de David FOENKINOS

Les références:

  • Date de parution : 21/08/2014
  • Editeur : Gallimard
  • EAN : 9782070145683

Ma cote: 8 / 10

Ma critique:

La chevauchée tragique de la Mort qui pousse à vivre.
La Mort qui s’approche, s’accroche, fait peur, étouffe, éloigne, rapproche.
La Mort qui force Charlotte Salomon, juive allemande, à devenir sa vie, toute sa vie !
Charlotte n’a que 26 ans.
Elle est triste, artiste peintre, peu sûre d’elle-même, en recherche d’amour fondateur.
Elle parcourt une vie qui n’en est pas, qui n’est que survie.
Et qui va vers sa fin. Charlotte est en fuite, déracinée, seule, enceinte, gazée.
Mais elle est. Elle est là, sous la douche, enfermée par l’inhumain, au centre d’elle-même.
Elle a tout donné, tout écrit, tout transmis dans son oeuvre.
Elle l’a confiée à son médecin. Il doit garder, protéger, transmettre son travail.
Elle sait, sent, réalise qu’elle va mourir.
Mais n’est-elle pas déjà morte si souvent ?
Tuée par les mensonges familiaux, par les silences qui n’en disent pas assez ou trop.
Tuée par les cris, les colères, les reproches qu’on lui jette à la figure.
Elle les comprend peu ou ne sait qu’en faire.
Tuée par l’ombre qu’elle doit devenir, par la négation d’un quelconque potentiel juif, par l’exil culturel forcé qui en découle.
Tuée par cet amour enfin trouvé qu’elle doit quitter pour le sauver. Espérer le sauver.
Tuée par la barbarie nazie, par le dérèglement d’un monde qui ne sait plus tourner.
Un monde qui n’arrive plus à se retourner, se recentrer sur l’humain qui pourtant en est la richesse première.
La Mort a-t-elle, une fois de plus gagné ?
Charlotte Salomon est là, dans ses toiles, ses écrits. C’est toute sa vie !
Et s’il y a vie… peut-on se risquer à dire que la Mort a perdu ?

On peut préjuger, chez l’auteur, une volonté, avant tout, d’écrire un « Prix littéraire », d’y inclure suffisamment de références culturelles et de se doter d’un style « hors du lot» pour recueillir des lauriers convoités… et assurer les ventes. On peut, doit-on ? A chacun de se faire sa propre opinion.

Il reste qu’on peut être surpris par l’écriture de FOENKINOS. On peut la trouver minimaliste ou la magnifier pour son sens de la concision. La disqualifier en tant qu’écriture romanesque, littéraire ou l’admettre comme l’expression d’un récit qui coupe le souffle, un récit qui, par pudeur, se garde de tenter de resituer ce qui se passe dans un ensemble qui, comme par enchantement, pourrait tout expliquer. Mais FOENKINOS n’explique pas la barbarie, Il ne disserte pas sur la souffrance. Il l’évoque, sensibilise le lecteur à cette succession de situations tragiques vécues par Charlotte.

On peut aussi, simplement, se laisser prendre par ce style assez proche des conteurs qui transmettent oralement l’Histoire à ne pas oublier. L’Histoire qui transpire dans les petites histoires qui font, et le plus souvent, défont la vie. Pourquoi une telle morbidité s’enracine-t-elle dans le coeur de certains au point de les pousser à se tuer ? Comment ceux qui les entourent peuvent-ils continuer à vivre avec cela ? Pourquoi certains racismes développent-ils cette puissance qui désigne, étiquette, liste, écarte, brime, pille et tue ?

La mort est au centre de ce récit. La quête de la vie, de la survie aussi ! Des questions fondamentales que le récit permet d’appréhender, sans donner de réponses, simplement permettre au lecteur de se dire qu’il serait grand temps pour lui de construire des réponses cohérentes à ces questions de vie ou de mort.
« Charlotte », de David FOENKINOS, un livre que j’ai aimé, qui se lit facilement, qui peut nourrir la réflexion et que je recommande.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d’une œuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : «C’est toute ma vie.» Portrait saisissant d’une femme exceptionnelle, évocation d’un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d’une quête. Celle d’un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.224 pages, 140 x 205 mm 

A propos de l’auteur:

Après des études de lettres à la Sorbonne et une formation de jazz, David Foenkinos devient professeur de guitare. Il publie par ailleurs plusieurs romans, dont Inversion de l’idiotie, de l’influence de deux Polonais, prix François Mauriac 2001, Entre les oreilles (2002) et Le Potentiel érotique de ma femme (2004) chez Gallimard. L’écrivain est apprécié pour ses textes empreints de légèreté et d’humour. Également scénariste, il coécrit avec Jacques Doillon Trop (peu) d’amour et adapte pour le théâtre la pièce Messie, de Martin Sherman. Il est par ailleurs à l’origine du scénario d’une bande dessinée, premier volet d’une trilogie intitulée Pourquoi tant d’amour ?. En 2005, alors que paraît chez Flammarion En cas de bonheur, il participe à la réalisation d’un court métrage (Une Histoire de Pieds) avec son frère Stéphane avant de publier Les Cours autonomes en 2006 (Grasset) et Qui se souvient de David Foenkinos ? en 2007 chez Gallimard. Le livre reçoit le prix Giono. Après Nos séparations (Gallimard, 2008), Foenkinos décroche en 2010 le prix Conversation et le prix des Dunes avec son roman La Délicatesse Gallimard, 2009). La même année, les Éditions du Moteur publient Bernard tandis que Plon édite Lennon, un ouvrage dans lequel l’auteur (et fan) se met dans la peau du Beatle assassiné. Suivent en 2011 Le petit garçon qui disait toujours non (Albin Michel) et Les Souvenirs, présenté à la rentrée littéraire par Gallimard. La fin de l’année 2011 voit également arriver dans les salles françaises l’adaptation du roman La Délicatesse, avec à l’affiche Audrey Tautou et François Damiens. Un film réalisé par David Foenkinos lui-même, accompagné de son frère. En 2013, il publie chez Gallimard Je vais mieux puis Charlotte, à l’occasion de la rentrée littéraire 2014. Avec Le Mystère Henri Pick, en 2016, il revient à un ton plus léger. Avec son dernier roman « Deux soeurs« , une fois de pljus, David Foenkinos divise la Critique… « s’il a pu séduire sur le fond (raconter une séparation), il agace fortement sur la forme : multiplication des clichés, répétitions lourdes, surabondance d’adverbes et de notes de bas de page… diront certains. Je ne l’ai pas encore lu. Mais je n’y manquerai pas.

A propos de l’écriture de Charlotte, Foenkinos dira pourquoi ‘il pointe et retourne à la ligne …

J’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois.
Mais comment ?
Devais-je être présent ?
Devais-je romancer son histoire ?
Quelle forme mon obsession devait-elle prendre?
Je commençais, j’essayais, puis j’abandonnais.
Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite.
Je me sentais à l’arrêt à chaque point.
Impossible d’avancer.
C’était une sensation physique, une oppression.
[Ici, on se permet de trouver qu’il en fait beaucoup.]
J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.
Alors, j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi.

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