De Jeffrey Colvin

Traduit de l’anglais par Serge Chauvin

Editions: Harper Collins

Isbn: 979 1033 904 717

380 pages

Ma cote: 9/10

Ma chronique:

Explorateurs de la rentrée 2020

Africville est le premier roman de Jeffrey Colvin. Avec bonheur, simplicité même dans la complexité, cet auteur originaire de l’Alabama nous entraîne dans une vaste quête d’identités.
Il y a d’abord celle de Kath, jeune fille qui, en 1930, refuse le destin tout tracé des gamines d’Africville et qui a l’ambition, sans renier ses origines, de quitter ce quartier construit par d’anciens esclaves pour rentrer à l’université et devenir enseignante. Le récit épouse l’époque et la Nouvelle-Ecosse au Canada. La vie de Kath et de son fils Omar s’apparente à un combat quotidien pour l’affirmation de soi sur fond de négritude.
Dans les années soixante, la question de l’identité entre en collision avec un Omar qui a été adopté et rebaptisé Etienne. Bien que d’origine noire, sa peau claire et son mariage avec une famille qui n’aime que le blanc le projette dans un questionnement qu’il voudrait pouvoir étouffer. Peut-on renier ses origines par confort et facilité ? Peut-on nier une part entière de son histoire, sa famille pour taire le côté noir de sa vie ? Et à son fils Warner, que doit-il dire et quand ?
Enfin, en 1980, Warner se lance à la recherche de ses origines, de la famille de son père, sa grand-mère et même son arrière-grand-mère qui végète en prison en ne connaissant rien de cette progéniture au teint blafard. C’est la quête d’identité la plus émouvante à mes yeux, surtout par son côté intergénérationnel et une volonté de justice raciale nettement défendue.
Davantage une réflexion sur l’évolution des quêtes d’identité qu’une saga familiale qui n’aurait pu être que pure fiction romanesque, Africville est un livre de notre temps. Il questionne, ouvre des pistes et ne juge pas. Et, c’est vrai, les thèmes de la quête d’identité, du retour aux origines et de la ségrégation dite raciale sont de plus en plus présents dans la littérature actuelle, notamment avec cette ‘blancheur de peau’ qui peut tromper, mais ils n’en restent pas pour autant des thèmes mineurs. Notre humanité a besoin de se souvenir des génocides, elle a besoin de ne pas minimiser les torts faits aux noirs par des suprématistes. Mais elle doit aussi entendre ces tensions intérieures que vivent les membres d’une communauté, les jugements, les anathèmes jetés l’un sur l’autre, les croyances qui déforment et préjugent au sein des familles et les silences qui ravagent, tuent à petit feu ou explosent à la figure lorsqu’ils sont rompus. Toute cette approche, Jeffrey Colvin la maîtrise et la distille goutte à goutte, page après page, ce qui rend son écriture addictive à souhait. Une très belle découverte.
Merci aux éditions Harper Collins et à Lecteurs.com qui m’ont permis de découvrir ce titre dans le cadre des explorateurs 2020.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Explorant les notions d’identité, de transmission, de relations interethniques, Africville retrace sur trois générations l’histoire de la communauté noire américaine et canadienne à travers la saga familiale des Sebolt.
Années 1930. Kath Ella Selbot refuse de suivre son destin tout tracé de fille de couleur et quitte Africville, village fondé par d’anciens esclaves en Nouvelle-Ecosse, afin de poursuivre ses études. Après une histoire d’amour marquée par le deuil, elle donnera naissance à un fils, Omar, qui sera rebaptisé Etienne.
Années 1960. Etienne, dont la pâleur de la peau lui permet de passer pour un blanc, s’est éloigné de ses origines et vit en Alabama. Alors que le mouvement des droits civique fait rage, il n’ose y participer et reste déchiré entre ses racines noires et la peur de perdre la vie qu’il est en train de construire. Ce n’est qu’à sa mort que son fils Walter découvrira son héritage familial. Le jeune homme décide alors de retrouver ses ancêtres et de se réconcilier avec un passé marqué par la peur et la discrimination.
Un roman triptyque vibrant, fruit de plus de vingt ans de recherches, qui n’est pas sans rappeler Underground Railroad, No home ou encore Les Douze tribus d’Hattie. Jeffrey Colvin aborde avec subtilité la question peu explorée du racisme intériorisé et particulièrement le thème du passing, (le fait de passer pour blanc alors que l’on est noir).

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