fécond pour une pensée libre, ouverte et confiante en ces temps nouveaux qu’il nous faut toujours tâcher de comprendre au plus près de nos réalités? Que serions-nous devenus?
Enfin, ce livre est criant d’actualité lorsqu’il met au jour les méfaits de serviteurs faussaires des idées fondatrices des religions. La faculté de théologie de la Sorbonne au 16e siècle, les fondamentalistes de l’Islam aujourd’hui. Les raisons sont les mêmes, non? Asseoir un pouvoir sur le dénis du droit à la connaissance, à la compréhension, à la mise en débat et perspectives d’idées qui auraient tout à gagner d’être discutées, proposées, jamais imposées!
« Le Maître de Garamond », un livre d’histoire qui invite au respect des anciens et qui nous ouvre à la compréhension de l’avenir. Un livre à partager!

Citations:

  • Après une période de critique prudente, le chevalier avait décidé que, si on voulait juger les propositions de Martin Luther et de ceux qui étaient d’accord avec lui, il fallait les lire. Aux discussions que j’entendais, je pensais que c’était là pour lui une question de principe et non le signe d’une attirance pour les idées luthériennes. C’est même de lui que j’ai appris que, pour condamner une chose, il faut savoir de quoi on parle.
  • Si le seul moyen de proclamer une vérité est de tuer tout le monde, c’est que cette vérité n’est pas aussi pure qu’on veut bien le dire. Lorsque les indécis voient un homme mourir plutôt que de renoncer à ses opinions ils en viennent à se dire qu’elles valaient sans doute quelque chose. 

Ce qu’en dit l’éditeur:

Le 24 décembre 1534, place Maubert, pendant que chacun s’apprête à fêter Noël, un imprimeur, suspect d’hérésie, est pendu, son corps et ses livres brûlés.
Homme de lettres, érudit, Antoine Augereau a connu les intellectuels les plus brillants des débuts de la Renaissance, à Fontenay-le-Comte où il passa son enfance à l’ombre du couvent qui accueillait François Rabelais, à Poitiers durant son apprentissage, et enfin, rue Saint-Jacques où il s’installa en ces temps où elle abritait plusieurs imprimeurs par maison. C’est là qu’il a publié François Villon ou Clément Marot, là qu’il a inventé l’usage des accents et de la cédille, là qu’il a gravé et transmis les caractères typographiques qui ont modelé ceux dont nous nous servons encore de nos jours.
Comment cet humaniste est-il parvenu à s’attirer les foudres des théologiens de la Sorbonne ? La publication du Miroir de l’âme pécheresse de Marguerite de Navarre, sueur du roi François Ier, fut-elle la vraie cause de sa perte ? Parce qu’il s’indigne autant qu’il cherche à comprendre, Claude Garamond, le plus célèbre de ses disciples, entreprend de raconter son histoire. L’histoire passionnante et bouleversante d’un être généreux, ennemi de tout fanatisme, mais prêt à mourir pour défendre ses idées.
Comme pour Le trajet dune rivière (prix des libraires 1995), Anne Cuneo, dans une éblouissante mise en scène romanesque, dévoile et rend justice à un personnage hors du commun.
[ Source: Babelio ]

Contre les élections

de David Van Reybrouck

Références:

ISBN : 233002942X
Éditeur : ACTES SUD (26/02/2014)

Ma cote: 10 : 10

Mon avis:

« Contre les élections » de David VAN REYBROUCK (Ed. Babel, 2014) est un plaidoyer pour la Démocratie… mais pas celle qui est communément admise (bien plus que pensée) de nos jours par nos constitutions. Une Démocratie qui ne sert pas, en premier, les Partis politiques et leurs ténors dont les premières préoccupations sont la réussite d’un bon score aux élections, l’accès au pouvoir et l’évitement d’une sanction des urnes en cas de prises de décisions fondamentales relatives à la gouvernance du pays.

Mieux qu’un essai, le livre de VAN REYBROUCK est un coup de maître. Il est très documenté, lisible, structuré dans son approche du sujet et ses réponses aux questions soulevées. L’auteur nous retrace l’évolution du concept de Démocratie et la perte provoquée par l’abandon du ‘tirage au sort’ qui était pratiqué dans l’antique Athènes pour un système d’élection qui a été mis en place, au 18e siècle pour conserver le pouvoir à ceux qui le détenaient déjà.

