Challenges

Le mardi sur son 31 #4

Ce rendez-vous hebdomadaire, que j’ai découvert chez Lire&vous,  a été proposé par Les Bavardages de Sophie. Il s’agit tout simplement, le mardi, de proposer une citation de la page 31 de sa lecture en cours… Cela peut être intéressant, ne nous en privons pas!

Cette semaine, Tu verras Maman, tu seras bien de Jean Arcelin

Les maisons de retraite sont peuplées de femmes et d’hommes admirables, modestes, petites mains nourricières, héros inconnus, qui chaque jour, tissent la chaîne humaine, en prenant soin de personnes âgées vulnérables. Ils offrent leur énergie, leur patience, avec le sourire, naturellement. Beaucoup incarnent l’abnégation. Ils nettoient des corps usés, souillés, écoutent des cerveaux blessés, avec cœur et méthode, tout simplement. […]

Dans les maisons de retraite, il y a aussi des connards, des psychopathes, des imbéciles, qui se défoulent en utilisant leur pouvoir. Mais ils sont rares, une exception, quelques moutons noirs qui parfois font des dégâts, avant d’être démasqués, rejetés tôt ou tard, grillés avec fracas par la majorité admirable.

3 secondes Le compte à rebours à commencé.

de Anders Roslund et Börge Hellström

ISBN : 2863744909 
Éditeur : FAYARD/MAZARINE (23/01/2019)

Premier roman d’une trilogie 3 secondes, 3 minutes, 3 heures qui ne manquera pas d’activer le tourneur de pages qui sommeille en tout amateur de roman noir!

Ma cote: 7 / 10

En 10 lignes, max! (par Frconstant)

Dans ce tome 1 d’une trilogie classée ‘thriller’, l’intrigue est simple et complexe. L’analyse de marché désigne le monde carcéral comme l’Eldorado pour la Mafia polonaise qui a le monopole de la Drogue. Il faut donc infiltrer le premier pour combattre la seconde. Parmi une panoplie de personnages, tous plus véreux les uns que les autres, Piet Hoffman a un lourd passé mais est un père et mari amoureux fou. Il devra, pour survivre, anticiper les attaques et coups bas qui lui tomberont dessus autant que les trahisons des gradés et ronds-de-cuir de tous poils qui n’ont, pour moralité, que celle qui les maintient en position de pouvoir! En équilibre entre réalisme et invraisemblances, un contre la montre glauque qui soulève bien des questions sur l’espèce humaine! Mais, entrez donc, humez « les fleurs et la poésie » qui se dégagent des ramifications d’un monde pourri.

Ma critique:

Avant tout, un grand merci à NetGalley, France et aux éditions Fayard/Mazarine pour leur confiance renouvelée.

Ce roman a beaucoup pour plaire malgré quelques ficelles du genre qui peuvent énerver. Quoi qu’il en soit, le personnage de Piet Hoffman est ingénieux. Il réjouira tous les amateurs de solutions ‘gadget’ et sophistiquées pour berner ses contradicteurs. Le vieux flic bourré de rancoeur et de colère, Ewert Grens, se montre aussi obstiné que peut l’être celui qui se sent floué par ses propres collègues, son milieu, sa famille. Il attirera donc sur lui la sympathie ou le rejet pour son côté atypique que l’on sent forcé et peu naturel. Mais assurément, ce poil à gratter chez les enquêteurs ne laissera personne indifférent. Quant à tous les tordus qui cherchent à tirer les ficelles et la couverture à eux, ils ne manqueront pas de développer chez le lecteur une saine envie de leur casser la gueule… envie, somme toute assez facile à ressentir tant qu’elle reste livresque et n’engage en rien le lecteur sur une voie de fait responsable.

Mais il faut le reconnaître, cette composition à quatre mains de Anders Roslund et Börge Hellström tape fort et juste sur le clavier. Ces auteurs, pêcheurs de lecteurs suspendus au fil de leur histoire, savent comment jeter du leurre, appâter, ferrer le poisson, relâcher le menu fretin des intrigues périphériques et, à nouveau, remplir leur nasse de vérités, de profondes noirceurs et de questions dérangeantes quant à ce dont l’homme est capable pour se hisser au pouvoir, même au détriment des autres, ou se fondre dans la masse pour disparaître, mais, à chaque fois, en perdant tout droit de se regarder en face dans un miroir avec une once de considération personnelle.

