De Diane Meur

Edition: Sabine.Wespieser (août 2020)

ISBN: 978 2848 053 615

336 pages

Ma cote: 7/10

Ma chronique:

« Sous le ciel des hommes », dernier titre de Diane Meur, autrice belge qui mérite d’être davantage connue pour son regard subtil et sa capacité à mettre le doigt sur ce qui coince. Sous le ciel des hommes, sans ponctuation peut se lire et s’interpréter de différentes manières. J’aime cela. Est-ce le ciel des hommes, celui qu’ils ont construit au-dessus d’eux, parement cosmétique à leurs égarements dans les différentes trajectoires de vie qu’ils choisissent, se donnent ou subissent ? Ou est-ce la triste vérité que sous le ciel qui devrait sublimer une élévation, l’Homme debout tiré vers le haut, il n’y a que des hommes finis, parfois même avant d’avoir commencés ?

Sous ce ciel commun à tous les hommes, l’humanité n’a-t-elle pas, à tous moments, le choix du meilleur ou du pire ? » C’est bien la question posée par Diane Meur. Elle n’est pas nouvelle. Elle reste d’actualité.

Dans ce livre, elle développe, en parallèle, des petites vies d’un écrivain, reporter autrefois, qui poursuit l’idée, soufflée par son éditeur, d’accueillir chez lui un migrant pour observer, disséquer et transcrire les interactions entre le paumé qui se révèlera un cœur pur et l’homme de lettres connu et reconnu qui est en panne de plume. Elle nous donnera aussi de suivre un groupe de joyeux refaiseurs de monde occupé à rédiger à plusieurs mains un pamphlet contre l’économie et la gestion de notre monde. Et puis, semblant apparaître au hasard, on suivra Semira, sans papier mais pas sans cœur, son ami Ghoûn qui rêve encore à une régularisation possible. Et encore Fabio, adolescent chargé de ses deux parents dépassés dont Sylvie qui ne sait où placer ses ambitions et encore moins comment les servir…

Tout cela semble un peu brouillon et si chaque histoire se tient, est habillement posée sous les yeux d’un lecteur qui ne peut que s’interroger à propos de tous les dysfonctionnements du monde, l’ensemble n’est pas toujours évident à appréhender. Beaucoup de situations différentes, parallèles mais avec des incursions de l’une dans l’autre, beaucoup de personnages et beaucoup d’idées, le plus souvent pertinentes, à traiter.

Mais, peu à peu, la mayonnaise prend. La consistance est là, les questions aussi.

Plus qu’un roman, « Sous le ciel des hommes » est un essai. Essai d’un regard lucide sur le monde d’aujourd’hui, sur la perméabilité entre nos bulles de vie et sur l’importance, à tous moments, de choisir. Non pas ce qui m’arrange ici et maintenant, mais ce qui convient à l’Humanité. Et dans ces choix, tout le monde à une même place à tenir, une même posture, celle de la conscience du temps présent et du modèle de futur qu’on peut se donner tous ensemble.

Sans mièvrerie, sans fatalisme, sans moralisme dicté par un quelconque politiquement correct, ce titre de Diane Meur est un miroir de nos existences. A nous de décider si nous aurons le courage de nous y mirer.

J’ai pu découvrir ce livre en marge des Explorateurs de la rentrée 2020 de Lecteurs.com grâce à Geneviève Munier qui, l’ayant reçu en lecture, me l’a envoyé une fois sa chronique rédigée. Joyeux partage ! Merci Geneviève.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Rien ne semble pouvoir troubler le calme du grand-duché d’Éponne. Les accords financiers y décident de la marche du monde, tout y est à sa place, et il est particulièrement difficile pour un étranger récemment arrivé de s’en faire une, dans la capitale proprette plantée au bord d’un lac.

Accueillir chez lui un migrant, et rendre compte de cette expérience, le journaliste vedette Jean-Marc Féron en voit bien l’intérêt : il ne lui reste qu’à choisir le candidat idéal pour que le livre se vende.

Ailleurs en ville, quelques amis se retrouvent pour une nouvelle séance d’écriture collective : le titre seul du pamphlet en cours – Remonter le courant, critique de la déraison capitaliste – sonne comme un pavé dans la mare endormie qu’est le micro-État.

Subtile connaisseuse des méandres de l’esprit humain, Diane Meur dévoile petit à petit la vérité de ces divers personnages, liés par des affinités que, parfois, ils ignorent eux-mêmes. Tandis que la joyeuse bande d’anticapitalistes remonte vaillamment le courant de la domination, l’adorable Hossein va opérer dans la vie de Féron un retournement bouleversant et lourd de conséquences.

C’est aussi que le pamphlet, avec sa charge d’utopie jubilatoire, déborde sur l’intrigue et éclaire le monde qu’elle campe. Il apparaît ainsi au fil des pages que ce grand-duché imaginaire et quelque peu anachronique n’est pas plus irréel que le modèle de société dans lequel nous nous débattons aujourd’hui.

Doublant sa parfaite maîtrise romanesque d’un regard malicieusement critique, Diane Meur excelle à nous interroger : sous ce ciel commun à tous les hommes, l’humanité n’a-t-elle pas, à chaque instant, le choix entre le pire et le meilleur ?

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