de Jean Rouaud

Chez Grasset (04/03/2020)

ISBN: 978 2246 821 946

Ma cote: 9/10

Ma chronique:

Avec Kiosque, Jean Rouaud faisait revivre le monde, celui du temps où apprenti écrivain, il tenait dans un coin de Paris un kiosque, autant dire une tribune, à laquelle il a vu défilé une ribambelle de personnages doux, anars, loufoques, lucides, visionnaires ou tout simplement emplis de bon sens. Et tout ce petit monde prenait le temps de s’arrêter, de parler, d’échanger points de vue, convictions profondes ou banalités.  Avec son dernier livre, L’avenir des simples, il nous livre une vision du devenir du monde et une analyse des mécanismes de dépossession de l’esprit de l’humain, cannibalisme soigneusement orchestré par les possédants oisifs qui ne produisent rien si ce n’est du capital construit sur le dos des petits à qui il suffira de donner un smic, des envies et du rêve pour les faire taire.

Et d’une seule et même tirade, en apnée profonde et réflexion vive, Jean Rouaud nous démonte la machine à sous, ses dérives, son manque d’humanité et, surtout, son manque d’avenir. Tout y passe, la production viandeuse de cholestérol, le lobby de Monsanto qui empoisonne la terre, vend des graines OGM qui n’ont pas de défenses naturelles et de Bayer qui se pose après en soigneur et sauveur du monde. Tout apport, positif ou négatif, se payant de façon sonnante et trébuchante. Dans le même collimateur, l’auteur y visera la création, par Amazone, des envies et livraisons à domicile de tout l’inutile qui comblera le temps à tuer que le chômage organisé procure et la qualité des programmations télévisuelles destinées à préparer, chez le lambda affalé devant son écran, un esprit vide, libéré de tout sens critique, seule condition pour qu’il puisse avaler, outre les chips et le soda dont il dispose déjà, tous les mensonges publicitaires qu’on lui servira.

Tout cela pourrait paraître confus, exagéré. Mais l’argumentation est mécaniquement articulée et repose sur de nombreux exemples, des prises de paroles identifiables et des références livresques et artistiques qui ne tuent en rien la compréhension du traité. Car c’est bien d’un traité de résistance qu’il s’agit. Un traité dans lequel percole, in fine, une seule idée centrale. L’avenir est aux simples, les plantes qui dans leurs richesses en opposition avec leur nom, se montrent capable de nous renvoyer vivre sur des chemins de sens, des chemins où le temps, celui qu’il fait et celui après lequel on ne court plus sont des alliés, des poseurs d’hommes. L’avenir des simples sera aussi celui de ceux qui sauront dire non aux inventions multiples et inutiles qui ne nous aident en rien à vivre.

Moi, dit le Petit-Prince, si j’avais une heure devant moi, je marcherais lentement jusqu’à la fontaine…

Une belle invitation à vivre et résister que ce traité ‘L’avenir des simples’. Un bon moment de lecture qui peut changer notre regard sur la course frénétique vers l’avant. A nous de le vouloir, ou pas.

Merci aux éditions Grasset et à NetGalley, France qui, une nouvelle fois m’ont fait confiance en me donnant de découvrir ce livre.  #Lavenirdessimples #NetGalleyFrance

Ce qu’en dit l’éditeur:

On a bien compris que l’objectif des «  multi-monstres  » (multinationales, Gafa, oligarchie financière) était de nous décérébrer, de squatter par tous les moyens notre esprit pour empêcher l’exercice d’une pensée libre, nous obligeant à regarder le doigt qui pointe la lune, ce qui est le geste de tout dictateur montrant la voie à suivre, de nous rendre dépendant des produits manufacturés, des services et des applications en tout genre, nous dépossédant ainsi de notre savoir-faire qui est leur grand ennemi, un savoir-faire à qui nous devons d’avoir traversé des millénaires, du jardinage à la cuisine en passant par le bricolage, l’art savant de l’aiguille et du tricot et la pratique d’un instrument de musique au lieu qu’on se sature les oreilles de décibels. Reprendre son temps, un temps à soi, reprendre la possession pleine de sa vie. Et pour échapper à l’emprise des «  multi-monstres  », utiliser toutes les armes d’une guérilla économique, montrer un mépris souverain pour leurs colifichets  : «  votre appareil ne nous intéresse pas  », graffite le capitaine Haddock sur un mur. Contre les transports, la proximité des services, contre l’agriculture intensive empoisonneuse, des multitudes de parcelles d’agro-écologie, ce qui sera aussi un moyen de lutter contre l’immense solitude des campagnes et l’encombrement des villes, contre la dépendance, la réappropriation des gestes vitaux, contre les heures abrutissantes au travail, une nouvelle répartition du temps, contre les yeux vissés au portable, le nez au vent, et l’arme fatale contre un système hégémonique vivant de la consommation de viande, le véganisme. Car nous ne sommes pas 7 milliards, mais 80 milliards, à moins de considérer que tout ce bétail qui sert à engraisser nos artères ne respire pas, ne mange pas, ne boit pas, ne défèque pas. Il y a plus de porcs que d’habitants en Bretagne, et quatre-vingt pour cent des terres cultivées dans le monde le sont à usage des élevages, pour lesquels on ne regarde pas à la santé des sols et des plantes. Renoncer à la consommation de viande et des produits laitiers, c’est refroidir l’atmosphère, soulager la terre et les mers de leurs rejets toxiques, se porter mieux, envoyer pointer au chômage les actionnaires de Bayer-Monsanto et en finir avec le calvaire des animaux de boucherie pour qui, écrivait Isaac Bashevis Singer, «  c’est un éternel Treblinka ».

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