Ce n’est sans doute pas par hasard que ces auteurs ont été plébiscités par la Presse et que la trilogie 3 SECONDES, 3 MINUTES, 3 HEURES a été récompensée par le CWA International Dagger, le Prix du Polar Scandinave et le Prix des Auteurs de Polar Suédois… Une bonne indication pour, selon vos goûts et habitudes, décider d’ouvrir – ou non – ce tome 1. Pour ma part, malgré les quelques grosses ficelles et les invraisemblances de scénario, je placerai le tome 2 sur ma pîle à lire. Histoire de vérifier si les auteurs ont pratiqué les huilages que réclamaient cette mécanique thriller grippée quelques fois dans ce premier tome.

A propos des auteurs:

Les auteurs scandinaves ont la cote… A lire, des bibliographies, des articles sur cette écriture venue du froid.

Le mardi sur son 31 #03

Ce rendez-vous hebdomadaire, que j’ai découvert chez Lire&vous,  a été proposé par Les Bavardages de Sophie. Il s’agit tout simplement, le mardi, de proposer une citation de la page 31 de sa lecture en cours… Cela peut être intéressant, ne nous en privons pas!

Cette semaine, « Trois secondes« , un livre qui semble s’annoncer comme un bon thriller…

Il était assis sur le sol, appuyé contre les cartons et le mur. Il était en deuil depuis près d’un an et demi, maintenant, oscillant entre la dépression nerveuse et la folie.Cela avait été une période terrible […] Mais au milieu de toute sa souffrance, ce visage portait une sorte de détermination, une résolution qui n’y était pas jusqu’à présent. Quelques cartons, un grand vide sur une étagère, ce genre de choses pouvaient traduire un soulagement inattendu.

_ Oui, j’avais quelque chose à te dire. On vient de recevoir un appel…

Elle sentait bien qu’il l’écoutait, avec cette intensité qu’elle avait presque oubliée.

_ Une exécution.

C’est quoi pour toi Le Handicap?

à l’initiative de Alteo-Liège et le CESAHM

ISBN: D/4540-2018-01

Ma cote: 7 / 10

Le livre, en 10 lignes, max! (par Frconstant)

Alteo et le Cesahm partagent la même envie d’inviter la société à réfléchir sur la notion de Handicap. De son côté, l’Académie Royale des Beaux-Arts de Liège avait déjà mené une expérience mettant ses étudiants en contact avec le monde stigmatisé des bénéficiaires d’un CPAS. Un projet commun pouvait naître. Pendant deux ans, les étudiants de l’Académie ont donc vécu des rencontres, des ateliers créatifs, des échanges avec des gens qu’ils ont finalement vus comme eux. Avec leurs richesses, leurs questions, leurs parts d’ombre et surtout de lumière. L’expérience se conclut par la création d’un album illustré, voire une BD et une exposition des créations de chacun. Le tout levant un voile pour répondre à la question « C’est quoi pour toi le Handicap? »

Ma critique:

L’idée n’est pas nouvelle. L’intégration des personnes handicapées passera par l’ancrage dans les lieux communs de l’idée que personne n’est handicapé même si de nombreuses personnes sont confrontées à des handicaps. Le livre « C’est quoi pour toi le Handicap!, publié et disponible à la demande auprès d’Altéo Liège, est un bel outil pédagogique pour sensibiliser les jeunes et les familles à ce qu’est le Handicap. Son côté, parfois un peu brouillon ou manquant d’homogénéité ne doit pas rebuter. Il est, en fait, le fruit de la richesse des approches nombreuses et différences des artistes qui ont été marqués par ces rencontres. Chacun finira donc par y trouver une phrase, un récit, un dessin qui lui parle et le marque, pour toujours, dans sa réflexion. Ouvrir une brèche dans une normalité érigée en dogme qui renvoie tous les autres chez les « handicapés » était le pari de cette démarche… Pari gagné!

