***Rentrée littéraire 2019 # 9***

De Jean-Paul Dubois

Editions de l’Olivier (août 2019)

ISBN: 9782823615166

Ma cote : 10 / 10

Ma chronique:

En 2016, j’ai eu, une première expérience de lecture d’un Jean-Paul Dubois, « La succession ». Je pressentais alors être passé à côté tant j’avais trouvé des richesses de style chez cet auteur sans pour  autant m’être sentis à l’aise avec le fond.  Comme toujours, quand une première expérience avec un auteur ne me semble pas satisfaisante, je me promets de découvrir un second ouvrage qui, deviendra deuxième d’une nouvelle série si je rentre dans le livre et me rends capable de l’apprécier. Même sans tout aimer, il doit m’interpeller et me parler d’humanité.

J’ai pris le temps pour choisir un nouveau titre, j’ai attendu une envie et avec « Tout le monde n’habite pas le monde de la même façon » sorti en août 2019, j’ai été comblé !

Le style de l’auteur, incisif, drôle souvent, efficace toujours, m’a, dès les premières pages, embarqué dans une aventure – des aventures – humaines. Je les ai trouvées plaisantes à lire, reposant sur des personnages parfois caricaturés de manières excessives, diront certains, mais toujours campés sur des valeurs, des moteurs de vie qu’on aime ou désapprouve, réfute ou envie… Jamais les personnages de Jean-Paul Dubois ne m’ont laissé indifférent. Comment être insensible à ce duo Paul Hansen et Horton, Hell’s Angel incarcérés pour partager 6m² ? Comment être de marbre devant une pièce d’homme, armoire à glace, dur des durs qui tombe dans les pommes à la moindre coupe de cheveux ? Et que dire du père pasteur qui depuis longtemps a perdu la foi mais joue l’or des objets de culte au casino ? Et la femme du pasteur, militante féministe qui revendique – et réalise- des programmations sulfureuses dans son cinéma d’essais…

La pirouette d’auteur, rassemblant tout son petit monde dans un seul et même bâtiment – Ici la Résidence Excelsior – est un artifice connu. Néanmoins, la métaphore fonctionne. Tout monde vivant sur un modèle d’entraide, de renforcement des liens, de services donnés, rendus peut fonctionner. Mais tout système humain peut aussi être lourdement fragilisée par l’arrivée d’un seul homme de pouvoir. C’est une réalité quotidienne. L’observation de notre monde prouve qu’il ne s’agit pas la de fiction et, ici, cette triste réalité est bien amenée, exploitée et illustrée par la galerie des personnages mis en place par Jean-Paul Dubois.

Mais tous ces bâtards de l’existence, ces amochés, ces déboussolés, bref, tous ces utopistes ou ces dépassés, l’auteur les habillent d’un manteau de vraisemblance par l’humour décalé des situations qu’il met en scène. Les personnages ainsi caricaturés perdent leurs petites individualités pour accéder au statut d’universel. Fêlés comme beaucoup, ils deviennent, pour une part, chacun de nous et rendent l’ensemble crédible. Même si, Ouf, quand même, nous, on n’est pas aussi déjantés qu’eux.  Quoi que…

Devenus tous ces hommes et ces femmes qui n’habitent pas le monde de la même façon mais qui, pourtant, font ce monde et lui donnent ses fondations, ses valeurs et les règles, les modes de vie qui sont nôtres. Et ils nous questionnent. Et nous pouvons remettre le tout en question.  Là, en fait, je découvre toute la richesse du livre « La succession » qui, lui aussi, ouvrait la réflexion sur le déterminisme familial à accepter, ou pas !

Le roman sorti lors de cette dernière rentrée littéraire 2019, roman au titre long qui résume si bien le cadre des propos de Jean-Paul Dubois, est, en fait, un roman philosophique. Il touche à l’âme du monde, à ses moteurs, ses énergies, ses choix de navigation et le cap qu’il se donne. Et, comme dans la vraie vie, il appartient au lecteur de se poser la question de ce qui est bon pour le Monde, pour lui et des moyens qu’il peut investir, ou non, dans un changement de société.

Un vrai grand roman qui donne envie de liberté, de droiture, de justice. Une œuvre utile, un bouquin à partager.

Citations:

  • C’est vers la fin de l’été 1999 que je fus appelé au bord de la piscine de L’Excelsior. Noël Alexandre venait d’y faire un malaise. Il était allongé par terre, ses yeux semblaient rechercher un visage, un point d’accroche sur lequel se fixer. Je pris sa main dans la mienne et lui dis toutes ces choses inutiles qui viennent à l’esprit quand le malheur vous surprend en plein travail alors que vous cherchiez l’embout d’accouplement de la clé à cliquets.
  • La détention allonge les jours, distend les nuits, étire les heures, donne au temps un consistance pâteuse, vaguement écoeurante . Chacun éprouve le sentiment de se mouvoir dans une boue épaisse où il faut s’extraire à chaque pas, bataillant pied à pied pour ne pas s’enliser dans le dégoût de soi-même. La prison nous ensevelit vivants.
  • Les gens qui travaillent s’ennuient quand ils ne travaillent pas .Les gens qui ne travaillent pas ne s’ennuient jamais;
  • Au fil du temps, quand je repense à tout cela, j’en arrive à me dire que ma mère aurait été un père formidable.
  • « Nous ne voulons pas d’un monde où la garantie de ne pas mourir de faim s’échange contre la certitude de mourir d’ennui »

Ce qu’en dit l’éditeur:

Cela fait deux ans que Paul Hansen purge sa peine dans la prison provinciale de Montréal. Il y partage une cellule avec Horton, un Hells Angel incarcéré pour meurtre.

Retour en arrière: Hansen est superintendant a L’Excelsior, une résidence où il déploie ses talents de concierge, de gardien, de factotum, et – plus encore – de réparateur des âmes et consolateur des affligés. Lorsqu’il n’est pas occupé à venir en aide aux habitants de L’Excelsior ou à entretenir les bâtiments, il rejoint Winona, sa compagne. Aux commandes de son aéroplane, elle l’emmène en plein ciel, au-dessus des nuages. Mais bientôt tout change. Un nouveau gérant arrive à L’Excelsior, des conflits éclatent. Et l’inévitable se produit.

Une église ensablée dans les dunes d’une plage, une mine d’amiante à ciel ouvert, les méandres d’un fleuve couleur argent, les ondes sonores d’un orgue composent les paysages variés où se déroule ce roman.

Histoire d’une vie, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon est l’un des plus beaux livres de Jean-Paul Dubois. On y découvre un écrivain qu’animent le sens aigu de la fraternité et un sentiment de révolte à l’égard de toutes les formes d’injustice.

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