Tout y est, l’Histoire, l’évolution des modalités de gouvernance, des expériences récentes qui ont été menées pour retrouver une Démocratie participative, une gestion du devenir du Peuple pour et par le Peuple. VAN REYBROUCK ne fait pas l’impasse sur les objections, les difficultés, les réticences du monde politique. Mais il y affirme la nécessité de réagir rapidement à ce qu’il appelle le « syndrome de fatigue démocratique ».

Un livre à lire, un livre à partager, un livre qui ne doit pas être tabou et dénigré d’un geste de la main par les politiques qui nous gouvernent.
La Démocratie, un sujet de discussion entre toutes personnes souhaitant une saine gestion de la ‘chose publique’, dès aujourd’hui et pour le long terme!

Ce qu’en dit l’éditeur:

Notre démocratie représentative est aujourd’hui clans une impasse. Sa légitimité vacille : de moins en moins de gens vont voter, les électeurs font des choix capricieux, le nombre d’adhérents des partis politiques est en baisse. En outre, l’efficacité de la démocratie est violemment mise à mal : toute action énergique de l’exécutif devient problématique, les hommes politiques adaptent de plus en plus leurs stratégies en fonction des échéances électorales. Cet état de fait, David Van Reybrouck l’appelle « le syndrome de fatigue démocratique » et il s’interroge sur les moyens concrets d’y remédier. Suivant les travaux récents de politologues renommés, il préconise de remettre à l’honneur un grand principe de démocratie qui a connu son apogée dans l’Athènes classique : celui du tirage au sort. Au fil d’un exposé fervent et rigoureux, David Van Reybrouck démontre combien ce principe de tirage au sort pourrait être efficace pour donner un nouvel élan à nos démocraties essoufflées. Car il s’agirait bien, en associant des citoyens représentatifs de toutes les strates professionnelles et sociales, de rendre au peuple les moyens d’agir sur ce qui le concerne au premier chef.

A propos de l’auteur:

Nationalité : Belgique 
Né(e) à : Bruges , le 11/09/1971
Biographie : 

David Van Reybrouck est né à Bruges en 1971 dans une famille flamande de fleuristes, de relieurs, d’électriciens et d’artistes.
Il a étudié l’archéologie et la philosophie aux universités de Louvain et de Cambridge et détient un doctorat à l’université de Leyde. Journaliste, il collabore au Soir de Bruxelles ; écrivain, il a écrit Le Fléau (Actes Sud, 2008), homme de théâtre, il a publié Mission (Actes Sud-Papiers, 2011), une pièce jouée en Belgique, aux Pays-Bas, en France et en Italie.
Son essai Congo, une histoire (Actes Sud, 2012) a reçu le prix Médicis.

Et pour donner une envie de le lire…

Les idées reprises dans les paragraphes ci-dessous sont tirées du Grand oral RTBF/Le Soir sur La Première dont David Van Reybrouck était l’invité le 21 octobre 2017. Ses proposition de pistes pour refonder notre système politique et instaurer une démocratie intelligente restent, à mon sens, de pleine actualité.
https://www.rtbf.be/info/societe/detail_david-van-reybrouck-arretons-de-penser-qu-on-va-ameliorer-la-democratie-en-ameliorant-les-elections?id=9742588

À moins d’un an des élections communales, David Van Reybrouck commente d’abord la vision francophone de la N-VA. Il dit : « C’est un réflexe que je vois très souvent en Belgique francophone : penser que la montée en puissance de la N-VA égale automatiquement la montée en puissance du nationalisme ! Les raisons pour lesquelles les gens ont voté pour la N-VA, ce n’est pas forcément pour l’indépendance de la Flandre. Et la N-VA a compris car son enjeu politique a changé : d’un discours très communautariste vers un parti de droit économique et aussi la migration ».

