Par Samuel Benchetrit

Editions Grasset 2009

Le Livre de Poche (2011)

ISBN : 978 2246 731 818

978 2253 134 428

Ma cote : 6/10

Ma chronique:

Le cœur en dehors. Cette expression, titre du roman, résume le conseil que donne M. Roland à Charly (page 234), conseil si sage qu’il est encore repris en en quatrième de couverture. « Tu sais, Charly, il faut aimer… Il faut aimer dans la vie, beaucoup.  […] Il n’y a pas assez de cœur en dehors. » Et M. Roland de poursuivre sa dissertation sur le bonheur, la résistance, la résilience (mot qu’il n’emploie pas :  on est en banlieue tout d même, il ne faut pas pousser !) bref un discours sur ce qui est juste et bon pour l’Homme et le gamin de 10 ans que Charly est toujours même s’il vient brutalement de passer à l’âge adulte en ce jour où sa mère est interceptée par les gendarmes.

Pour situer le récit, sans le plomber, sachez que sa mère élève seul son fils Charly qui lui croise, de temps à autre, son frère aîné sous l’emprise de la drogue. Les maigres moyens de subsistance de cette mère sans papier, elle les doit à ce bon M. Roland chez qui elle est femme d’ouvrage… au noir !

Face à cette situation, somme toute assez banale, Samuel Bencherit nous invente un personnage de pure fiction. Il n’a que dix ans, est autonome face à l’adversité de la Banlieue. Il se construit un monde où on ne lit que ce qu’on peut voler, où on tutoie Picasso dans les musés, on aime lire Rimbaud et voler ses bouquins à la bibliothèque et on se tracasse pour le destin de Gaspard Hauser, copain enfant sauvage dont on a discuté en revisitant Verlaine et l’œuvre de François Truffaut. 

Pas sûr qu’on puisse trouver un tel enfant dans nos banlieues ? Dès lors, pourra-t-on croire à cette vie de cité ? Croire à ce Titi campé sur ses deux guibolles et ses certitudes d’enfant et qui s’en sert pour courir, échapper aux flics, aux commerçants qu’il déleste de quelques bénéfices chapardés à l’étalage ?  Pourra-t-on se satisfaire de ce décor qui sert d’écrin à la mise en avant de l’insouciance anxieuse de l’enfant, de sa peur et du vide fanfaronnés par ces dix ans qui viennent de prendre un coup de vieux ? C’est aux lecteurs d’en décider.

Le phrasé, plutôt que l’écriture, écorche les règles minimales des convenances grammaticales de notre français. Mais il sonne juste dans le contexte. L’explosivité de Charly dans ce qu’il dit, ce qu’il pense, les sauts de puces qu’il pratique tous azimuts et les enchaînements illogiques de ses pensées trépidantes offrent de vrais feux d’artifices éphémères aux ressentis que le lecteur peut vivre. C’est parfois un peu chaotique, jamais déplaisant.

Samuel Bencherit est aussi auteur de théâtre. Il enferme ici, quasi en une unité de ton, de temps et d’espace, un personnage dont il veut souligner la fraîcheur, l’innocence et le besoin de tendresse. Si on accepte les codes du genre, on peut être conquis et passer un bon moment avec Charly. Si on se montre trop pointilleux sur la vraisemblance et l’âpreté de la vie dans les cités, on restera probablement sur sa faim. A chacun de choisir ce qu’il est apte à recevoir.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Ce roman, c’est l’histoire de Charlie Traoré, un gamin (dix ans), black d’origine malienne, adorable, vivant en banlieue, entre la Tour Rimbaud et la Tour Simone de Beauvoir, et dont tout l’univers se résume aux copains, à une amoureuse prénommée Mélanie, à son frère drogué, et à sa mère surtout – qui, au début du livre, est « appréhendée » par la police car ses papiers ne sont pas en règle. Pendant toute cette journée (les chapitres du livre, d’ailleurs, se contentent d’être titrés par l’heure qui tourne), Charlie va errer dans sa cité. Il va chercher son frère Henry, rendre viste à des braves gens, frôler des voyous, jouer au foot, sécher l’école, rêver, suivre ses folles associations d’idées, ses digressions d’enfant-adulte, attendre sa mère, si douce, si aimante… Mais ce roman, c’est surtout une langue, un style, une vision innocente du monde. Ici, c’est Charlie qui parle, pense, regarde – et il est alors difficile de ne pas évoquer à son sujet le légendaire Attrape-cœur de Salinger. Car le petit Charlie est vraiment attachant et le regard qu’il pose sur sa « cité » sordide et magnifiée est, à chaque ligne, rempli de drôlerie et d’éblouissement. Au début du livre, il croit que Rimbaud n’est qu’une Tour. A la fin du roman, il saura que c’était un poète qui dit des choses qui lui semblent vraies et proches. Son Odyssée de l’aube jusqu’au soir, est de celles qui ne s’oublient pas. Pas l’ombre d’un misérabilisme ici : un enchantement de tendresse et d’humour.

Citations:

  • Mon temps préféré, c’est le futur. En primaire, c’est le premier que j’ai retenu. Je trouvais le présent ennuyeux, et le passé triste.
  • Karim est sacrément calme, et quand il réfléchit,il l’est encore plus. Ce que j’aime aussi, c’est qu’il met souvent une heure à donner une réponse, et ça veut dire qu’il prend soin de la question que vous lui avez posée.
  • La nuit est l’ombre du jour. On reconnaît les choses, mais elles sont étrangères. Les tours, les pelouses, les parkings ont l’air de bien s’entendre avec la nuit. La journée, le quartier est à nous, la nuit, il n’appartient à personne.

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