de Scholastique Mukasonga

ISBN : 978 2070 133 427


Éditeur : GALLIMARD (01/03/2012)

Ma cote: 7 / 10

Mon avis:

Pour ma part, j’ai aimé ce récit qui replace dans un contexte inspiré les prémices d’une actualité qui, allait alimenter les journaux télévisés plus que ma réflexion personnelle. Semblant lointaine et sans contact direct avec ma petite vie tranquille d’intellectuel (théoriquement) ouvert sur le Monde, cette info m’avait semblé bonne à capter … et à classer, au plus vite, pour mémoire dans les cartons d’une politique qui m’était étrangère… Jusqu’au jour où j’ai été brutalement confronté à cette réalité. Une élève, jeune rwandaise, expulsée du cours par un professeur ne supportant plus son manque d’investissement dans le travail, débarque dans mon bureau de direction et me dit qu’elle sait qu’elle est en tort. « Mais, je pense tout le temps à ça ! », me dit-elle… et elle me raconte son vécu, les viols de sa maman, de ses sœurs, et le sien… La fuite, la survie, l’arrivée en terre étrangère bien plus qu’en terre d’asile où, de surcroît, la guerre clanique perdure, la discrimination ethnique
Dans ce livre Notre-Dame du Nil de Scholastique MUKASONGA (Ed. : Folio, 2014 ; première édition chez Gallimard, en 2012 et Prix Renaudot), j’ai retrouvé cette envie, cette nécessité de faire mémoire. Faire revivre en nous, pour les interroger, ces mécanismes qui, s’appuyant sur des pseudos-valeurs d’une classe dominante, stigmatisent la différence, transforment l’altérité en objet de combat, valident la puissance de l’un, la négation et la mise à mort de l’autre. Ce livre, presque un huis clos, raconte la vie d’une école pour jeunes filles rwandaises, élites du peuple… Dans un microcosme, perdues en altitude et semblant complètement retirées du monde, ces filles vont vivre toutes les turpitudes qui fomentent le quotidien d’une société gangrènée par la soif de pouvoir, le déni de l’autre, les basses compromissions et les étouffements de la conscience. Tout y est dit, dans la simplicité presqu’anodine du seul récit, appris, formaté par l’opinion dominante, que peut faire une jeune fille marquée du sceau de la couleur de sa peau, de son ethnie non dominante et de son statut (qui n’en est même pas un) de femme. 

Dans un tel Monde, bien loin d’être révolu, tout est permis à qui prend l’ascendant sur les autres puisque la femme n’est que femme, la noire n’est que noire et le blanc n’est que bon puisque blanc. Missionnaire ou religieuse, politique ou financier, tous drapés dans une dignité apparente qui ne permet aucune remise en cause du bien-fondé de leur agir. Ce que met en évidence MUKASONGA, c’est que cette affirmation d’une supériorité raciale, ethnique, nous l’avons entendue plus d’une fois. On a laissé dire. On a peu, trop peu, combattu. Et ces mêmes idées, on les retrouve encore un peu partout dans le monde, dans les sociétés où le moteur premier est la rivalité plutôt que la coexistence, à défaut de coopération.
Dans toute institutions regroupant des adolescents, il y a un côté « guerre des boutons », affirmation de la bande, recherche de pouvoir du chef, brimades, moqueries et jugements manquant d’empathie… Mais quand le fonds de commerce de ces « enfants pas encore adultes » est la force de l’exemple venu d’en haut et le silence de l’autorité qui couvre la barbarie, les dérapages et la perte de toute raison, on doit s’interroger. C’est ce que fait ce livre. Il nous invite à réviser nos regards faussés sur l’histoire. Allons-nous, cette fois encore, traiter l’actualité mondiale comme passagère ou allons-nous nous poser les vraies questions sur ces mécanismes de gauchissement de la vérité que nous mettons trop facilement en place pour ne pas être bousculés par ce Monde manquant d’humanité ? Notre-Dame du Nil, à lire et réfléchir !

Ce qu’en dit l’éditeur:

Au Rwanda, un lycée de jeunes filles perché sur la crête Congo-Nil, à 2 500 mètres d’altitude, près des sources du grand fleuve égyptien. 

Les familles espèrent que dans ce havre religieusement baptisé Notre-Dame du Nil, isolé, d’accès difficile, loin des tentations de la capitale, leurs filles parviendront vierges au mariage négocié pour elles dans l’intérêt du lignage.

Les transgressions menacent au cœur de cette puissante et belle nature où par ailleurs un rigoureux quota « ethnique » limite à 10 % le nombre des élèves tutsi.

Sur le même sommet montagneux, dans une plantation à demi abandonnée, un « vieux Blanc », peintre et anthropologue excentrique, assure que les Tutsi descendent des pharaons noirs de Méroé. Avec passion, il peint à fresque les lycéennes dont les traits rappellent ceux de la déesse Isis et d’insoumises reines Candace sculptées sur les stèles, au bord du Nil, il y a trois millénaires. Non sans risques pour sa jeune vie, et pour bien d’autres filles du lycée, la déesse est intronisée dans le temple qu’il a bâti pour elle.

Le huis clos où doivent vivre ces lycéennes bientôt encerclées par les nervis du pouvoir hutu, les amitiés, les désirs et les haines qui traversent ces vies en fleur, les luttes politiques, les complots, les incitations aux meurtres raciaux, les persécutions sournoises puis ouvertes, les rêves et les désillusions, les espoirs de survie, c’est, dans ce microcosme existentiel, un prélude exemplaire au génocide rwandais, fascinant de vérité, d’une écriture directe et sans faille.

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