La particratie belge

De retour de Berlin où il vient de vivre une année, David Van Reybrouck regrette que la campagne électorale des communales soit déjà lancée en Belgique. « En Allemagne, la campagne des grandes élections a commencé quatre, cinq semaines avant et jusque-là les politiques ont fait leur travail« , explique-t-il.  » Nous, on est en campagne pendant quatre, cinq ans. C’est une fièvre électorale, pas une discussion des idées. Ce pays, la Belgique, est complètement bouffé par la particratie et ça va de pire en pire « , dit David Van Reybrouck.

Une démocratie intelligente

« Arrêtons de penser qu’on va améliorer la démocratie en améliorant les élections« , poursuit-il. « C’est une formule primitive, vieillotte, pour faire tourner une société. Je défends plutôt l’idée d’un tirage au sort. C’est en train de se faire, notamment en Irlande. Tirer au sort une partie du conseil communal serait tout à fait envisageable : Madrid est en train de le faire et plusieurs villes des Pays-Bas« , explique l’essayiste.

« Le tirage au sort combine l’échantillon représentatif avec l’information et le temps : on demande aux gens ce qu’ils pensent après avoir eu le temps de réfléchir. C’est l’inverse d’un sondage où on demande aux gens ce qu’ils pensent quand ils ne pensent pas« , compare David Van Reybrouck.

« Le fait de se sentir pris au sérieux est extrêmement important dans une démocratie. Le mode électoral ne garantit pas toujours cette expérience-là« , conclut-il sur ce point.

« Le jihad de l’amour »

David Van Reybrouck a aussi recueilli les propos de Mohamed El Bachiri dans le livre « Un jihad de l’amour ». Belge d’origine marocaine et musulman, Mohamed El Bachiri vit à Molenbeek. Son épouse et mère de ses trois enfants est décédée le 22 mars 2016 dans l’attentat du métro de Bruxelles.

David Van Reybrouck explique : « La rencontre avec Mohamed a été un vrai bonheur. C’est quelqu’un qui crée des ponts entre musulmans et non musulmans« .

« Nous vivons une époque qui est extrêmement violente mais pas seulement à cause du terrorisme« , poursuit l’écrivain. Et David Van Reybrouck de citer « le taux de suicide, l’automutilation, les burn-out et les dépressions« . « Nous vivons une crise sociétale qui dépasse l’islam« , conclut-il.

Petit pays

de Gaël Faye

Les références:

ISBN : 2246857333
Éditeur : GRASSET (24/08/2016)

Ma cote:  10 / 10

Mon avis:

Petit Pays est un vrai grand premier roman. Gaël FAYE nous y plonge avec la douceur d’une plume habituée à créer le monde en quelques mots. On comprend mieux son sens de la formule si on se rappelle qu’il est auteur-compositeur-interprète. C’est le défi en chanson, on n’a droit qu’à quelques minutes et peu de mots pour créer un espace sonore, décor à une histoire complète qu’il faut ouvrir, développer et conclure rapidement. C’est ce que réussit l’auteur dans ce premier roman. Même si son récit peut prendre un peu plus d’ampleur pour se développer, la plume reste performante, le récit court, le décor très justement planté et la profondeur du contenu suffisamment forte pour nous attirer dans ses filets, nous plaire, nous questionner jusqu’à nous remuer le coeur.
Petit Pays est l’histoire de la perte d’une enfance… à moins que ce ne soit plutôt le gain progressif d’un âge adulte. Gabriel, enfant ‘mixte’ né d’un père français et d’une mère rwandaise vit l’insouciance de ses dix ans à Bujumbura, au Burundi. La vie sociale y est tellement simple, légère, bigarrée. On se réjouirait presque que Gabriel se fasse volé son vélo pour pimenter un peu sa vie et se poser ses premières vraies questions d’adulte. Quel sens donner à des notions telles que La propriété, la justice, la vengeance, le (bon) droit ? L’enfant apprend la vie, la mésentente, le conflit, la violence, le racisme machiavélique qui tranche sur la longueur des jambes ou du nez… bref, la barbarie ! L’enfant grandit, perd son enfance, gagne le questionnement adulte, bien souvent sans réponse. Que reste-t-il de ces beaux jours, au-delà des souvenirs ?
La force de Gaël FAYE est de maîtriser à merveille la capacité poétique de conter le bonheur et la souffrance, la joie comme la peur, l’aspiration à être mêlée à la désespérance de ne pouvoir être. Et ce, sans jamais donner de leçon, sans jugement abusif pour l’un comme pour l’autre. Il conte, il nous invite à le suivre et à nous interroger à notre tour. On a déjà dit tant de choses sur ces africains, leur génocide clanique, leur migrations au sein de leurs propres terres et celle qui, trop souvent à nos yeux, les réduit aux rôles d’envahisseurs et de prédateurs de note confort mieux installé que notre conscience ! Mais nous a-t-on dit, avons-nous entendu, qu’au coeur de chaque migrant, il y a un pays qui pleure ?
Vraiment, ce ‘Petit Pays‘ est grand ! À lire, à partager !

