Roman-Essai

de Emad Jarar

ISBN : 2363158946 
Éditeur : IGGY BOOK (20/06/2018)

Ma cote: 8 / 10

Le livre en 10 lignes max! (par Frconstant)

Né de père musulman et d’une mère chrétienne, Emad Jarar, occidental diplômé, interroge sa religion, l’Islam. Que penser de la codification du Coran, au 12e siècle seulement, par le pouvoir politique d’alors? La pureté de la Foi est-elle incompatible avec la conscience de l’homme et sa liberté? Le déterminisme fataliste de l’Inch Allah peut-il coexister avec l’annonce que l’homme devra répondre de sa vie lors du Jugement dernier? Et sur quoi repose le dénis de la femme, des autres croyants? Pourquoi tant de violence dirigée contre les non-croyants ou mauvais musulmans?Jusqu’où suivre le discours des ‘directeurs de conscience’ que sont certains imams? ‘Une nuit à Aden’, un livre courageux qui interroge toute démarche de croyance, de Foi et qui ‘passe’ aisément par l’insertion de la réflexion au sein d’un roman d’amour et d’amitié bien de notre temps.

Ma critique:

Avant tout, il me faut ici remercier Babelio et sa Masse Critique qui m’ont permis de recevoir les deux tomes du roman ‘Une nuit à Aden’ signé Emad Jarar.

Avec beaucoup de simplicité, l’auteur a joint à l’envoi de ces deux tomes, une note tapuscrite m’invitant à en critiquer au moins un des deux, précisant que le tome I pouvait se révéler plus difficile d’accès, ce tome relevant davantage de l’essai tandis que le tome II relevait plus nettement du genre Roman. Et de préciser que les deux pouvaient se lire indépendamment.

Je ne suis pas musulman. Mais je suis très intéressé par les religions, les mécanismes de Foi, de croyances et les points communs (comme les divergences) qu’on peut relever entre les différentes religions. La religion, a mes yeux n’est pas incompatible à l’humanité et au libre arbitre de l’Homme. Homme et femme, bien sûr. Cela va de soi.

C’est donc avec intérêt que je me suis plongé dans ce livre courageux. En effet, il ose publier de vraies questions à propos des jeux de pouvoir en place dans le ‘Religieux’: comment vivre dans un monde qui laisse place au divin et à l’Homme? Comment interroger – et donc combattre – toute religion qui ne serait que l’opium du peuple, de même que toute religion qui servirait exclusivement des intérêts particuliers au détriment de la ‘reliance’ que, par définition, une religion se doit de prôner?

En positionnant son personnage central comme musulman (puisque né d’un père musulman) mais ayant reçu une culture chrétienne (selon les origines de sa mère) Emad Jarar prouve qu’il est implanté dans la réalité de notre temps. Fini l’époque du ‘béni oui-oui’ qui accepte, sans réfléchir, les dictats d’une ‘hiérarchie’ souvent plus politique que religieuse. Fini l’époque où l’homme doit se priver de toute réflexion personnelle sur ce qui lui est imposé plutôt que proposé. Fini la relecture d’une vie, d’une croyance, d’un modèle de pensée unique s’obligeant à faire abstraction de tout autre point de vue.

Avec un référencement très précis de ses sources, Emad Jarar nous invite à le suivre dans une remise en question des mouvements arabes islamiques nécrosés par un repli sur soi. Repli totalement impensable à l’heure de la mondialisation des mouvements de pensées et du partage des idées.

A titre d’exemples, ce premier tome de ‘Une nuit à Aden’, s’interroge sur …

  • La possibilité, pour un musulman d’avoir un sens moral indépendamment de Dieu.
  • Le bien-fondé d’une primauté de la foi collective, monolithique, sur la foi individuelle.
  • La réduction de la Révélation en un Coran rédigé six siècles plus tard, avec toutes les contradictions et obstacles liés à une langue arabe écrite qui, alors n’était pas encore formalisée.
  • L’influence des califes du 12e siècle sur le ‘retenu’ de la Révélation canonisant un Coran sclérosé par des volontés plus politiques et guerrières que religieuses.
  • La nécessité d’une lecture exégétique permettant de concilier des versets qui s’opposent tels: ‘Celui qui interprète le Coran selon sa propre opinion, qu’il accède à sa place en enfer’ et ‘qu’il est permis à chacun de déduire du Coran, en fonction de sa compréhension et de son entendement’.
  • « Voilà, j’arrête ici l’énumération un peu fastidieuse, j’en conviens, de ce qui a contribué à un entendement compliqué d’un récit divin; puisqu’il s’agissait de davantage obéir à Dieu que de tenter de s’en rapprocher, autant valait-il de réciter sans réfléchir que de réfléchir pour mieux réciter. A tout prendre encore, fallait-il même un espace pour la raison dans la foi, sachant que selon Pascal, ‘c’est le coeur qui sent Dieu, et non la raison.’ Voilà ce qu’est la foi: Dieu sensible au coeur, non à la raison’ ? » Vraie question, non!

