119281631

« A la place du mort », signé Paul BALDENBERGER, est un livre révélateur.

A l’entame de ce récit qui semble autobiographique, le titre, en une polyphonie de sens, annonce, à la fois l’existence étriquée que peut mener un enfant lorsqu’il sent avoir été conçu pour remplacer un frère aîné mort à l’âge de sept ans. Il évoque aussi cette place, à côté du conducteur, que tous les enfants rêvent de pouvoir tenir un jour. Celle d’où on voit tout et à partir de laquelle on peut jouer à être le pilote, le gardien de la route. Mais cette place du mort, réputée ô combien dangereuse, est d’abord dans ce récit celle que prend un adolescent de douze ans qui, sous la menace d’un revolver braqué sur son front et alors qu’il rêve déjà d’être adulte, devient l’enfant sur lequel un prédateur sexuel a jeté son dévolu.

Et la magie du texte est là. Dans un récit non linéaire l’auteur nous révèle le cheminement chaotique d’un enfant – adolescent qui en réchappera pour devenir un adulte portant ce poids du viol, à la fois vivant et mort dans son être, souillé par cette expérience à laquelle, enfant, il n’aurait jamais dû participer.

L’auteur, avec brio, écrit sans aucune violence verbale, ni complaisance pour une quelconque vulgarité. Tantôt avec des mots d’adulte, tantôt avec ceux d’un enfant qui ne peut connaître les termes appropriés de sodomisation ou de fellation mais qui peut pressentir les choses et tenter de construire des parades pour s’en sortir et rester vivant. La question taraudera longtemps l’enfant devenu adulte : ‘A-t-il oui ou non pris une part active dans le viol ?  Ses paroles, son obéissance, seules voies d’issue de secours aux yeux de l’enfant apeuré, ont-elles contribué à autoriser ce qu’il a subi ?  Le syndrome de Stockholm n’étant pas loin, qu’elle est sa part de responsabilité ?’

Ces questions analytiques, le silence à maintenir ou non, la réduction du viol à un supposé plus acceptable attentat à la pudeur étaient-ils de l’ordre de la solution, d’une fuite vers l’oubli ou d’une acceptation active de la non- sanction de la faute ?

Le thème est abordé de front par l’auteur. Le lecteur se prend ces interrogations en pleine face, en plein cœur. Et ce n’est pas une compassion purement livresque pour le héros multi-âges victime du viol qui pourra le délivrer du malaise qui jaillit de ce récit, lui rappelant que la place du mort que chacun, victime potentielle de la barbarie humaine, est susceptible de devoir endosser un jour !

Un livre fort, dur et juste. Un livre qui impressionne !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s