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Dur sans être heurtant, triste malgré la joie, réaliste sans être imaginable.

« Robinson » (publié chez Gallimard et Prix Rossel 2017) est l’histoire d’un père non-autiste qui se livre, détaille, dénoue, noue et renoue sans cesse le nœud bien serré qui l’attache à son fils oui-autiste. Un Robinson qui n’existe que sur son île et pour lequel le père invente des trésors d’amour et de patience, s’occupant de son fils avec rigueur, abnégation, colère, joie, dépit, compréhension et soif de liberté partagée.

Un livre dans lequel Laurent Demoulin nous raconte ce qu’est être père d’un enfant Robinson. Avec une écriture dont la puissance tient de la poésie des situations ubuesques décrites, du regard chargé de tendresse même quand trop souvent la scatologie s’invite de manière inopportune pour qui n’est pas îlien, et puis, surtout, de l’humanité profonde qui fait tenir debout ce père, papa d’un Robinson oui-autiste qui est aussi papa de ses frères et sœurs, mari de son épouse dans la construction d’une nouvelle unité familiale, beau-père de ses beaux-enfants et, une semaine sur deux quand il n’est pas de garde Robinson, universitaire de renom, conférencier-voyageur de par le monde, homme parmi les hommes, savourant la puissance d’une parole partagée qui permet à tout un chacun d’échanger et de partager ses questions, ses doutes, ses joies et l’inévitable recherche d’un sens à la vie.

Même si certains conseillers de l’Edition ont suggéré à l’auteur de construire son livre à travers une ligne du temps assurant une montée dramaturgique vers une fin surprenante, Laurent DEMOULIN a préféré distiller au long des pages des tranches de vie, historiettes décousues qui trouvent leur cohérence dans la constance du décalage entre les mondes des oui ou non-autistes et dans la permanence du regard de père responsable à temps plein des éclats de vie de son fils.

C’est dur sans être heurtant, triste malgré la joie, réaliste sans être imaginable. Comment pourrions-nous, lecteur lambda, comprendre, prendre avec nous, sur nous ?

Alors, comme pour nous aider, l’auteur, pirouettant auprès de ses lecteurs, ne manque pas de préciser : « Or, puisqu’il faut tout dire, puisque ces pages ne sont nullement un témoignage véridique mais appartiennent au domaine de la fiction, plus précisément de la poésie épique, et qu’à ce titre elles participent à l’artifice de la littérature qui ne dit la vérité que lorsqu’elle ment, à moins que ce ne soit l’inverse, on sera content d’apprendre que, tout de même, ces épisodes éprouvants présentent un aspect positif – voire un progrès. »  Ce qu’il ne manquera pas de remettre en cause lorsque, quelques pages plus loin, il rappellera que : « L’ennui, c’est que la maladie dont souffre le oui-autiste (ou dont souffre son entourage) n’est rien d’autre qu’une absence totale de progression. Il s’agit de la définition même de l’autisme – d’une de ses définitions. »

Et c’est là, probablement un point qui mettra en parole les non-autistes ayant la responsabilité d’être parents, proches, accompagnateurs d’enfants oui-autistes. Y a-t-il place sur l’île de ces Robinson pour un progrès ? Oui, répondront les uns, non affirmeront les autres. Tous ayant raison, chacun accompagnant un îlien qui n’est pas forcément copie d’un autre.  Dans ce livre qui se refuse à la dénomination de roman, ce récit qui n’est ni linéaire, ni construit en exposition du sujet, développement et dénouement, si possible heureux, Laurent DEMOULIN entend présenter son Robinson comme adepte de Paul Valery : « Le monde est menacé par deux choses : l’ordre et le désordre. »  Nul doute pour Robinson, entre le fascisme et l’anarchie, l’ordre constitue une menace plus grande que le désordre… Telle est sa vie, telle est celle de son papa !

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