La panthère des neiges

Par Sylvain Tesson

Editions : Gallimard (10/10/2019)

Prix Renaudot 2019

ISBN : 978 2072 822 322

Ma cote : 9 / 10

Ma chronique :

Suivre Sylvain Tesson, c’est rentrer en silence comme on rentre en religion. Novice de l’affût animalier, à la suite de l’auteur, le lecteur que je suis s’est coulé dans l’équipe de Munier, traqueur de photos animalières et, plus encore, traqueur de vérités sur un monde qui se disloque à force de ne jamais prendre le temps de s’arrêter pour comprendre ses richesses et les pertes accumulées à tant détruire autour de lui.

Sylvain Tesson, grand voyageur, observe donc une équipe partie au Tibet pour décrocher des photos de l’ombre magique de la panthère des neiges. « On pensait qu’elle avait disparu… C’est ce qu’elle fait croire », dira Munier.

Et le livre oscille entre les longues préparations et marches d’approche, l’attente et l’affût en silence qui se termine en quelques millième de seconde par le clic de l’obturateur qui fixe à tout jamais, dans la boîte et le cœur du photographe, l’image d’une panthère des neiges qui restera libre. Comme l’Homme, autant qu’elle vivra, elle ou les espèces semblables qui disparaissent de nos sols parce que nous ne prenons plus le temps de les attendre pour les accueillir.  

Ce roman, véritable épopée dans des pays et régions que j’ignore, m’a autant apporté par ce qu’il m’a appris de l’art de l’affût que par la sagesse que déclenche le silence et les vérités méditatives que la plume de Sylvain Tesson en tire. Sagesse du monde, pacification des cœurs, sens de l’effort, jusqu’au boutisme sans brusquerie et patience, respect de l’autre, de l’animal surtout.

Avec des images qui plantent un décor en quelques mots, Sylvain Tesson nous donne de voir l’inaccessible, bien au-delà de la description physique ou géographique, il nous ouvre au sens des mots. « C’est un de ces fleuves du Tibet dont les eaux ne verraient jamais la mer, car elles se noient dans le sable du Chang Tang. » et de poursuivre en méditant « Ici, même les éléments se rangent à la doctrine bouddhiste de l’extinction. » Et, avec érudition mais sans aucune prétention pédante, l’auteur philosophe sur chaque instant, chaque situation qui serait incongrue dans le brouhaha des courses éperdues et vides qui rythment le quotidien de nos cités. Mais là, sur les plateaux rocheux des déserts du Tibet, tout est porteur d’interrogations, de réflexions, de recherches de sens. Face aux animaux seigneurs de ces terres, l’homme à l’affut ne peut qu’aborder une foi modeste. « Si la bête se montre, ce sera la fête. Et l’on accueillera ce compagnon dont la présence était sûre mais la visite incertaine ». Dans ce livre du silence, le lecteur croisera toutes les religions, à l’affût du sens qu’elles peuvent apporter, aujourd’hui encore, à notre monde. Il rencontrera Héraclite, Jérôme Bosch, Séraphine de Senlis, le biologiste Schaller et bien d’autres mais surtout ces animaux de toujours, ces bêtes qui sont de la nature, demeurent pures et stables. Vaisseaux arrêtés du temps elles semblent nous dire « Nous sommes d’ici et de toujours. Vous, vous êtes d la culture, plastiques et instables… vous innovez sans cesse, vers où vous dirigez-vous ? »  Et le lecteur de poser le livre et réfléchir, à l’affût d’une simple et courte réponse qui aurait vraiment du sens pour lui et notre planète.

Ce livre, sublimation de l’affût, est donc une invitation à le pratiquer, même dans l’agitation forcenée de nos cités. Se poster à la fenêtre, au coin d’une rue, à la terrasse d’un café ou sur un banc du square et écarquillez les yeux, attendre jusqu’à ce que quelque chose surgisse. Savoir qu’on ne l’aurait pas repérée si notre regard ne s’était maintenu aux aguets. Profiter de cette perception, ne pas la déranger mais la laisser nous interroger. Philosopher en toute modestie, vivre cette attente, ce temps présent, ce surgissement.

L’affût, ce mode opératoire des vrais chasseurs d’images pourrait devenir un style de vie… Sagesse à acquérir !

Ce qu’en dit l’éditeur :

« – Tesson ! Je poursuis une bête depuis six ans, dit Munier. Elle se cache sur les plateaux du Tibet. J’y retourne cet hiver, je t’emmène.
– Qui est-ce ?
– La panthère des neiges. Une ombre magique !
– Je pensais qu’elle avait disparu, dis-je.
– C’est ce qu’elle fait croire. »

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