***Rentrée littéraire 2019 # 8***

De Marie Darrieussecq

Editions P.O.L.

ISBN: 9782818048079

Ma cote: 6 / 1O

Ma chronique:

Je découvre l’autrice, Marie Darrieussecq, avec ce roman de notre temps. L’écriture des premières pages est fulgurante. Je suis en croisière d’agrément avec Rose. Je ne sais pas trop pourquoi elle y est sans son mari mais avec ses enfants. Peu importe, on fera connaissance. Je la sens tourmentée par une décision de vie à prendre. Peu à peu, je comprends qu’elle doit choisir entre un divorce avec un mari porté, plus que de raison, sur la boisson ou la poursuite d’une route commune, mais sur quelles bases? A elle de le savoir. Moi, je profite de la croisière.

Et puis, une nuit, entre la Lybie et l’Italie, le bateau repère une pneumatique de migrants qui appellent à l’aide. Les recueillir à bord est une priorité, ne pas les mélanger avec les touristes semble en être une autre, toute aussi importante pour le business.

Mais, Rose, curieuse, thérapeute et en questionnement sur sa vie, va se montrer encore plus curieuse de la vie d’autrui. Elle laisse ses enfants endormis dans la cabine et rejoint un pont inférieur où elle découvre Younès qui a fuit le Niger pour le « Pays », l’Angleterre, le seul au monde où on ne contrôle pas l’identité des gens dans la rue… Younès plonge ses yeux dans ceux de Rose et réclame un téléphone. Rose lui donnera celui de son fils Gabriel. Petit geste, larges conséquences…

La « Mer à l’envers », est un merveilleux titre qui renverse les situations, les valeurs, les priorités. Il illustre cette transformation d’une mère centrée sur elle et ses problèmes en une mère qui, parfois décide, parfois subit ses impulsions mais pose des gestes qui vont métamorphoser la vie, celle de Younès comme celle de sa famille. La mère est double, celle de ses enfants, celle de Younès. Elle est épouse en rupture mais s’appuiera sur son mari, ses enfants, pour se sortir de la situation longtemps cachée de ce lien, ce fil invisible, qui, par le téléphone donné, tisse de nouvelles relations et trame la vie sur un canevas que personne n’attendait, n’espérait ou imaginait.

Avec une écriture, qui au fil des pages, se révèle moins tranchante, moins explosive, Marie Darrieussecq pose tout de même d’excellentes questions, sans manichéisme aussi inutile qu’outrancier. Tout en nuance, elle pose un regard sur les différentes politiques migratoires, interroge le monde des croisières grand luxe pour touristes non pensants. Elle pousse le lecteur à prendre conscience que les croisières organisent un tour en mer pour permettre aux croisiéristes d’échapper à la ‘vie impossible qui est la leur’… alors que des migrants, dans le même espace, rêvent d’une traversée pour trouver, enfin, ‘une vie possible’ sans retour à la case départ.

Et, tout à tout, parce que tout est imbriqué, l’autrice pose aussi des bonnes questions sur ce qui fonde la vie de couple, la famille, les choix de vie, les fuites en avant dans la boisson ou les déménagements… C’est notre monde et ses stéréotypes qui sont questionnés et revisités.

A ce titre, avec « La mer à l’envers », Marie Darrieussecq nous offre une héroïne qui interpelle. L’héroïsme de Rose tient dans un GSM donné, sans rupture de communication. Alors, même si, comme le dit la quatrième de couverture, Rose n’est héroïque que par moments, le roman met l’héroïsme à portée de mains. Après tout, il serait bon, parfois, de se laisser pousser par une douce folie qui laisse la place à autrui.

Un roman réussi, utile, sans être tout au long aussi emballant que ses cinquante premières pages.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Source: [le site P.O.L. renvoie sur Babelio…]

Rien ne destinait Rose, parisienne qui prépare son déménagement pour le pays Basque, à rencontrer Younès qui a fui le Niger pour tenter de gagner l’Angleterre. Tout part d’une croisière un peu absurde en Méditerranée. Rose et ses deux enfants, Emma et Gabriel, profitent du voyage qu’on leur a offert. Une nuit, entre l’Italie et la Libye, le bateau d’agrément croise la route d’une embarcation de fortune qui appelle à l’aide. Une centaine de migrants qui manquent de se noyer et que le bateau de croisière recueille en attendant les garde-côtes italiens. Cette nuit-là, poussée par la curiosité et l’émotion, Rose descend sur le pont inférieur où sont installés ces exilés. Un jeune homme retient son attention, Younès. Il lui réclame un téléphone et Rose se surprend à obtempérer. Elle lui offre celui de son fils Gabriel. Les garde-côtes italiens emportent les migrants sur le continent. Gabriel, désespéré, cherche alors son téléphone partout, et verra en tentant de le géolocaliser qu’il s’éloigne du bateau. Younès l’a emporté avec lui, dans son périple au-delà des frontières. Rose et les enfants rentrent à Paris.

Le fil désormais invisible des téléphones réunit Rose, Younès, ses enfants, son mari, avec les coupures qui vont avec, et quelques fantômes qui chuchotent sur la ligne… Rose, psychologue et thérapeute, a aussi des pouvoirs mystérieux. Ce n’est qu’une fois installée dans la ville de Clèves, au pays basque, qu’elle aura le courage ou la folie d’aller chercher Younès, jusqu’à Calais où il l’attend, très affaibli. Toute la petite famille apprend alors à vivre avec lui. Younès finira par réaliser son rêve : rejoindre l’Angleterre. Mais qui parviendra à faire de sa vie chaotique une aventure voulue et accomplie ?

Un commentaire sur « La mer à l’envers »

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