Une nuit à Aden (tome 1)



Roman-Essai

de Emad Jarar

ISBN : 2363158946 
Éditeur : IGGY BOOK (20/06/2018)

Ma cote: 8 / 10

Le livre en 10 lignes max! (par Frconstant)

Né de père musulman et d’une mère chrétienne, Emad Jarar, occidental diplômé, interroge sa religion, l’Islam. Que penser de la codification du Coran, au 12e siècle seulement, par le pouvoir politique d’alors? La pureté de la Foi est-elle incompatible avec la conscience de l’homme et sa liberté? Le déterminisme fataliste de l’Inch Allah peut-il coexister avec l’annonce que l’homme devra répondre de sa vie lors du Jugement dernier? Et sur quoi repose le dénis de la femme, des autres croyants? Pourquoi tant de violence dirigée contre les non-croyants ou mauvais musulmans?Jusqu’où suivre le discours des ‘directeurs de conscience’ que sont certains imams? ‘Une nuit à Aden’, un livre courageux qui interroge toute démarche de croyance, de Foi et qui ‘passe’ aisément par l’insertion de la réflexion au sein d’un roman d’amour et d’amitié bien de notre temps.

Ma critique:

Avant tout, il me faut ici remercier Babelio et sa Masse Critique qui m’ont permis de recevoir les deux tomes du roman ‘Une nuit à Aden’ signé Emad Jarar.

Avec beaucoup de simplicité, l’auteur a joint à l’envoi de ces deux tomes, une note tapuscrite m’invitant à en critiquer au moins un des deux, précisant que le tome I pouvait se révéler plus difficile d’accès, ce tome relevant davantage de l’essai tandis que le tome II relevait plus nettement du genre Roman. Et de préciser que les deux pouvaient se lire indépendamment.

Je ne suis pas musulman. Mais je suis très intéressé par les religions, les mécanismes de Foi, de croyances et les points communs (comme les divergences) qu’on peut relever entre les différentes religions. La religion, a mes yeux n’est pas incompatible à l’humanité et au libre arbitre de l’Homme. Homme et femme, bien sûr. Cela va de soi.

C’est donc avec intérêt que je me suis plongé dans ce livre courageux. En effet, il ose publier de vraies questions à propos des jeux de pouvoir en place dans le ‘Religieux’: comment vivre dans un monde qui laisse place au divin et à l’Homme? Comment interroger – et donc combattre – toute religion qui ne serait que l’opium du peuple, de même que toute religion qui servirait exclusivement des intérêts particuliers au détriment de la ‘reliance’ que, par définition, une religion se doit de prôner?

En positionnant son personnage central comme musulman (puisque né d’un père musulman) mais ayant reçu une culture chrétienne (selon les origines de sa mère) Emad Jarar prouve qu’il est implanté dans la réalité de notre temps. Fini l’époque du ‘béni oui-oui’ qui accepte, sans réfléchir, les dictats d’une ‘hiérarchie’ souvent plus politique que religieuse. Fini l’époque où l’homme doit se priver de toute réflexion personnelle sur ce qui lui est imposé plutôt que proposé. Fini la relecture d’une vie, d’une croyance, d’un modèle de pensée unique s’obligeant à faire abstraction de tout autre point de vue.

Avec un référencement très précis de ses sources, Emad Jarar nous invite à le suivre dans une remise en question des mouvements arabes islamiques nécrosés par un repli sur soi. Repli totalement impensable à l’heure de la mondialisation des mouvements de pensées et du partage des idées.

A titre d’exemples, ce premier tome de ‘Une nuit à Aden’, s’interroge sur …

  • La possibilité, pour un musulman d’avoir un sens moral indépendamment de Dieu.
  • Le bien-fondé d’une primauté de la foi collective, monolithique, sur la foi individuelle.
  • La réduction de la Révélation en un Coran rédigé six siècles plus tard, avec toutes les contradictions et obstacles liés à une langue arabe écrite qui, alors n’était pas encore formalisée.
  • L’influence des califes du 12e siècle sur le ‘retenu’ de la Révélation canonisant un Coran sclérosé par des volontés plus politiques et guerrières que religieuses.
  • La nécessité d’une lecture exégétique permettant de concilier des versets qui s’opposent tels: ‘Celui qui interprète le Coran selon sa propre opinion, qu’il accède à sa place en enfer’ et ‘qu’il est permis à chacun de déduire du Coran, en fonction de sa compréhension et de son entendement’.
  • « Voilà, j’arrête ici l’énumération un peu fastidieuse, j’en conviens, de ce qui a contribué à un entendement compliqué d’un récit divin; puisqu’il s’agissait de davantage obéir à Dieu que de tenter de s’en rapprocher, autant valait-il de réciter sans réfléchir que de réfléchir pour mieux réciter. A tout prendre encore, fallait-il même un espace pour la raison dans la foi, sachant que selon Pascal, ‘c’est le coeur qui sent Dieu, et non la raison.’ Voilà ce qu’est la foi: Dieu sensible au coeur, non à la raison’ ? » Vraie question, non!

