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Ma cote: 8/10

Cinq méditations sur la beauté François CHENG

Mon billet:

En toute honnêteté, avec la présence que l’on doit au monde, peut-on prétendre livrer une méditation sur la beauté dont la recherche est présentée comme le but ultime et la raison fondamentale de vivre, alors que notre univers est quotidiennement défiguré par la barbarie, entaché de tant de laideurs et réduit, semble-t-il, à une recherche mesquine mais effrénée du pouvoir et du profit ?

Oui, répond François CHENG. Entre le laid, l’obscur, la déviance du réel et le beau, l’illuminé, la symbiose entre l’être et le Monde, il y a certes une tension. Mais il y a aussi un parcours, un art de vivre qui invite à l’engagement de chacun pour un supplément d’âme pour tous. En cinq méditations tenues devant et en complicité avec un groupe informel d’amis poètes, écrivains, anthropologues, psychiatres, économistes, tous hommes de notre temps, François CHENG s’attelle à interroger les deux cultures orientale et occidentale. Il montre alors comment c’est dans l’entre–dit, entre le déjà là et ce qui doit encore advenir, que la beauté se laisse voir comme elle ne cesse de regarder celui qui la cherche. Il souligne l’heureuse similitude entre le double sens du mot ‘voir’ en chinois comme en français. Il nous rappelle que la vue est à la fois l’organe qui regarde (c’est l’actif) et ce qui s’offre au regard (nécessitant une réceptivité ‘passive). Non seulement, dans ces méditations, on retrouve la puissance active du yang mais aussi la douceur réceptive du Yin. Perception du Monde que l’occident a, en partie, repris à son compte en lisant ce qui est à travers la dualité de l’être à la fois corporel et mental, mieux corporel et spirituel.

François CHENG, vrai chinois, insère un troisième temps dans la respiration face au beau (comme d’ailleurs à la laideur), c’est la place laissée, prise et enrichie du vide médian. Ce dernier permet la transformation, l’enrichissement, l’interactivité entre l’un et l’autre, l’actif et le passif, le don et le reçu, ce qui est et ce qui advient. Avec ce modèle ternaire, usant de mots simples et livrant toutes les explications et illustrations nécessaires, François CHENG nous guide vers la recherche de la beauté. Ce n’est pas celle qui, volontariste, veut créer, fabriquer, forcer et usiner ce qui est imaginé et le baptiser ‘beau’. Non, la recherche proposée est celle de l’acceptation de cette interaction entre, par exemple, le paysage qui est, qui s’offre au ‘re-gard’ de qui a déjà vu des paysages, qui les a gardés en lui et se laissant interpeller par l’unicité de ce qu’il voit, ‘re-garde’ à nouveau à la fois la vue qu’il a en face de lui et toutes celles qu’il a en lui, chacune venant enrichir la première.  Transformé par cet apport, il donne au paysage (ou à la rose, au visage aperçu, au geste de la personne croisée, à l’être aimé, à la musique qui ouvre à une vibration intérieure …) une nouvelle façon d’être. Ce qui n’était que ce qu’il était avant son regard devient beau ! Car l’unicité de chaque objet, de chaque être, de chaque moment est source d’émerveillement. La beauté qui s’en dégage n’est vraie que si chaque unicité en réclame d’autres, qu’elle ne cherche pas à suppléer ou dépasser. C’est dans l’existence même de ces unicités que la vision ouverte (offerte) sur le monde peut exister. C’est de ces unicités que naît la possibilité d’un ‘je’ et d’un ‘tu’, que naît le langage et donc l’entre-dit qui peut soutenir et enlacé un amour, une existence reconnue. La diversité est la condition même de l’humain, sa richesse, sa chance !

François CHENG propose aussi sa conviction: Dans la nature, la beauté est vraie et désintéressée, sans recherche de pouvoir, sans prise en otage de l’autre. Elle n’est donc jamais un instrument du pouvoir.  Chaque fois que, dans nos vies, la beauté est triturée par l’homme pour l’asservir, pour contrôler autrui ou le piéger, il nous faut nous méfier et nous interroger sur l’entre-dit qui lie ce ‘beau’ et ses effets de reconnaissance ou non des autres unicités. Il nous faut donc, non cueillir la beauté (ce qui correspond à un acte de pure préhension le plus souvent instinctif) mais nous montrer capable et digne d’accueillir la beauté (ce qui correspond à un acte de réception et de réflexion).

S’appuyant sur la croyance profonde née des sources de ses méditations et de sa recherche éperdue de compréhension des cultures et civilisations, François CHENG, pense que l’effort de l’homme pour tendre vers le beau est de nature universelle. Dès lors, dira-t-il, « Je ne doute pas que le grand dialogue qui marquera le siècle à venir se fera aussi dans l’esprit, non de confrontation mais de compréhension, le seul qui vaille.  »

« La beauté sauvera le monde » dit quelque part Dostoïevski … François CHENG, par ses méditations partagées, nous donne de nous en approcher quelque peu.

Ce qu’en dit l’éditeur:

« En ces temps de misères omniprésentes, de violences aveugles, de catastrophes naturelles ou écologiques, parler de la beauté pourrait paraître incongru, inconvenant, voire provocateur. Presque un scandale. Mais à cause de cela même, on voit qu’à l’opposé du mal, la beauté se situe bien à l’autre bout d’une réalité à laquelle nous avons à faire face. Nous sommes donc convaincus qu’au contraire nous avons pour tâche urgente, et permanente, de dévisager ces deux mystères qui constituent les deux extrémités de l’univers vivant : d’un côté, le mal, et de l’autre, la beauté? Ce qui est en jeu, nous n’en doutons pas, n’est rien moins que l’avenir de la destinée humaine, une destinée qui implique les données fondamentales de la liberté humaine. »Confronté très jeune à ces deux « mystères » par la fréquentation de l’époustouflant site du mont Lu dans sa province natale d’une part, et par le terrible massacre de Nankin perpétré par l’armée japonaise de l’autre, François Cheng nous livre ici ses réflexions sur les questions existentielles les plus radicales qui n’ont cessé de travailler en lui. Ce faisant, il nous fait revisiter les moments phares de la culture d’Orient et d’Occident.

 

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