de Anne Cuneo

Les références:

ISBN : 2253109959
Éditeur : LE LIVRE DE POCHE

Ma cote: 10 / 10 Coup de coeur!

Mon billet:

J’ai découvert chez Madame lit l’idée d’un défi littéraire mensuel. Ce mois de mars, un roman historique. Comme le hasard fait bien les choses, j’ai été amené à relire un ‘livre coup de coeur’ que je devais défendre dans le cadre d’une rencontre autour du Livre. J’ai donc décidé de relire l’histoire du Maître de Garamond. Roman signé par la regrettée journaliste Suisse Anne Cunéo. Roman d’histoire car il nous retrace la vie mouvementée des premiers imprimeurs et fondeurs défendant le droit à l’édition sans la chape de plomb des pouvoirs en place… Et Dieu sait si ce combat historique est encore bien d’actualité en certains lieux de notre petit Monde!

En 1534, à la veille de Noël, Maître Antoine Augureau, imprimeur et fondeur de caractères est, hors de tout procès conforme au droit, déclaré hérétique, pendu puis brûlé avec ses livres sur le bûcher de la honte, celui que la faculté de théologie de la Sorbonne dresse depuis des années déjà pour asseoir son pouvoir.

L’enjeu est d’importance, il faut maintenir le peuple dans l’ignorance, l’empêcher de se référer à des textes traduits dans la langue vulgaire qui est la leur, le français! La facilitation de l’accès aux écritures d’origines ne peut être admissible pour ces théologiens qui exploitent le peuple par leurs sermons dont le sens est parfois à l’opposé du message originel. La papauté a consacré le commerce des messes et des indulgences, puits de revenus prélevés auprès du peuple à qui il suffit de faire peur face aux affres du jugement dernier. « Dieu ne pourra les pardonner de tous leurs méfaits s’ils n’ont pas contribué à la puissance de l’Eglise romaine en se délestant de leurs maigres revenus pour racheter leur salut! » Si facile à dire lorsqu’on se pose en hommes de Foi, détenteurs de la Connaissance et qu’on cache, derrière le charabia interprétatif des textes, l’essence même du message de pardon d’amour prôné par le Christ!

Luther, Calvin, les évangélistes, Marot, Rabelais, les intellectuels les plus brillants des débuts de la Renaissance et, avec eux, tous les imprimeurs qui osent deviner l’avenir qui s’ouvre au monde sont tracassés, pourchassés, déclarés hérétiques. Leur péché? Etre des éveilleurs de consciences!

Pour la Sorbonne, toute personne les soutenant, osant rapporter leurs propos ou simplement ne pas s’en offusquer, doit être soumise à cette inquisition et promise au bûcher. Que d’obscurantisme, au nom de Dieu! Que d’énergie malfaisante dépensée dans le seul but de s’octroyer un pouvoir intellectuel sans fondement!
Le plus célèbre disciple de ce pauvre Antoine Augureau n’est autre que celui qui deviendra Maître Claude Garamond. Sous la plume habile de Anne Cuneo, il va entreprendre le récit de sa vie, du gamin apprenti jusqu’au Maître graveur qu’il est devenu dans la ligne humaniste de son Maître Antoine. Il nous conte ainsi la fidélité, l’engagement réciproques entre Maîtres et apprentis. Il fait la part belle à la noblesse de coeur, à la droiture et au dévouement sans limite des petits gens envers les justes. Il étaye son récit par l’apport de contes anciens, de farces jouées sur la place publique, d’extraits de grands textes qui, deviendront plus tard, des monuments de la littérature française! Le récit est vivant. On chemine avec Claude Garomond. On a faim et froid avec lui, on apprend, on lutte, on gagne et on perd avec lui. On fait nôtre ses émotions, sa participation aux échanges d’idées, sa soif de justice, son obsession de la réalisation parfaite.

Une histoire d’apprentissage. Un parcours de vie d’une violence, d’une âpreté et d’une exigence qu’on oublie trop souvent de réaliser lorsque, distraitement parfois, on ouvre et feuillette un bouquin sans trop penser aux combats qui ont été menés pour que nous ayons accès à la lecture!