Emad Jarar ose ici un regard ‘décalé’ sur ce qu’est l’Islam, sa manière de s’imposer, sa volonté de suprématie sur tout autre courant de pensée. Les positions ouvertes de l’auteur, assurément, ne lui vaudront pas que des sympathies de la part des tenants fondamentalistes du statut quo. J’ai pourtant trouvé très riche et interpellant ces questions qui pointent une transmission du Coran et sa codification, six siècles plus tard, dans un texte imposant l’arabe comme l’unique langue de la révélation, ce qui est, assurément, une erreur historique. J’ai été intéressé par les incohérences relevées dans les affirmations de ce pouvoir religieux et politique Sunnite, questions qui soulignent le manque de tolérance et d’ouverture du Monde musulman fondamentaliste. En osant une réflexion libre mais fondée sur des références qui font mouche, Emad Jarar en appelle à un vrai travail d’exégèse, d’analyse des textes qui rendrait au Coran sa valeur de guide de vie et qui responsabiliserait le croyant plutôt que de le menacer sans cesse de la colère divine. Il est à remarquer combien cette fermeture renforce le pouvoir de quelques uns, nantis par un ‘prescrit religieux’ et fragilise certaines catégories de croyants tels, principalement, la femme qui offre moins d’intérêt que l’homme, l’âne, passant juste avant le chien considéré comme impur!

Que le lecteur de ma critique ne s’affole pas. Cette lecture de ‘Une nuit à Aden’ (tome 1) est rendue accessible par une histoire d’amour et d’amitiés mettant en avant des valeurs humaines et très contemporaines. Le style, quelque fois déroutant par un ‘exotisme’ de la tournure des phrases rend le roman sympathique, comme si la profondeur des sujets traités se proposait au lecteur sous le clin d’oeil complice d’une légèreté de ton et d’une invitation à rencontrer l’autre au-delà de nos différences.

Merci, Monsieur Jarar pour ce témoignage qui grandit l’Homme, l’Humanité, l’Islam ainsi que toute autre croyance acceptant de poser sur elle-même. Car, à mes yeux, il est évident que les travers, ici soulignés, ne sont pas l’apanage du seul Islam. Pas de raison, pour autant, de ne pas y apporter toute l’attention nécessaire dans la perspective d’une vie de l’Homme pacifié dans sa relation à Dieu, consentie ou refusée, mais (enfin) éclairée.

Ce qu’en dit l’éditeur:

« Mon père pensait qu’on “naissait musulman” et qu’être musulman était un statut qui dépendait du Tout Puissant uniquement. Et comme pour se soumettre à ses propres certitudes, il s’était convaincu que l’Islam était irréversible en ce qu’il l’emportait sur quelque autre religion ; il était de ceux pour lesquels l’Islam ne se limitait pas au seul culte, entretenant l’idée qu’être musulman préemptait pour ainsi dire tout autre choix de conscience. Pour lui, le christianisme ne serait qu’un avatar illégitime de son propre héritage, puisqu’il était désormais représenté par la religion vraie et transcendante qu’était l’islam. Sa suprématie sur les autres religions ou civilisations, et cette sorte d’inviolabilité du statut de musulman, semblaient d’ailleurs apaiser ses craintes : elles étaient censées me protéger de toute manœuvre rusée de la part de ma mère. »

Ce roman en deux tomes, à l’intrigue palpitante d’émotion, raconte la jeunesse d’un Palestinien qu’un destin étonnant et une histoire d’amour hors norme conduisent à la découverte de lui-même, de sa conscience et de sa relation avec les religions de son enfance, l’islam et le christianisme. Par une introspection à la fois insolite et spirituelle, il nous décrit comment les élans de la divine Providence le mèneront d’Alexandrie à New York, puis à Sanaa, Aden, Djibouti et enfin Paris.
Il est né musulman, certes; mais sa raison défie à laquelle il se croyait enchaîné, occulte en fait la vraie nature de ce rite à l’emprise implacable sur un milliard et demi de fidèles…
Un récit captivant. Une réflexion morale et spirituelle sans concession. Une lecture de rigueur pour comprendre le rôle du Coran au XXI ème siècle et son emprise sur la pensée islamique confrontée à la vie moderne.