Emad Jarar ose ici un regard ‘décalé’ sur ce qu’est l’Islam, sa manière de s’imposer, sa volonté de suprématie sur tout autre courant de pensée. Les positions ouvertes de l’auteur, assurément, ne lui vaudront pas que des sympathies de la part des tenants fondamentalistes du statut quo. J’ai pourtant trouvé très riche et interpellant ces questions qui pointent une transmission du Coran et sa codification, six siècles plus tard, dans un texte imposant l’arabe comme l’unique langue de la révélation, ce qui est, assurément, une erreur historique. J’ai été intéressé par les incohérences relevées dans les affirmations de ce pouvoir religieux et politique Sunnite, questions qui soulignent le manque de tolérance et d’ouverture du Monde musulman fondamentaliste. En osant une réflexion libre mais fondée sur des références qui font mouche, Emad Jarar en appelle à un vrai travail d’exégèse, d’analyse des textes qui rendrait au Coran sa valeur de guide de vie et qui responsabiliserait le croyant plutôt que de le menacer sans cesse de la colère divine. Il est à remarquer combien cette fermeture renforce le pouvoir de quelques uns, nantis par un ‘prescrit religieux’ et fragilise certaines catégories de croyants tels, principalement, la femme qui offre moins d’intérêt que l’homme, l’âne, passant juste avant le chien considéré comme impur!

Que le lecteur de ma critique ne s’affole pas. Cette lecture de ‘Une nuit à Aden’ (tome 1) est rendue accessible par une histoire d’amour et d’amitiés mettant en avant des valeurs humaines et très contemporaines. Le style, quelque fois déroutant par un ‘exotisme’ de la tournure des phrases rend le roman sympathique, comme si la profondeur des sujets traités se proposait au lecteur sous le clin d’oeil complice d’une légèreté de ton et d’une invitation à rencontrer l’autre au-delà de nos différences.

Merci, Monsieur Jarar pour ce témoignage qui grandit l’Homme, l’Humanité, l’Islam ainsi que toute autre croyance acceptant de poser sur elle-même. Car, à mes yeux, il est évident que les travers, ici soulignés, ne sont pas l’apanage du seul Islam. Pas de raison, pour autant, de ne pas y apporter toute l’attention nécessaire dans la perspective d’une vie de l’Homme pacifié dans sa relation à Dieu, consentie ou refusée, mais (enfin) éclairée.

Ce qu’en dit l’éditeur:

« Mon père pensait qu’on “naissait musulman” et qu’être musulman était un statut qui dépendait du Tout Puissant uniquement. Et comme pour se soumettre à ses propres certitudes, il s’était convaincu que l’Islam était irréversible en ce qu’il l’emportait sur quelque autre religion ; il était de ceux pour lesquels l’Islam ne se limitait pas au seul culte, entretenant l’idée qu’être musulman préemptait pour ainsi dire tout autre choix de conscience. Pour lui, le christianisme ne serait qu’un avatar illégitime de son propre héritage, puisqu’il était désormais représenté par la religion vraie et transcendante qu’était l’islam. Sa suprématie sur les autres religions ou civilisations, et cette sorte d’inviolabilité du statut de musulman, semblaient d’ailleurs apaiser ses craintes : elles étaient censées me protéger de toute manœuvre rusée de la part de ma mère. »

Ce roman en deux tomes, à l’intrigue palpitante d’émotion, raconte la jeunesse d’un Palestinien qu’un destin étonnant et une histoire d’amour hors norme conduisent à la découverte de lui-même, de sa conscience et de sa relation avec les religions de son enfance, l’islam et le christianisme. Par une introspection à la fois insolite et spirituelle, il nous décrit comment les élans de la divine Providence le mèneront d’Alexandrie à New York, puis à Sanaa, Aden, Djibouti et enfin Paris.
Il est né musulman, certes; mais sa raison défie à laquelle il se croyait enchaîné, occulte en fait la vraie nature de ce rite à l’emprise implacable sur un milliard et demi de fidèles…
Un récit captivant. Une réflexion morale et spirituelle sans concession. Une lecture de rigueur pour comprendre le rôle du Coran au XXI ème siècle et son emprise sur la pensée islamique confrontée à la vie moderne.

A lire donc … le tome II

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