De Pascal Quignard

Prix Goncourt 2002

Éditeur : GRASSET (18/09/2002)

EAN : 9782246637417

192 pages

Ma cote : 5 / 10

Ma chronique :

En 2002, le Prix Goncourt attribué à Pascal Quignard pour son livre ‘Les ombres errantes’ a été controversé. Plusieurs tours de scrutin pour que le jury dégage ce titre et, fait rare, un membre du jury s’est explicitement désolidarisé de ce choix dès sa publication (Jorg Semprun). Ce n’est ni la première, ni la dernière fois sans doute que le choix du jury est critiqué. Après lecture, je peux cependant comprendre cette crispation autour de ces ombres errantes devenues Prix Goncourt.

Cet ouvrage est inclassable. Ni récit, pas plus biographique qu’historique, ni roman, ni fable philosophique ou conte poétique, la tentation serait de le verser alors dans la catégorie Essais, un peu fourre-tout mais il n’en a pas les canons, entre autres manques, par l’absence de suivi dans la pensée de l’auteur, de construction d’une thèse et des observations structurées qui permettraient d’aboutir à un essai de théorisation. Rien de tout cela, des ombres, de l’errance ! Mais l’errance peut-elle se partager ? Pas sûr, quoique…

Si le lecteur accepte de rentrer dans une lecture d’aphorismes et qu’il se laisse porter par la houle de mots dont on ne sait trop si elle nous fait voyager ou si elle nous ballote sur place, la lecture des Ombres errantes, va lui permettre de se laisser flotter au fil d’une réflexion sur le temps. Temps qui n’est jamais qu’un présent passant, qu’un temps relatif mais marqué du passé et déjà par le futur.

L’écriture de Pascal Quignard est compréhensible. Chaque phrase n’offre, le plus souvent, que peu, voire pas de difficulté de lecture. C’est le lien entre les phrases qui ouvre la porte à une série d’ambiguïté que l’auteur ne tranchera pas et qu’il laissera au lecteur, à ce dernier à se débrouiller avec ses propres errances.  La définition même de l’aphorisme peut nous aider à comprendre le pari de l’auteur et nous donner une clé pour entrer dans son œuvre.

L’aphorisme est un énoncé autosuffisant. Il peut être lu, compris, interprété sans faire appel à un autre texte. Un aphorisme est une pensée qui autorise et provoque d’autres pensées, qui fraye un sentier vers de nouvelles perceptions et conceptions. Même si sa formulation semble prendre une apparence définitive, il ne prétend pas tout dire ni dire le tout d’une chose.

Après tout, l’auteur respecte son espace et le nôtre. A lui la possibilité de partager ses pensées diffuses, à nous de les saisir, ou pas, pour les laisser vibrer en nous et comprendre la dualité des ombres. Elles nous appellent à y chercher refuge et à grandir à leurs pieds tout comme la vie nous invite à sortir de l’ombre pour nous épanouir dans ces pleins soleils qui illuminent le temps des jours qui passent et génèrent ces ombres sans qui nos soleils ne seraient pas aussi appréciables.

Une lecture qui m’a semblé accessible, quelque peu dérangeante tout de même par son style inaccoutumé pour moi et, finalement, pas aussi nourrissante que je l’aurais voulue.  Petite déception donc.

Ce qu’en dit l’éditeur :

« Il y a vingt ans j’ai composé les huit tomes des Petits Traités. Ils sont parus aux éditions Maeght. Dernier royaume est un ensemble de volumes beaucoup plus étendu et étrange. Ni argumentation philosophique, ni petits essais érudits et épars, ni narration romanesque, en moi, peu à peu, tous les genres sont tombés. Enfant, durant toute mon enfance, chaque nuit, je tournais la tête du crépuscule jusqu’à l’aube. Cela me paraissait beaucoup plus intéressant que dormir. C’était peut-être un signe de carence mais cela m’excitait. C’est vraiment une tête qui tourne à toute allure que ces volumes. Un éclair de tête. Ce n’est pas un jugement sur le temps ou le monde ou la société ou l’évolution humaine : c’est le petit effort d’une pensée de tout. Une petite vision toute moderne du monde. Une vision toute laïque du monde. Une vision toute anormale du monde. » Pascal Quignard

2 commentaires sur « Les ombres errantes »

  1. « Intéressant. Comme beaucoup d’autres critiques, même parmi ceux qui aiment le livre, peu abordent le problème du fond. La forme étonne, interpelle, mais les idées sont peu commentées. peut-être n’y en a-t-il que très peu… » me commentais @jalkin sur le site Sens Critique. J’ai donc eu envie de compléter mon approche. Merci pour cette interpellation.

    @jaklin Des idées, dans ce livre, peut-être y en a-t-il de trop? L’errance apparente de Quignard lui permet d’énoncer beaucoup de sujets, sans les aborder vraiment si ce n’est en les léchant lors de ses circonvolutions passagères. Mais tu as raison, j’aurais pu, tout de même, cerner le thème récurrent du regard, des regards sur le monde, celui des marchés économiques qui se réduisent à un singulier de monopole et qui donc s’autodétruira par manque de vis-à-vis légitime (On ne grandit que par rapport à…), le monde de la culture et de l’art. Et, peut-être davantage encore, le monde où revendiquer une liberté de regard est un acte isolationniste réprimé par le modèle social ambiant. Quignard disait lui-même que ses nuits d’enfant, il les passait à tourner sans arrêt la tête de tous côtés pour tout voir, tout observer. Dormir, fermer les yeux, était une perte de vitalité. Alors le fond de ce livre est-il pour autant une apologie de la solitude et de l’individualité repliée sur elle-même? Non, je ne crois pas. Cette errance qui refuse la domination d’un monde est un combat pour un autre monde. Mais Quignard, girouettant sans arrêt n’est pas très explicite sur ce dernier. Il le définit en termes de refus de ce qu’il observe.

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