De Paul De Ré

ISBN: 9782930657530

Editions Murmure des soirs

Ma cote: 9 / 10

Ma chronique:

Avec « Les secrets du bastidon bleu », Paul De Ré nous embarque, une nouvelle fois, dans un roman pouvant apparaître du terroir mais relevant tout autant d’une chronique sociale de la France des années 1930-1940. L’auteur, comme pour tous ses livres, s’est nourri de multiples recherches et d’une fréquentation de longue durée – en fait, bien des années – du lieu où il plante le décor et l’intrigue de son roman. Il en résulte l’histoire parfaitement accessible de Giuseppe ou Auguste, migrants, politique pour l’un, économique pour l’autre, et de leurs enfants Livio, Toinette et Victor qui grandissent au cœur d’un village déchiré entre défenseurs, passifs ou actifs, d’une soumission ou collaboration à Vichy ou, au contraire, d’une résistance et d’un soutien à porter, à grand prix parfois, au Maquis du Ventoux.

Avec ses allers et retours entre passé et présent et la complicité d’un personnage énigmatique qui, en italique, introduit chacun des chapitres pour ne se dévoiler pleinement qu’au terme du récit, l’auteur nous prend par la main, le cœur et l’esprit pour la découverte d’une des plus sombres pages de l’histoire de France. « Les secrets du bastidon bleu » se révèlera donc un livre qui ne rappellera pas aux touristes-vacanciers que nous sommes volontiers, le traditionnel soleil de Provence, son ciel bleu et ses cabanons et lavandes de carte postale. Pour illustrer la couverture de son roman, avec subtilité, l’auteur a demandé à Irène Delré-Delaitte, son épouse artiste, de créer une aquarelle qui évoque un bastidon provençal sous une météo tourmentée. Parfait miroir du sujet traité !

Voilà donc une histoire qui donne à réfléchir puisqu’elle s’avère, de nos jours, prête à recommencer sous une forme ou l’autre.  Le temps choisi n’est pas innocent, les situations de migration non plus. La transposition du thème de ce roman à notre époque s’établit sans peine dans nos esprits.  La montée des totalitarismes, des restrictions de liberté de paroles, le déclin économique des régions rurales réclament aussi, de nos jours, des prises de position, en actes et en paroles et, inévitablement, des divergences, des oppositions, des scissions au sein des région, des villages ou des familles. Chacun se devra de traverser le temps avec ces déchirements, ces éloignements et les silences meurtris ou conflits que de telles épreuves engendrent.

Paul De Ré a gardé, de son passage en chansons, la capacité de saisir une ambiance, une mise en situation, une description des lieux, des personnages à qui il donne vie en quelques mots, toujours choisis et soulignant la merveilleuse richesse de notre langue française. Le lecteur découvre donc, avec bonheur et en quelques mots seulement, quelques magnifiques descriptions d’un soir tombant sur le village, d’un retour des alpages, des travaux des champs ou le récit des veillées, sous la fumée des pipes des hommes, dans le cliquetis des aiguilles des femmes, les échanges de nouvelles du Pays ou le regard silencieux des adolescents amoureux. Tous ces tableaux démontrent, à suffisance, la capacité d’observation de l’auteur. Mais, comme il le dit souvent lui-même, Paul De Ré a éprouvé le besoin de ne plus se contenter de croquer une histoire en quelques couplets et refrains. Il préfère maintenant laisser mijoter, mûrir, grandir et se développer ses sujets… Quel bonheur pour le livre et ses lecteurs ! Toujours avec des mots choisis, un phrasé et une syntaxe de haut niveau, il assaisonne, complète, illustre et donne corps à ses propos en insufflant dans ses histoires la vie et le rythme de vie de ses héros.  Des chansons, très souvent déjà « chroniques du temps qui passe ou d’une époque’, (A lire ou écouter, par exemple : ‘On entre d’un seul pas’ ou ‘J’veux te présenter’ ou encore ‘Rosalie Bonbon’ …) Paul De Ré est passé à des romans qui donnent, de surcroît, la possibilité de revisiter l’Histoire, les époques, les us et coutumes à travers des héros qui ont une vie à construire, avec ses surprises, ses peines, ses joies et, toujours, une aspiration au dépassement.  Derrière chacun de ses romans, il y a le regard de l’écrivain posé sur notre humanité, celle d’hier, celle d’aujourd’hui. Et, pour le lecteur, le questionnement qui en découle.

Tentés ? Bienvenue donc au bastidon bleu !           

Ce qu’en dit l’éditeur:

C’est l’histoire de deux familles de migrants, dans les années 1930 et 1940 ; l’histoire de Sylvestre, le paysan des Hautes-Alpes, dont les terres ne suffiront pas à nourrir les descendants ; l’histoire de Giuseppe, saisonnier italien fuyant le fascisme avec sa femme et son fils ; l’histoire de la France aux pires moments de son passé, auxquels se trouvent mêlés Livio, Auguste, Toinette et Victor ; l’histoire d’un petit village provençal qui finit par se déchirer entre fervents défenseurs de la collaboration et sympathisants du maquis Ventoux.
C’est aussi l’histoire de Nathan, le vieux juif de Carpentras, qui égrène ses souvenirs – et celle, enfin, du narrateur, dont l’identité demeure mystérieuse.
Telles sont les grandes lignes de ce roman, pour la mise en œuvre duquel l’auteur n’a pas hésité à quitter le confort de son terroir, et de cette Belle Époque qui l’a toujours si bien inspiré.

A propos de l’auteur:

Enseignant de formation, Paul De Ré a touché avec un égal bonheur à la chanson (On entre d’un seul pasRosalie BonbonJe sais pourquoi…) et à la littérature. Quoi qu’il entreprenne, il œuvre en éternel amoureux de la vie et de la langue bien écrite.

Chez le même éditeur: La pierre au coeur (tome 1 et tome 2), Mademoiselle de ces gens-là et Les secrets du bastidon bleu.

Citations:

  • C’est l’heure où la montagne est la plus belle ; l’heure où, sur un fond du ciel d’une indicible limpidité, tous les sommets du couchant se sont ourlés de ce rouge orange qui contraste à merveille avec le mauve violacé des versants qui s’enténèbrent ; l’heure, enfin, où la fraîcheur du soir vous ramène aux narines, en un délicieux pot-pourri, mille et une senteurs qui s’étaient assoupies à la chaleur du jour.
  • Le soir venu, les deux familles se sont retrouvées dans la salle de séjour où le poêle est allumé été comme hiver. Comme à l’église, les hommes se sont installés d’un côté, les femmes de l’autre. Déjà la fumée des pipes embrume l’atmosphère; on entend, tout à côté, les bêtes qui soupirent en tirant sur leurs chaînes. Toinette, mine de rien, s’est arrangée pour tirer sa chaise juste en face de celle de Livio. Ainsi, espère-t-elle, leurs regards pourront se parler autant qu’ils le voudront et même – pourquoi pas? – restés noyés l’un dans l’autre sans que nul ne s’en aperçoive.
  • Dehors, la nuit est tombée. rainettes et grillons se sont tus depuis longtemps déjà, à l’approche de l’hiver. On n’entend, dans la cuisine, que l’impitoyable va-et-vient de l’horloge qui décompte les heures perdues – heures d’amour pour l’une… heures de liberté pour l’autre… heures de paix et de bonheur pour tous.

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