De Nathacha Appanah

ISBN: 9782072858604

Editions: Gallimard (22/08/2019)

Ma cote: 10/10

Ma chronique:

Je me laisse toucher le cœur par les mots de Nathacha Appanah. Ma main caresse le livre fini comme une main frôle un plant de lavande, de menthe ou de thym, pour le simple bonheur de dégager des arômes et de s’en imprégner. Les mots de cette autrice concentrent toutes les saveurs de la vie : l’amertume et la douceur, les aigreurs et le sel de toutes ces microdécisions qui filent la vie, la tissent ou la déchirent, assurant la pérennité des liens familiaux ou les cassures revendiquant l’éloignement de ses composants à jamais.

C’est avec de mots simples que Nathacha Appanah reconstruit, pour le lecteur, la vie disloquée de Eliette devenue Phénix, de Paloma, sa fille qui s’enfuira sur fond d’une promesse de retour lancée à Loup, ce frère démuni des codes habituels de vie qui, sur un coup de tête, à moins que ce ne soit de cœur, prendra la voiture qu’il ne peut conduire et se trompera de sens à l’entrée de l’autoroute. Un enchaînement de circonstances qui juxtaposent les pièces d’un puzzle sans image dont personne ne pouvait ou voudrait rêver. Ce livre, au titre saluant Verlaine et la mélancolie qui règne sous le toit de toute prison, est le récit d’une vie cauchemardesque qui se reconstruira peu à peu sur la force même de liens capables de transcender les blessures et de recréer la plus grande valeur qui soit, le tissu familial qui berce chacun dans ses peines comme dans ses joies.

Le lecteur choisira son accroche : Phénix, Paloma ou Loup. Ce dernier, par son mal être, la pauvreté des mots dont il dispose, l’incompréhension un peu brutale des gendarmes venus l’interpeller et la décision du juge visant à l’écrouer m’a particulièrement touché. Mais mon cœur s’est aussi gonflé de nostalgie pour le temps de la fausse innocence des parents de Eliette, la rage de celle-ci à renaître Phénix sous le masque de tatouages occultant sa couleur d’enfance et son corps à jamais balafrés par un baiser forcé d’adulte.

J’écoute les mots, j’entends les combats. Je circonscris les maux qui déchirent, les claques qui ferment les portes, les dits ou non-dits qui larguent les amarres. Je distingue dans l’âpreté des combats la dignité et les forces d’attraction qui surpassent tout !  

Et si, par-dessus tout cela, le ciel bleu et calme pouvait ne pas être qu’un mensonge… Si la persistance du bleu du ciel était la clé qui apaise les bleus du corps et re-suscite à la vie ?

Lire Nathacha Appanah, accompagner, ne fusse que 125 pages, Phénix, Paloma et Loup, c’est accomplir le chemin de croix de bien des vies et entendre l’invitation à chanter, malgré tout, l’amour et la solidité des liens familiaux pouvant se tresser, se re-tresser. Un hymne à la joie à venir, la joie à reconstruire, l’amour à réexpérimenter au-delà des échecs.

Voir ce ciel par-dessus le toit, croire en une invitation, une devise de vie à choisir et suivre, voilà le message laissé au creux des pages par Nathacha Appanah ! Un futur prix de la rentrée littéraire 2019 ? On peut le souhaiter !

Ce qu’en dit l’éditeur:

« La jeune femme tatouée fait elle-même tout le travail. Le temps, la médecine et le progrès n’existent pas, elle pourrait être dans une cave, sur une plage déserte, elle pourrait être la toute première femme au monde, qu’importe, elle se cambre, s’accroupit, pousse, respire et tout son corps est animé de contractions qui font comme des vaguelettes sous la surface de sa peau. Elle devient une mer travaillée de l’intérieur et derrière elle, à côté d’elle, le docteur Michel ne fait que regarder et asseoir son impuissance. Il est fasciné par ce retour d’instinct, il est aimanté par le dragon qui semble se réveiller, écaille verte après écaille verte, flammèche rouge après flammèche rouge. Bientôt, pense-t-il moitié émerveillé, moitié effrayé, cette jeune femme au visage si parfait ne va faire qu’un avec le dragon et oui bientôt, elle crie comme l’autre crache des flammes au croissant de son épaule droite, elle se redresse et de ses deux mains, elle attrape le petit garçon qui glisse hors d’elle. » Loup est un adolescent lunaire, emprisonné pour avoir provoqué un accident de voiture en tentant de rejoindre sa sœur Paloma. Leur mère Phénix, la femme tatouée, magnifique et froide, renoue alors avec cette fille transparente qu’elle n’a pas su aimer. Tandis qu’elles tentent de sortir Loup de prison, des souvenirs douloureux de l’enfance volée de Phénix affluent :
La trajectoire d’une mini Lolita livrée par ses parents à la convoitise des adultes dévoile la violence sournoise nichée au coeur d’un quartier pavillonnaire, les faux-semblants des tragédies ordinaires. Après avoir arraché à coup de dents sa place au monde, Phénix devra apprendre à apprivoiser la colère, la solitude, la culpabilité.
Comme dans le poème de Verlaine auquel le titre fait référence, ce roman griffé d’éclats de noirceur nous transporte par la grâce d’une écriture envoûtante vers une lumière tombée d’un ciel si bleu, si calme, vers cette éternelle douceur qui lie une famille au-delà des drames.

Un commentaire sur « Le ciel par-dessus le toit »

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