De manière romanesque, certes, mais solidement ancrée dans les recherches historiques menées, Anne CUNEO nous offre le récit de l’épopée de quelques sages en quête de vérité, de sens et d’ouverture au monde nouveau qui s’offre à eux. C’est à ce Garamond qu’on doit l’invention des accents, de la cédille, puis la gravure des caractères typographiques qui sont à la base de ceux qui servent nos lectures aujourd’hui.

Et c’est là une autre raison d’appréciation sans limite de ce livre. On y découvre le récit du combat des imprimeurs pour nous permettre de lire en langue vulgaire, la nôtre, celle qu’on comprend le plus aisément. Combat, on le verra, porté au péril de leurs vies. Combat pour que puisse naître un caractère qui facilite pour l’oeil le plaisir de la lecture et de la découverte du sens.

Que serions-nous devenus, nous, amoureux des livres, si de tels géants n’avaient pas combattus pour un savoir partagé, accessible, fécond pour une pensée libre, ouverte et confiante en ces temps nouveaux qu’il nous faut toujours tâcher de comprendre au plus près de nos réalités? Que serions-nous devenus?
Enfin, ce livre est criant d’actualité lorsqu’il met au jour les méfaits de serviteurs faussaires des idées fondatrices des religions. La faculté de théologie de la Sorbonne au 16e siècle, les fondamentalistes de l’Islam aujourd’hui. Les raisons sont les mêmes, non? Asseoir un pouvoir sur le dénis du droit à la connaissance, à la compréhension, à la mise en débat et perspectives d’idées qui auraient tout à gagner d’être discutées, proposées, jamais imposées!
« Le Maître de Garamond », un livre d’histoire qui invite au respect des anciens et qui nous ouvre à la compréhension de l’avenir. Un livre à partager!

Citations:

  • Après une période de critique prudente, le chevalier avait décidé que, si on voulait juger les propositions de Martin Luther et de ceux qui étaient d’accord avec lui, il fallait les lire. Aux discussions que j’entendais, je pensais que c’était là pour lui une question de principe et non le signe d’une attirance pour les idées luthériennes. C’est même de lui que j’ai appris que, pour condamner une chose, il faut savoir de quoi on parle.
  • Si le seul moyen de proclamer une vérité est de tuer tout le monde, c’est que cette vérité n’est pas aussi pure qu’on veut bien le dire. Lorsque les indécis voient un homme mourir plutôt que de renoncer à ses opinions ils en viennent à se dire qu’elles valaient sans doute quelque chose. 

Ce qu’en dit l’éditeur:

Le 24 décembre 1534, place Maubert, pendant que chacun s’apprête à fêter Noël, un imprimeur, suspect d’hérésie, est pendu, son corps et ses livres brûlés.
Homme de lettres, érudit, Antoine Augereau a connu les intellectuels les plus brillants des débuts de la Renaissance, à Fontenay-le-Comte où il passa son enfance à l’ombre du couvent qui accueillait François Rabelais, à Poitiers durant son apprentissage, et enfin, rue Saint-Jacques où il s’installa en ces temps où elle abritait plusieurs imprimeurs par maison. C’est là qu’il a publié François Villon ou Clément Marot, là qu’il a inventé l’usage des accents et de la cédille, là qu’il a gravé et transmis les caractères typographiques qui ont modelé ceux dont nous nous servons encore de nos jours.
Comment cet humaniste est-il parvenu à s’attirer les foudres des théologiens de la Sorbonne ? La publication du Miroir de l’âme pécheresse de Marguerite de Navarre, sueur du roi François Ier, fut-elle la vraie cause de sa perte ? Parce qu’il s’indigne autant qu’il cherche à comprendre, Claude Garamond, le plus célèbre de ses disciples, entreprend de raconter son histoire. L’histoire passionnante et bouleversante d’un être généreux, ennemi de tout fanatisme, mais prêt à mourir pour défendre ses idées.
Comme pour Le trajet dune rivière (prix des libraires 1995), Anne Cuneo, dans une éblouissante mise en scène romanesque, dévoile et rend justice à un personnage hors du commun.
[ Source: Babelio ]

Un commentaire sur « Le Maître de Garamond »

  1. Merci beaucoup d’avoir participé à mon défi pour mars. Ce roman m’apparait fort intéressant pour en apprendre davantage sur le monde des livres. J’adore ce type de lecture qui nous ouvre les yeux, qui nous bouscule, qui nous ouvre la porte de l’âme humaine. Je note le titre pour le bilan mensuel. Au plaisir.

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