Santiago H. Amigorena

Edition P.OL. août 2019

ISBN: 978 2818 047 811

Ma cote: 10 / 10

Ma chronique:

Le ghetto intérieur… un titre percutant pour un roman qui l’est bien plus encore.

Santiago H. Amigorena, auteur argentin vivant actuellement en France, écrit ici un livre poignant sur la Shoa, sur l’identité juive, la culpabilité et le silence.

Vicente Rosenberg est arrivé en Argentine en 1928. Il a rencontré Rosita Szapire cinq ans plus tard. Vicente et Rosita se sont aimés et ils ont eu trois enfants. Mais lorsque Vicente a su que sa mère allait mourir dans le ghetto de Varsovie, il a décidé de se taire. Ce roman raconte l’histoire de ce silence – qui est aussi devenu le mien, dit Santiago H. Amigorena en quatrième de couverture.

Et le silence, l’auteur connait. Muet de naissance, il le vit dans ses tripes depuis longtemps. Ce qui ne l’a pas empêché, il est vrai, de s’exprimer à travers son oeuvre romanesque et les nombreux scénarios de film qu’il a signé.  Un coup d’œil sur sa bibliographie suffit à nous en convaincre.

Dans ce 10e roman, le silence est celui de la culpabilité de l’homme, Vicente Rosenberg, qui s’est toujours promis de revenir un jour vers sa famille à Varsovie. Mais, happé par le quotidien, l’espoir d’un monde de paix, les projets d’une vie de famille, d’une réussite professionnelle, il n’a pas pu entendre ce que disait sa mère dans ses lettres. Envoyées d’un Varsovie, terrain de jeux de l’antisémitisme nazis et des froids calculs d’anéantissement total d’un monde juif, ces besoins exprimés, ces manques et demandes apparaissent, de nos jours, comme d’évidentes alarmes. Comment de tels signaux n’ont-ils pas été mieux perçus ? Comment n’ont-ils pas déclenché les réflexes moraux à mettre en œuvre ? Voilà bien une réflexion bien-pensante qui ne tient pas compte des méandres de l’esprit capable de se construire tant de verrous et de cadenas face à l’impensable, l’inadmissible et pourtant bien réel quotidien du ghetto de Varsovie. Ce roman retrace la parallèle descente en abîme de l’Europe des années 30-40 et celle d’un émigré juif qui peine à se définir comme tel, sent que le monde bascule, mais ne sait comment contrecarrer ce glissement, cette perte d’humanité.

Un roman puissant. Un angle d’approche de la Shoa original qui ne peut laisser indifférent. Peut-on imaginer cette ghettoïsation intérieure ? Peut-on deviner les forces de destruction qui murent un homme, un mari, un père, un fils dans un silence qui ne laisse aucune place à l’avenir, à la renaissance ? Santiago H. Amigorena nous donne d’y croire, même sans tout comprendre. Et il nous invite à nous laisser interpeller par le questionnement de Vicente Rosenberg. Qu’est-ce qu’être juif ? Et pour ceux qui ne le sont, qu’est-ce qui justifie l’antisémitisme et le silence devant celui-ci ?

Avec une écriture simple, construite sur la juxtaposition de phrases courtes, de propositions qui marquent l’enchaînement logique de la pensée, l’auteur nous donne accès à la construction d’une réflexion vitale et aux questions qu’elle suscite, aux peurs ou envies de fuites qu’elle révèle. Le style de S. H. Amigorena nous prend par la main et nous conduit au cœur de ce silence, ghetto intérieur qui ne manquera pas de nous bousculer à propos de la vie, des choix à poser, des paroles à dire, des silences à partager. 

Un grand roman de cette rentrée littéraire de fin 2019 ! Je ne peux qu’en conseiller la lecture, de même que celle des excellentes critiques lues dans la Presse ou sur les sites de partages littéraires.

Ce qu’en dit l’éditeur:

[Source: P.O.L.] Buenos-Aires, 1940. Des amis juifs, exilés, se retrouvent au café. Une question : que se passe-t-il dans cette Europe qu’ils ont fuie en bateau quelques années plus tôt ? Difficile d’interpréter les rares nouvelles. Vicente Rosenberg est l’un d’entre eux, il a épousé Rosita en Argentine. Ils auront trois enfants. Mais Vicente pense surtout à sa mère qui est restée en Pologne, à Varsovie. Que devient-elle ? Elle lui écrit une dizaine de lettres auxquelles il ne répond pas toujours. Dans l’une d’elles, il peut lire : « Tu as peut-être entendu parler du grand mur que les Allemands ont construit. Heureusement la rue Sienna est restée à l’intérieur, ce qui est une chance, car sinon on aurait été obligés de déménager. » Ce sera le ghetto de Varsovie. Elle mourra déportée dans le camp de Treblinka II. C’était l’arrière-grand-mère de l’auteur.

