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Les références: Quand Dieu boxait en amateur de Guy Boley, éditions GRASSET 2018.

Parution : 29/08/2018
Pages : 180
Format :135 x 207 mm
ISBN: 2246818168
Prix : 17.00 €
Prix du livre numérique: 11.99 €
EAN :  9782246818168

 

Ma cote: 9 / 10

Mon billet:

Je découvre Guy Boley, avec ce titre énigmatique mais joliment tourné: « Quand Dieu boxait en amateur ». J’avais pointé ce titre dans une liste des  Goncourt potentiels de 2018. Il en a été écarté en cours de finalisation de la liste, mais peu importe, pour le lecteur que je suis, l’obtention du prix ou non, j’avais envie de le lire … il me manquait juste du temps.

Une fois ouvert, ce récit ne se quitte pas facilement. Il fait revivre une époque, celle de mon enfance, de ses rêves, de ses combats. De ses apprentissages, ses expériences. Le lecteur se retrouve dans ce travailleur forgeron, cette mère qui ne veut pas que son fils passe pour mauviette, ce curé de paroisse qui veut faire tourner les caisses de la fête paroissiale et rameuter les âmes, ce fils qui surfe sur les mots de 68 sans trop se préoccuper des blessures qu’il inflige aux anciens. Ce monde qui se tricote et se détricote sur fond de dichotomisations excessives opposant les rôles de père et mère, père et fils, homme et Dieu, curés et ouvriers, vie et mort.

Guy Boley, dans son écriture légère, joue admirablement avec ses oppositions, ces renvois d’un sens à l’autre, d’un point de vue à son contraire, d’un trait d’humour à une méchanceté profonde. L’opposition, parfois très poétique, semble un réservoir inépuisable d’expression de ces mondes qui s’opposent entre eux et, parfois en eux-mêmes. La question fondamentale restant la même: « Suis-je ce que je fais? »

Une première partie, très courte, pose un constat. C’est souvent à la mort de ceux qu’on aime qu’on réalise qu’ils avaient des rêves si grands. La deuxième partie, le corps même du récit nous offre à la fois le récit d’une amitié entre deux gosses, amitié qui restera forte, une fois adulte; mais aussi l’histoire d’une époque, de la vie d’un quartier populaire, des métiers d’alors et des distractions d’époque.  Je ne suis pas certain que de jeunes lecteurs (je vous parle d’un temps que les moins de 40 ans …) puissent réaliser la justesse et la rigueur de cette transcription de ce qu’étaient alors la vie, l’amour, la foi, la mort.  Et c’est là qu’on devine enfin la force, le charisme, l’opiniâtreté et la finitude de cet homme, père, forgeron, boxeur et Dieu en même temps!  En termes de contenu, derrière ces mots, il y a de quoi ravir les plus pointus amateurs du sens des choses.

Et puis, une troisième partie, de quelques courts chapitres, donne le sens profond de ce combat des dieux, ceux de la forge, de la scène, de la Foi, de la vie et, tout simplement de l’amour filial.

Un vrai, beau roman qui ranime des souvenirs, fait émerger du passé enfouis et questionne le présent et l’avenir vers lequel nous voulons aller, ou pas!

Citations:

  • Il fera donc de la boxe puisque sa mère le veut. C’est le sport populaire, le sport du populo. (…) Ça fait les hommes, la boxe, affirme sa mère.
  • J’ai eu les larmes aux yeux. Je venais de réaliser que mon père n’était pas qu’un artiste amateur, avec tout ce que ce terme comporte fréquemment de mépris, de suffisance et de ricanements. C’était un véritable artiste. La vie l’avait taillé pour ça, mais pas son destin, la première se chamaillant fréquemment avec le second en faisant payer aux hommes les pots cassés de leurs sottes divergences.
  • Ils sont assis dans la cuisine, autour d’une table en formica d’un jaune un brin excessif. Au milieu, une bouteille de vin rouge et deux gros verres épais. Le soir vacille comme un ivrogne. René a les mains encore pleines des lumières de la forge et l’abbé Delvault qui sort d’un après-midi de confessions a la soutane qui sent le péché véniel et ses parfums absolutoires. Ils ont, chacun à leur manière, élégamment rempli leur journée de travail, l’un rougeoyant l’acier, l’autre blanchissant les âmes, martelant ce pour quoi ils sont faits, du mieux qu’ils le pouvaient, sur la petite enclume de leur destin.
  • Ainsi le petit frère était devenu un ange. Le Seigneur Tout Puissant l’avait rappelé à lui comme on rappelle un chien pour qu’il rapporte un os, sauf que l’os, c’était lui.
  • J’ignorais que mon père avait des rêves si grands. Toujours on sous-estime les gens qu’on aime trop, ou ceux qu’on aurait dû aimer davantage.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Dans une France rurale aujourd’hui oubliée, deux gamins passionnés par les lettres nouent, dans le secret des livres, une amitié solide. Le premier, orphelin de père, travaille comme forgeron depuis ses quatorze ans et vit avec une mère que la littérature effraie et qui, pour cette raison, le met tôt à la boxe. Il sera champion. Le second se tourne vers des écritures plus saintes et devient abbé de la paroisse. Mais jamais les deux anciens gamins ne se quittent. Aussi, lorsque l’abbé propose à son ami d’enfance d’interpréter le rôle de Jésus dans son adaptation de La Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, celui-ci accepte pour sacrer, sur le ring du théâtre, leur fraternité.
Ce boxeur atypique et forgeron flamboyant était le père du narrateur. Après sa mort, ce dernier décide de prendre la plume pour lui rendre sa couronne de gloire, tressée de lettres et de phrases splendides, en lui écrivant le grand roman qu’il mérite. Un uppercut littéraire.  [source: Editions Grasset]

L’auteur:

Guy Boley est né en 1952. Après avoir fait mille métiers (ouvrier, chanteur des rues, cracheur de feu, directeur de cirque, funambule, chauffeur de bus, dramaturge pour des compagnies de danses et de théâtre) il a publié un premier roman, Fils du feu (Grasset, 2016) lauréat de sept prix littéraires (grand prix SGDL du premier roman, prix Georges Brassens, prix Millepages, prix Alain-Fournier, prix Françoise Sagan, prix (du métro) Goncourt, prix Québec-France Marie-Claire Blais).

 

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