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Les références:

Paula Porroni

ISBN : 2882505515
Éditeur : NOIR SUR BLANC (10/01/2019)

Ce qu’en dit l’éditeur:

Bonne élève est le portrait d’une jeune femme de Buenos Aires qui a fait de brillantes études en histoire de l’art dans une université du nord de l’Angleterre.De retour en Argentine, elle ne trouve pas de travail, et repart en Angleterre quelques années plus tard. Sa mère lui a donné un an pour se bâtir une nouvelle vie, l’entretenant grâce à l’héritage du père. Mais le pays est en crise lui aussi. Déclassée, elle loue des chambres de plus en plus minables, travaille dans une bibliothèque universitaire en attendant un mieux qui ne vient pas, rattrapée par la précarité.
On ne peut lâcher ce premier roman optimiste et désespéré de Paula Porroni qui a créé une anti-héroïne, naufragée volontaire qui ne cherche pas à se faire aimer, comme à des années-lumière de sa propre vie.
« Je ne connais pas de romans argentins contemporains qui soient allés aussi loin avec une orientation aussi toxique, et en soient revenus avec le trésor perturbant, à la fois lucide et abject, avec lequel Bonne élève remonte à la surface. Le ressentiment est l’âme, le coeur malade, inconditionnel, qui maintient la voix du roman dans cet extraordinaire état de tension et d’alerte, aux aguets, comme sur le pied de guerre. » Alan Pauls, El País

Ma cote: 8 / 10

Ma critique:

« Bonne élève » de Paula PORRONI est davantage le portrait d’une société qui se perd avant même de s’être vraiment cherchée que celui d’une diplômée en Histoire de l’Art qui, déclassée dans le monde creux qui est le sien, cherche à reprendre le chemin des études, bien moins pour atteindre que pour échapper.

La rigueur et la justesse de la description de cette vie bancale n’a d’égale que la pesante noirceur du sujet.

Elle est née en Argentine. Un père décédé a laissé un héritage considérable qui permet à la fille de retourner en Angleterre où elle a décroché, en son temps, un diplôme d’historienne de l’Art qui ne lui offre pas de débouché dans son pays natal. Elle repartira donc à la conquête d’elle-même dans cette Europe dispensatrice de diplômes. Elle en profitera pour mettre de la distance entre elle et sa mère. Et si elle ne trouve pas rapidement ce qu’elle cherche (mais est-elle seulement claire avec elle-même à ce propos ?), elle prolongera sa vie à l’étranger. Ce n’est pas tant la quantité d’argent disponible qui pose problème, c’est plutôt la surveillance qu’exerce sur elle sa mère en épluchant ses dépenses et l’utilisation de sa carte de crédit. Sa génitrice a beau la bombarder de ‘Coucou, chérie’ ou de ‘Ma chérie, je suis contente d’avoir de tes nouvelles !’… elle semble pour autant avoir complètement oublié le prénom même de sa fille qu’elle ne nomme jamais. Et c’est là un premier nœud intéressant à observer. Pour avoir un nom, il faut être. Et pour être quelqu’un, il faut pouvoir le prouver par un rang social à tenir. Elle, la fille, n’a rien de cela. Elle n’a qu’une fonction dans ce récit, narratrice de sa décadence, de sa perte d’elle-même dans l’illusion qu’un travail ne peut que lui être promis, qu’une place ne peut que lui être offerte, qu’une existence digne, reconnue et prestigieuse ne peut manquer de souligner la bonne élève qu’elle a toujours été !
Mais le Monde ne tourne pas ainsi.

Paula PORRONI, par ailleurs nouvelliste, signe ici son premier roman. Traduit de l’espagnol (Argentine) par Marianne Million, il nous décortique la solitude des étudiants étrangers et leurs difficultés à sortir du mépris et du rejet des autochtones. L’autrice souligne la décrépitude d’une vie qui passe de chambre en chambre, sous le contrôle douteux de loueuses exploitantes ou de colocataires dépourvus de chaleur humaine à partager. L’écriture de Paula PORRONI ne chercha à aucun moment à plaire. Elle ne s’autorise aucune impasse. Ni les frustrations retenues des membres d’un jury, ni l’étalage de l’avoir et des caprices d’une amie Anna, ni les automutilations qu’une bonne élève, jeune paumée, peut s’infliger, ni les expériences sexuelles dénudées de sens, de reconnaissance mutuelle, a fortiori d’amour.

Le résultat est glaçant. On ne peut que rejeter une héroïne pareille. L’antihéros n’a pas le moindre côté sympathique à nous offrir. La quête de progrès est une descente aux enfers pour laquelle le lecteur ne peut qu’avoir envie de dire qu’elle, la bonne élève, l’a bien cherché. En tous cas, qu’elle n’a rien fait pour l’éviter !

Et vient le temps du questionnement. Ce roman ne nous raconte rien sur un personnage principal qui n’a même pas de nom… Mais ce roman nous en dit tant sur nous-mêmes, sur nos valeurs gauchies, nos oublis de ce que sont de vraies relations humaines, sur ce que nous pouvons réellement devenir… Bref, sur la vie – la nôtre ? – qui pourrait être celle d’hommes et de femmes debout !

« Bonne élève » est le type-même de roman qu’on n’aime pas … mais qui reste bien utile. Une sonnette d’alarme avant qu’il ne soit trop tard. Un son net appelant au sursaut avant les larmes !

Merci à NetGalley, France et aux Editions Noir sur blanc qui m’ont permis de découvrir ce roman noir bien utile.

A propos de l’auteur:

Paula Porroni, née à Buenos Aires en 1977 et ayant acquis une solide formation universitaire à Buenos Aires, Cambridge et New-York, a publié ce premier roman en 2016 à Barcelone (dans une maison d’édition dont le siège se trouve… sur l’Avenue República Argentina, cela ne s’invente pas !) ; un premier roman qui a immédiatement été remarqué et que les éditions Noir sur Blanc nous offrent dans sa version française.

Un commentaire sur « Bonne élève de Paula Porroni »

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