Santiago H. Amigorena raconte le « ghetto intérieur » de l’exil. La vie mélancolique d’un homme qui s’invente une vie à l’étranger, tout en devinant puis comprenant la destruction de sa famille en cours, et de millions de personnes. Vicente et Rosita étaient les grands-parents de l’auteur qui écrit aujourd’hui : « Il y a vingt-cinq ans, j’ai commencé un livre pour combattre le silence qui m’étouffe depuis que je suis né ». Ce roman est l’histoire de l’origine de ce silence.

Ce qu’en dit la Presse:

LaLibreBelgique   29 octobre 2019 Le Ghetto intérieur est un livre superbe et immensément troublant, où les silences sont au centre, comme la culpabilité.LIRE LA CRITIQUE SUR LE SITE : LALIBREBELGIQUE
LeMonde   07 octobre 2019 Dans son nouveau livre, l’écrivain raconte son grand-père, juif polonais émigré en Argentine avant-guerre et révèle l’origine du silence qui habite son œuvre.LIRE LA CRITIQUE SUR LE SITE : LEMONDE
Culturebox   27 septembre 2019 Avec « Le Ghetto intérieur », le romancier Santiago H. Amigorena rejoint Primo Levi, Jorge Semprun ou Imre Kertész en apportant sa pierre à l’édifice littéraire qui œuvre pour la mémoire de toutes les victimes de la Shoah, et au-delà, de l’humanité. Un grand livre.LIRE LA CRITIQUE SUR LE SITE : CULTUREBOX
Actualitte   26 septembre 2019 Le roman de Santiago H. Amigorena est remarquable en ce qu’il explore avec pudeur une autre forme de violence engendrée par la guerre et la Shoah – celle exercée sur les survivants – et qu’il redonne la parole à un homme qui en avait été privé, victime lointaine mais ô combien réelle.LIRE LA CRITIQUE SUR LE SITE : ACTUALITTE
LeFigaro   19 septembre 2019 À l’heure où les étals des librairies sont occupés, comme chaque fin d’été, par une majorité de livres impersonnels dans l’écriture, détimbrés ou sans tonalité particulière, voilà un roman avec voix et modulation, un roman chuchoté, un roman dérangeant aux pages troublantes.LIRE LA CRITIQUE SUR LE SITE : LEFIGARO
Lexpress   19 septembre 2019 Puissant et déchirant, « Le ghetto intérieur », son 10e livre, publié comme les neuf précédents chez P.O.L, participe de cette entreprise en racontant l’histoire de son grand-père, Vicente Rosenberg, juif polonais émigré en Argentine en 1928 avec l’espoir de tirer un trait sur l’antisémitisme gangrénant une partie de la société polonaise.LIRE LA CRITIQUE SUR LE SITE : LEXPRESS
Bibliobs   04 septembre 2019 Exilé en Argentine, Vicente Rosenberg a vécu avec la culpabilité d’avoir échappé à la Shoah. Son petit-fils lui rend la voix dans ce livre aux accents de kaddish.LIRE LA CRITIQUE SUR LE SITE : BIBLIOBS
LaCroix   30 août 2019 Décrivant l’impuissance d’un homme, son grand-père argentin, alors que la Shoah frappe sa famille restée à Varsovie, Santiago Amigorena offre une méditation puissante sur l’exil et le poids du silence au cœur d’une famille.LIRE LA CRITIQUE SUR LE SITE : LACROIX

A propos de l’auteur:

Santiago H. Amigorena est né à Buenos Aires en 1962. Après une enfance en Argentine et en Uruguay, il s’installe en France en 1973. Muet de naissance, il se lance très tôt dans l’écriture. Il a écrit une trentaine de scénarios pour le cinéma dont notamment Le Péril jeune de Cédric Klapisch et Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel de Laurence Ferreira Barbosa.

Il écrit aussi des articles pour La Lettre du cinéma et Les Cahiers du cinéma. A ce jour, 10 romans déjà publiés chez P.O.L. : Une enfance laconique (1998); Une jeunesse aphone (2000); Une adolescence taciturne (2002) et Le premier amour (2004); 1978 (2009); la première défaite (2012); Des jours que je n’ai pas oubliés (2014); Mes derniers mots (2015), Les premières fois (2016) et Le ghetto intérieur (2019).

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