***Rentrée littéraire 2019 # 10***

de Philippe Hayat

Editions: Calmann-Levy (14/08/2019)

ISBN: 978 2702 167304

Ma cote: 8 / 10

Ma chronique:

Un deuxième roman de Philippe Hayat qui me donne furieusement envie de découvrir son premier (Momo des Halles, 2014). Je ne connais pas le chef d’entreprise, manager dit à la pointe, qu’est Philippe Hayat. Mais, sans conteste, je découvre une plume qui, pleine de logique parle de musique, de jazz, d’émancipation, de guerre et d’amour filial avec une finesse qui m’a fait swinguer de plaisir durant toute la lecture.

Dur pourtant est le sujet. Darius Zaken, gamin de Tunis dans les années trente, est frappé de mutisme après la disparition brutale de son père. Claudiquant, incapable de rester debout, muet émotionnel, il est élevé par une mère, Stella, qui se veut phare pour son fils, responsable du cap à prendre. Elle donnera tout pour qu’il s’épanouisse. Elle fera tout pour pousser son fils à grandir, à accepter l’école, à poursuivre des études. Elle est consciente que c’est là une des chances que pourrait saisir le gamin pour s’émanciper, se tirer vers le haut, vivre et exister dignement. Mère, elle oubliera bien souvent qui elle est pour n’être qu’au service de son enfant. Entre elle et lui, une relation d’amour. De celles, dit-on, qui font grandir !

Mais lui, aimant sa mère, il va se laisser attirer, envahir, transformer par cette nouvelle musique que peu comprennent, le jazz ! Entre lui, Darius Zaken et la clarinette, une autre histoire d’amour. Inconditionnel, cette fois. Brutal, excessif, imposant des choix, des sacrifices pour quelques moments de plénitude.

Ce déchirement entre la voie souhaitée par la mère et celle choisie par le fils est au cœur de ce roman. Comme au cœur de tellement de vies ! Mais à ce choc des cultures, il faut la barbarie et la bestialité des combats qui font trembler le monde à cette époque.  

Avec brio, Philippe Hayat nous fait voyager de cette Tunisie française à une Amérique étonnante qui s’émancipe dans le jazz, les frivolités d’apparat et, tout en même temps, mène des combats sanglants sans trop d’état d’âmes pour ses soldats. Une traversée du temps des conflits, de la guerre, de ses atrocités, des corps qui tombent au champ d’honneur… Quel chant d’horreur !

Et, en même temps, le choix de la musique comme fil conducteur du récit. Une quête de nouveaux sons, dans le respect des règles musicales et ses contournements, ses transgressions. On progresse avec Darius, on galère avec lui, on s’essouffle, on s’époumone à la recherche du son, du tempo, du solo qui s’imposera et amènera, enfin, la consécration de ce blanc au cœur d’une musique de noirs.

Mais on se déchire aussi, avec lui, entre la passion pour la musique, sa voie et la fidélité qu’on doit à une mère, une voix qui ne le quittera jamais.

Tout le livre est truffé, sans (à mes yeux) être miné, de constructions d’accords, de tierces, de majeurs diminuées ou augmentées… Dès le premier tiers du récit, j’ai eu envie d’avancer dans l’histoire accompagné des musiciens, bien réels, qui croisent le héros fictif de ce roman. Billie Holiday, Charlie Parker, Duke Ellington, Miles Davis, Count Basie, Armstrong… et bien d’autres. Je me suis créé un playlist Jazz et j’ai poursuivi ma lecture. Chaque fois avec eux dans les oreilles…

Double bonheur que je ne peux que souhaiter à tous ceux qui ouvriront ce livre et entendront la musique qui s’y crée ! Bonne découverte !  

Ce qu’en dit l’éditeur:

« Sa musique décrivait un coin du ciel, une façade éclaboussée de lumière, invisibles sans jazz. Il jouait et la joie se réveillait d’un rien et de partout. »

À Tunis dans les années trente, Darius Zaken est frappé de mutisme après la disparition brutale de son père. Élevé par sa mère Stella qui le destine aux plus hautes études et sacrifie tout à cette ambition, il lutte pour se montrer à la hauteur. Mais le swing d’une clarinette vient contredire la volonté maternelle. Darius se découvre un don irrésistible pour cet instrument qui lui redonne voix. Une autre vie s’offre à lui, plus vive et plus intense.

De la Tunisie française aux plus grandes scènes du monde, en passant par l’Europe de la Libération et l’Amérique ségrégationniste, cette fresque est un magnifique roman d’initiation et d’émancipation, mené au rythme étourdissant du jazz.

Un commentaire sur « Où bat le coeur du monde »

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