Bakhita

« Bakhita », de Véronique OLMI aux Editions Albin Michel (2017) est un livre qui ne peut laisser indifférent. Il dit l’indicible et rend tangible l’impensable. Et pourtant, le lecteur que je suis s’est-il révélé apte à le comprendre ?

En effet, même après lecture, peut-on vraiment imaginer la vie de cette enfant ‘ébène’ enlevée à l’âge de sept ans, razziée dans son Darfour natal, pour être plongée dans toutes les horreurs et les négations de l’être dont l’Homme est capable envers l’Homme et plus encore envers la Femme, l’Enfant ?

Peut-on mettre, derrière les mots utilisés par l’auteur, une image qui soit proche de la réalité endurée ? Qui permette de comprendre le parcours de l’enfant trop tôt devenu usé ? De l’adulte qui s’enracine dans l’amour, la foi, la sainteté alors que son corps a été forgé par des monstres pour la haine, la rancœur, la destruction et la négation de tout à-venir et donc de tout pardon ?

Dans une écriture tantôt hachée, violente mais pudique, tantôt quasi silencieuse, dans l’évocation plus que la déclaration, souvent poétique et tendre dans un monde de brutes, Veronique OLMI nous conte la vie de Bakhita, son parcours, l’enlèvement brutal à la vie, les viols, l’esclavage et, malgré tout, chez elle, une résilience, une capacité à affronter le Mal pour vivre le Bien et ce, jusqu’à sa mort, en 1947 à l’âge de 78 ans.

Tout au long de ce livre, le lecteur se demande comment elle a pu tenir. Comment, mille fois promise à la mort, violente de surcroît, elle garde au cœur l’oiseau qui chante et la vie en main pour la plier en faveur de sa propre croissance qui passe bien souvent par la protection de plus faibles qu’elle.

Bakhita, un livre qui, à juste titre s’est retrouvé susceptible d’obtenir le Goncourt.  Véronique OLMI ne l’a pas obtenu. Son livre était peut-être trop dérangeant à l’heure où le racisme, la ghettoïsation légitiment bien des appels au repli sur soi en justifiant la peur outrancière de toute différence.

L’Homme est-il prêt à entendre un tel discours et à se refuser d’oublier que nos sociétés ont été construites – et le sont encore trop largement – sur base de l’appropriation des richesses et des personnes, volées, soustraites à leurs destinées, au droit fondamental pour chacun de régir sa vie et non d’être assujetti.

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