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Ce qu’en dit l’éditeur:

« Mettez-moi à la poubelle ! Je vous dis de me mettre à la poubelle ! Comme ça, vous serez débarrassés ! À la poubelle ! Quand ça ne va plus, c’est direct à la poubelle ! Perdez pas votre temps ! » C’est long de mourir. C’est long de voir mourir. Surtout celle qui vous a donné le jour et l’amour du livre, des histoires qui racontent la vie. À 92 ans, le temps a perdu le Nord. La boussole est déréglée, on dit que c’est le grand âge, celui où l’on se souvient de choses dans le désordre, celui où on se souvient de rien parfois, celui où on réinvente souvent. Franz Bartelt, comme toujours entre dérision et tendresse, doutes et drôleries, écrit ce temps qui s’effiloche, cette mère qui fait semblant de continuer de lire encore, cette mère qui s’accroche et finit par s’en aller.

Savoir que l’on va mourir, savoir accompagner ceux qui vont mourir, savoir mourir en somme, avec humour et élégance, avec obstination et détermination : voilà ce que la vie signifie pour Franz Bartelt.

Ma cote: 7/10

Mon avis:

Un titre pirouette, jusque dans le graphisme. Franz BARTELT, cet écrivain français des Ardennes du nord envoie un uppercut à la vie et surtout à une certaine forme de fin de vie.
Lui, il tente de rester droit, de tenir le quotidien en main, d’assurer la réalité en acceptant l’absurdité de la perte de sens progressive du réel chez sa maman. Ce livre est poignant. Le récit passe, repasse la vie de sa mère, quadragénaire avancée, qui plus elle vieillit, plus elle se souvient et vit en lien fusionnel avec sa propre mère qui aurait aujourd’hui quelques 120 ans alors qu’elle ne sait plus nommer son fils. Et pourtant, il est bon ce fils qui vient lui tous les jours lui rendre visite, parler un peu, surtout écouter, mettre sur la table ce qu’il faut manger, s’occuper de la vaisselle et s’assurer que la gazinière soit bien fermée avant de partir. Tous les jours, il est là, elle, de moins en moins, elle s’éloigne de plus en plus. Elle fugue même souvent. Pour aller faire le ménage à la boucherie, faire des courses, se promener au square et parler avec… elle ne sait plus, mais ça n’a pas d’importance, elle n’est pas folle, tout de même ! Un récit de vie au jour, le jour avec sa lente descente en absurdie.
De la maison qu’on ne veut quitter à celle qui se dit de repos pour personnes âgées, il n’y a qu’un pas, c’est celui de la mort en sursis à celui de la vie déjà définitivement perdue. Dans un hospice, on ne vit plus, on ne survit même pas, on attend. On attend tout et surtout la mort… sans aucun pouvoir sur la gestion du temps !
Ce texte, empli de pudeur, est habité de cette distance ‘protectionnelle’ indispensable à tout qui accompagne le vent de l’oubli qui chante dans les esprits de ceux qu’on aime. Mais il sonne tellement vrai !
Le texte, comme le temps, se répète, fait du sur place et souligne combien, ni le fils, ni la mère, ne trouvent leurs places dans une fin de vie qui se drape de bonnes intentions ou croyances pour camoufler la déchéance humaine et l’absurdité de ce temps qui n’appartient à personne.
On ne sort pas de ce texte indemne. On ne peut que revisiter ses propres expériences d’accompagnement d’êtres aimés et se questionner sur l’attitude à prendre, l’aptitude à développer, le changement d’altitude dans nos choix de vie qu’il serait bon – ou non – d’anticiper.
On comprend aisément que ce livre trouve une juste place dans la collection ‘Ce que la vie signifie pour moi’ des éditions du Sonneur.

Citations:

  • « Mettez-moi à la poubelle ! Je vous dis de me mettre à la poubelle ! Comme ça, vous serez débarrassés ! À la poubelle ! Quand ça ne va plus, c’est direct à la poubelle ! Perdez pas votre temps ! » C’est long de mourir. C’est long de voir mourir. Surtout celle qui vous a donné le jour et l’amour du livre, des histoires qui racontent la vie. À 92 ans, le temps a perdu le Nord. La boussole est déréglée, on dit que c’est le grand âge, celui où l’on se souvient de choses dans le désordre, celui où on se souvient de rien parfois, celui où on réinvente souvent. Franz Bartelt, comme toujours entre dérision et tendresse, doutes et drôleries, écrit ce temps qui s’effiloche, cette mère qui fait semblant de continuer de lire encore, cette mère qui s’accroche et finit par s’en aller.
  • Savoir que l’on va mourir, savoir accompagner ceux qui vont mourir, savoir mourir en somme, avec humour et élégance, avec obstination et détermination : voilà ce que la vie signifie pour Franz Bartelt.
  • Comment déterminer la limite au-delà de laquelle ce qu’on vit ne vaut pas de souffrir plus longtemps ?

A propos de l’auteur:

Franz Bartelt est né et vit toujours dans les Ardennes. Il est l’auteur d’une quarantaine de livres, dont Les Bottes rouges, grand prix de l’Humour noir, ou Le Jardin du bossu, polar salué par la critique lors de sa parution (Gallimard), À la fois poète, nouvelliste, dramaturge, feuilletoniste, ce romancier très discret possède un style d’une rare élégance qui, allié à une imagination débordante, font de lui un écrivain précieux. [source: Editions du Seuil]

Franz Bartlet est né en 1949 de parents d’origine poméranienne installés dans l’Eure puis, quelques années après la naissance de Franz, dans les Ardennes. Il commence à écrire dès l’âge de treize ans et quitte l’école à quatorze ans pour travailler. Il enchaîne les petits boulots et est embauché à dix-neuf ans dans une usine de papier à Givet.

A partir de 1980 il se consacre à temps plein à l’écriture. Poète, nouvelliste, dramaturge et feuilletoniste, il donne également huit pièces de théâtre à France-Culture et des chroniques estivales au journal L’Ardennais. À partir de 1995, il connaît la consécration avec la publication de ses romans, tous applaudis par la critique et, pour certains, sélectionnés pour les prix littéraires : Les Fiancés du paradis ; La Chasse au grand singe ; Le Costume ; Les Bottes rouges (Grand Prix de l’humour noir) ; Le Grand Bercail ; Terrine Rimbaud ; Le bar des habitudes (Prix Goncourt de la Nouvelle) ; La mort d’Edgar. [source: http://www.lacauselitteraire.fr]

Les références:

Franz Bartelt

ISBN : 2373850559
Éditeur : DU SONNEUR (02/02/2017)

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