Citations:

  • Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance.
  • -Un livre peut nous changer?
    – Bien sûr, un livre peut te changer! Et même changer ta vie. Comme un coup de foudre. Et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il faut se méfier des livres. Ce sont des génies endormis.
  • Dans les provinces assoupies, rien de tel pour tuer le temps qu’un peu de sang à l’heure morte de midi. Justice populaire, c’est le nom qu’on donne au lynchage ça a l’avantage de sonner civilisé.
  • Le bonheur, ça t’évite de réfléchir.
    Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie.

Ce qu’en dit l’éditeur:

En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire.

Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles: le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages…

J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »

Avec un rare sens du romanesque, Gaël Faye évoque les tourments et les interrogations d’un enfant pris dans une Histoire qui le fait grandir plus vite que prévu. Nourri d’un drame que l’auteur connaît bien, un premier roman d’une ampleur exceptionnelle, parcouru d’ombres et de lumière, de tragique et d’humour, de personnages qui tentent de survivre à la tragédie.

Source : Éditions Grasset, 2013
Site : http://www.grasset.fr/petit-pays-9782246857334

Tenue décontractée exigée

de Shane KUHN

ISBN : 2823821937 

Éditeur : 12-21 (05/03/2015)

Ce qu’en dit l’éditeur:

La première mission de John Lago, le héros stagiaire-tueur à gages cruel et attachant d’ Un Stagiaire presque parfait de Shane Kuhn.

Ma cote: 3 / 10

Mon billet:

Découvrez l’histoire avant l’histoire! Ou comment amorcer la pompe en offrant une bande annonce d’un roman réédité en format poche en mars 2015. Cette ‘préface’, ce pré-texte met sous les projecteurs l’apprentissage du métier de John Lago, futur vrai tueur à gages, anti-héros, potache et décalé qui fera frémir son public dans « Un stagiaire presque parfait » qui s’est aussi appelé « Guide de survie en milieu hostile » lors de sa parution chez Sonatine (2014).

Certains trouveront ce tueur caricaturé avec brio et ‘trop vrai’ dans l’auto-dérision qui se dégage de ce personnage. D’autres n’y verront qu’un plouc dépourvu d’envergure, de caractère et de raison mais aimant le sexe, ses rêves, ses jeux et ses tentations. Pour ma part, je relève plutôt de la seconde catégorie. John Lago ne m’a pas touché!

Mais comme le tueur est sensé être toujours en formation, l’auteur pourra miser sur une série de ratages obligeant son pistolet à réessayer plusieurs fois la mise à mort qui aurait dû être nette, propre et fulgurante. le tout offrira alors 167 petites pages qui donneront – ou pas – envie de suivre les missions fantasques de John Lago, héros de Shane Kuhn.

