De Yves Berger

Editions : Grasset (1962)

ISBN : 978 2246 177 623

175 pages

Ma cote : 6/10

Ma chronique :

Le Sud, signé Yves Berger, a reçu le prestigieux prix Femina en 1962. Je ne le lis qu’en 2020. L’aurais-je mieux apprécié à l’époque ? En pleine glorieuses, aurais-je aimé ce côté décalé du père, de Virginie, la fille aînée et du fils ? Je n’en sais rien, je doute. Ce que je sais cependant, c’est que je ne n’ai jamais eu envie de m’identifier aux personnages, ni les soutenir de ma compréhension ou d’une quelconque empathie.

A la sortie de la seconde guerre, les pieds du père, notaire de campagne, habitent la Provence depuis toujours. Mais son cœur et son cerveau demeurent en Virginie, celle de 1840, celle où il vit. Il a transformé son domaine en une virginie rêvée, adulée mais du passé. Il a banni l’automobile, comme le téléphone qu’il refuse d’avoir, et circule en boghei, inlassablement tiré par Indiana, la jument. Ce que le Père refuse, c’est l’avancement du temps, la course de l’horloge comme la modernité. Il impose à sa fille et à ses enfants les lectures au repas qui toutes sont tournées vers le Sud, le passé ou attribuée à un con, qu’il s’appelle Dickens ou le Pape. Son pouvoir est le poids des mots qu’il instille dans le crâne de son fils à défaut d’avoir pu toucher le cœur de sa fille.

Elle, Virginie, est en révolte contre son père, ses chimères et la place que prend son rêve. Elle ne tardera pas à partir à la ville, sous prétexte d’y faire des études.

Et le livre prend corps. Le père veut gagner le fils à sa cause, la fille veut en faire un homme et l’arracher à cette racine pivot qu’est le père. Le triangle amoureux est installé. Le fils aimera d’amour la fille, sa sœur mais aimera aussi le père. La fille tentera d’imposer ses mots au frère mais ce sont les mots du père qui jailliront.

Et le fils ? Pris en otage, il choisira de ne pas sortir de sa bulle. Les mots, maux destructeurs d’envie, auront gagné.

L’écriture de Berger est parfaitement maîtrisée. Un hymne à la construction grammaticale d’une idée, à son élévation jusqu’au partage dans une phrase drue, complexe et pourtant limpide. Un plaidoyer pour la beauté de notre langue française.

Mais, de nos jours, sur le fond, est-il encore imaginable d’imposer à ses enfants un mode de vie de repli ? Une sœur a-t-elle le droit de prendre, et dans la durée, ce rôle de l’amante au principe de faire de son frère un homme ?  Un fils peut-il être violé dans son devenir personnel par le poids, la trahison et la torture des mots que lui inflige sa famille ? Seule à la troisième question je répondrai oui, malheureusement !

Le thème du livre est fort, comme le style mais la mise en œuvre du roman a souffert, selon moi, les affres du temps.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Dans une Provence que le Père confond avec l’Amérique au point d’appeler sa fille Virginie, dans une époque qui est la nôtre mais qu’il refuse, au point d’élever ses enfants dans le culte des Indiens d’il y a plus d’un siècle, un étrange drame se joue : le Père campagnard, fidèle à son bogey attelé de la jument Indiana, en proie à l’obsession d’arrêter le temps, de figer le temps dans une éternité exotique, hostile non seulement aux voitures, au progrès, mais à la vie dans son dynamisme même ; le Fils enfin, cadet de Virginie, déchiré entre une fidélité impossible au Père et une attirance impudique vers sa soeur, ne se résolvant à vivre ni dans un attachement morbide au pssé ni dans un lien incestueux avec le présent. Qu’arrivera-t-il ? Le Père terrien réussira-t-il à retenir son fils dans les mirages du Paradis terrestre ? Virginie réussira-t-elle à faire de son frère un adulte ? Yves Berger évoque ici, dans un langage d’une poésie entièrement nouvelle, le passage déchirant de l’enfance à l’âge d’homme. Mais le thème, déjà si riche de résonances, se développe sur d’autres plans : l’opposition de la campagne et de la ville, de la terre-mère et de la femme-soeur, du monde clos et du monde ouvert, de la stagnation et du mouvement. Où est la « vraie vie » ? Dans une participation active, mais impure et tourmentée, à l’existence ? Ou dans la contemplation du temps perdu ? Yves Berger se garde de répondre : c’est au lecteur d’interroger longuement le secret de ces trois êtres, qui s’aiment, se fuient et se retrouvent au terme de leur aventure intérieure. Publié en 1962, prix Fémina, Le Sud a eu un retentissement considérable. Ce livre plein de l’amour de la vieille Amérique, Yves Berger l’écrivit alors qu’il n’avait pas encore fait son premier voyage aux Etats-Unis, qui devait plus tard lui inspirer le célèbre Fou d’Amérique.

3 commentaires sur « Le sud »

  1. Tu l’aimerais, sans aucun doute, pour l’écriture et le triangle mis en place à coups de mots, des mots qui vantent, pétrissent, forment et déforment jusqu’à tuer l’à-venir. Il ne faut pas se fixer sur l’inceste, d’autant qu’il est abordé avec une maîtrise de style qui n’en fait pas un fer de lance du roman. Le thème principal du livre est ailleurs, même si un malaise peut persister. Merci d’avoir noté ma participation du mois à ton défi.

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