De Vanessa Springora

Editions: Grasset (02/01/2020)

ISBN: 978 2246 822 691

Ma cote: 8 / 10

Ma chronique:

Le consentement ! Quand y a-t-il consentement ? De nos jours, on pourrait croire que cette notion est devenue plus claire, ‘meeto’ oblige. S’il n’y a pas de oui ferme, c’est non ! Est-ce que cela suffit ?

Avec son livre, Vanessa Springora nous répond non !

Bien sûr, il faut remettre le récit dans le contexte de son temps… Est-ce pour autant qu’il faut trouver ce contexte d’alors normal ? D’accord, il faut tenter de faire la part des choses puisque ce récit est, essentiellement, issu d’une seule source… Est-ce pour autant que le point de vue est suspect et doit être rejeté ? Evidemment, il faut s’interroger sur les influences et antécédents familiaux, la précocité sexuelle de l’enfant, le manque de réactions de la part de l’entourage, du monde scolaire, de la police… Est-ce pour autant qu’il n’y a pas eu d’âme d’enfant, d’adolescente, de jeune femme en souffrance ? L’erreur serait de lire ce livre pour son histoire, seulement avide d’en connaître le dénouement ou de le lire avec, pour seule préoccupation, l’envie de pointer tout ce qui pourrait apparaître suspect, vérité arrangée ou complaisance narcissique. Il ne faut lire ce livre, avec pudeur, que pour les questions qu’il pose à notre société, notre conscience.

Le Consentement est un livre dérangeant. On ne peut guère développer de sympathie pour aucun des personnages même si tout est écrit pour qu’on cloue au pilori un écrivain G, innommable, ogre pervers qui abuse des autres et s’en glorifie. Comme bien d’autres lecteurs, je suppose, j’ai eu envie de réclamer justice contre cette plume dévoyée, contre ces parents absents en tant que tels mais bien là pour accepter l’inacceptable, le viol de leur enfant. J’ai aussi eu envie de distribuer quelques bonnes paires de claques à V. pour la remettre à sa place, à hauteur de ses treize ans, la ramener à un peu de jugeotte, de raison ; la mettre devant sa réalité et la pousser à prendre la décision d’arrêter sa dérive, d’appeler à l’aide et de saisir les bouées lancées…

Mais l’essentiel n’est pas là. Le nœud de ce désastre, c’est la manipulation de mineure qui, plus est, est opérée par ‘un ami de la famille’ avec le consentement de l’entourage.  Ce livre est un courageux travail de vulgarisation de ces mécanismes psychologiques utilisés par des mentors abusifs, des pseudo-directeurs de conscience, des adultes, parfois parents, incompétents. Tous, ils refusent d’ouvrir les yeux et d’assumer leur rôle éducatif qui est de conduire un enfant vers la liberté, l’autonomie et la joie ; tout le contraire de l’assujettissement, de la dépendance et de la souffrance.

Je ne sais si, avec le Consentement, une écrivaine est née. Ce n’est pas sur base d’un tel récit cathartique qu’on peut le dire. Si tant est qu’elle reprenne la plume avec, je le lui souhaite, des sujets moins douloureux pour elle-même, Vanessa Springora aura tout le loisir de nous convaincre de sa qualité d’écrivaine. Quoi qu’il en soit, ce livre restera une pierre sur le chemin d’interrogations et de réflexions que notre société doit mûrir. Comment déjouer les pièges d’une éducation permissive par abandon des responsabilités parentales ? Comment éduquer nos enfants à être eux-mêmes, à devenir objet de leur propre respect et à se développer dans un souci constant de la recherche d’une autonomie éclairée par la sagesse et la bienveillance d’une société qui respecte l’intimité tout en favorisant les contacts humains empreints du respect inconditionnel de chacun.

Ce sont toutes ces questions que soulève le livre de Vanessa Springora, celles-là et, bien sûr, l’incontournable question de la complaisance d’une opinion publique qui se nourrit encore trop souvent du glauque et s’aplatit devant les pseudo-mentors médiatisés à outrance.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin «  impérieux  » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.
«  Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence  : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre  », écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.

Plus de trente ans après les faits, Vanessa Springora livre ce texte fulgurant, d’une sidérante lucidité, écrit dans une langue remarquable. Elle y dépeint un processus de manipulation psychique implacable et l’ambiguïté effrayante dans laquelle est placée la victime consentante, amoureuse. Mais au-delà de son histoire individuelle, elle questionne aussi les dérives d’une époque, et la complaisance d’un milieu aveuglé par le talent et la célébrité.

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