Bon, c’est vrai, ma critique ne porte pas bien haut ces deux titres qui, in fine, ne font qu’une seule et même histoire. Permettez-moi, dès lors de vous rappeler ce que disait l’éditeur pour attirer le lecteur vers ce stagiaire presque parfait: « Le stagiaire se caractérise par son insignifiance. On lui demande d’être corvéable à merci, mais pour le reste personne ne lui prête attention. Passant facilement inaperçu, le stagiaire est ainsi un parfait assassin en puissance. C’est la raison pour laquelle, depuis une dizaine d’années, John Iago enchaîne les stages en entreprise afin d’éliminer les cibles qu’on lui assigne : quelle meilleure couverture, en effet, pour un tueur à gage ? Ainsi vient-il tout juste de rejoindre l’un des plus grands cabinets d’avocats new-yorkais avec pour mission d’assassiner un des associés. À ses heures perdues, John a décidé d’écrire un Guide de survie à l’intention des jeunes stagiaires, illustré d’exemples tirés de sa propre expérience. Ce qui lui permet de donner quelques précieux conseils aux nouvelles recrues de Human Resources, Inc, la mystérieuse organisation qui l’emploie, spécialisée dans l’entraînement et le placement des  » stagiaires « . le problème, c’est que John n’est plus au top de sa forme. À chacun des trente-quatre meurtres qu’il a commis, quelque chose est mort en lui. Et, alors que l’heure de se retirer du jeu a sonné, la mission qu’on lui a confiée va s’avérer la plus dangereuse et la plus inattendue de toutes. »

Si, si, on parle tous du même livre! Alors, qui suivre? A vous de choisir! Et rappelez-vous que, quand je n’accroche pas à une histoire, ce n’est pas pour autant qu’elle est mauvaise. J’ai aussi mes faiblesses comme lecteur!

Jardiner bio en bandes dessinées de Denis Lelièvre

Jardiner bio en bandes dessinées

Denis Lelièvre dit Pic

ISBN : 2845942052 
Éditeur : MAMA EDITIONS (26/02/2019)

Ma cote: 8 / 10

Ce qu’en dit l’éditeur

La bible du jardinage biologique moderne en version BD. Parce qu’un bon dessin vaut mieux qu’un long discours.

En route vers la reconversion écologique grâce à ce livre qui, avec humour et néanmoins précision, vous donne les clés d’un savoir jardiner éco-responsable. Vous saurez tout sur l’humus, les graines, les petites bêtes et les pratiques qui font du bien aux plantes et à la planète, et aident à faire pousser fruits et légumes savoureux et sains. Et aussi des fleurs superbes.

Compost bokashi ou biodynamique, permaculture, vortex, bioponie : ces mots, et bien d’autres, vont s’animer sous vos yeux et n’auront plus aucun secret pour vous. Avec les dessins de Pic, qui s’appuie sur le travail de Karel le jardinier, on touche à l’essence même du jardinage : le plaisir. Plaisir de lire, d’abord ! Et plaisir de cultiver, plaisir de voir pousser, plaisir de récolter, plaisir de déguster et enfin, plaisir de savoir que l’on protège la Terre.

Florilège de stratégies innovantes et de conseils éprouvés, ce guide plein d’humour est un must pour tout jardinier qui souhaite cultiver en conscience.

Mon billet:

Jour de pluie, aujourd’hui. Je ne me sens pas très porté à vivre cette journée de crachin au jardin. Et pourtant, un vrai besoin de ‘penser jardin’, d’anticiper, de réfléchir aux cultures (potager et jardin) de cette année 2019… L’occasion rêvée de se plonger dans Jardiner bio en bandes dessinées par Denis Lelièvre dit ‘Pic’. 
Voilà une approche très aérée, simple, ludique et cependant fort riche en contenus. Très abordable, la lecture de cette BD, pourvue d’une table de matière précise, permet au jardinier amateur de réviser, à la fois ses bases et, surtout, la logique de ses manières d’agir en termes de respect de l’environnement.
Car, et ce n’est pas un hasard si le livre est édité par Mama Editions, cette BD veut provoquer ou confirmer la prise de conscience de notre responsabilité quant aux cultures que nous réalisons dans nos jardins. le pari est gagné. Loin de grands discours, simplement avec des idées dont l’agencement structuré permet d’avancer dans le concept d’un jardin bio. Les dessins oscillent entre réalisme, et caricatures… mais sans jamais nuire à la cause. le seul petit bémol, selon moi, réside dans l’utilisation d’une palette de couleurs très chamarrée… Je ne suis pas certain que les daltoniens s’y retrouvent. Pour ma part, j’ai trouvé que cela ajoutait, parfois, une fatigue inutile à la lecture.
Il reste que cette bible du jardinage bio, en mode BD est une excellente idée, globalement très satisfaisante.
Merci à NetGalley, France et à Mama Editions pour leur confiance.