A lire donc … le tome II

Hi Han, Hi Han!

Hi Han, Hi Han!
A crié le maître
Dans la classe des ânes.

Mais que fais-tu là?
Espèce d'ignorant,
Juste bon à paître!
Ce n'est pas comme cela
Qu'on devient un âne.
A-t-on idée, à ton âge!

Et le pauvre Martin,
Refoulant son chagrin,
A été puni.
Et, tout penaud, dans le coin
Pauvre Martin
A sur la tête ... un bonnet d'Homme!

De la race des seigneurs

de Alain-Fabien Delon

Les références:

ISBN : 2234086078
Éditeur : STOCK (06/02/2019)

Ma cote: 7 / 10

En 10 lignes, max! (par Frconstant)

Quand on est « fils de », on se doit d’être en rupture ou supérieur à son ascendant pour exister. Le premier roman de Alain-Fabien DELON, ‘De la race des seigneurs’, tente, par une production littéraire propre et recevable, de sortir de cette impasse où il est coincé depuis si longtemps entre rancune familiale et frasques trash. Ce n’est pas un règlement de compte … quoique! C’est une mise à plat, fictionnelle et thérapeutique, d’une enfance et jeunesse serties dans l’or et l’indifférence, la reconnaissance et le mépris, la tyrannie et l’amour démesurés ou ressentis comme tels. Avant d’aimer – ou non – , le lecteur se laissera porter par l’écriture fluide et vitriole du fils et se confrontera aux images qu’il se faisait du Père et de la vie de rêve que ne peut que mener un fils de la race des seigneurs! De mon côté, je suis sorti conscient de la chance de n’être … que moi!

Ma critique:

On connaît le père, Alain, on croit connaître le fils apparu comme mannequin, acteur et plus souvent comme déclencheur de titres de faits divers prisés par la presse people.

On découvre un Delon qui, pour exister, veut se faire un prénom, Alain-Fabien, labellisé dans le cercle ‘culturel’ de l’Edition. La maison des Editions Stock ne s’est pas trompée. En ouvrant sa collection Arpège à Alain-Fabien Delon, elle sait que le public prendra le livre en main et l’aimera pour sa lecture aisée, son petit côté ‘cancans people’ que d’aucuns aiment exhiber ci ou là, ou encore, plus profondément, pour les questions que soulèvent le fait d’être ‘fils de’ et le manque de structuration psychologique que peuvent provoquer les séismes qui, trop souvent, existent entre le rôle publique tenu par une vedette et sa fonction de père inconditionnel de son enfant.

Au cours de la lecture, on se prend donc à avoir envie de foutre des baffes, tantôt au Père (ou à la mère), tantôt au fils. On se surprend à ne même pas pouvoir imaginer les violences psychologiques vécues par l’enfant, l’adolescent. On hésite à croire à la vérité du dit … et on se rappelle, qu’après tout, il ne s’agit que d’une fiction mettant en scène un jeune Alex Delval, 18 ans, en prise avec les démons de son âge, de son époque ou de ses parents. Et le jeu se calme…

Sauf que, c’est pas un jeu. On ne peut s’empêcher de donner visages connus au Père comme au fils… Et on s’interroge sur son propre parcours. Sur l’équilibre qui a été – ou non – préservé pour nous et qui nous permet d’être – ou non – les deux pieds sur terre, dans la vie, la vraie, celle de Monsieur et Madame Toutlemonde.

Au-delà des questions qu’on pourra se poser, il restera l’idée d’une plume qui signe un premier roman agréable à lire. ‘De la race des seigneurs’ est effectivement suffisamment caustique et réaliste pour éviter le pathétique. L’auteur, équilibriste, reconnaît que son texte relève pour une large part de son propre vécu mais qu’il reste un roman. Au lecteur à faire la part des choses et à réaliser qu’il peut être insupportable d’être ‘le fils de’, surtout quand ce dernier est un monstre sacré du cinéma, des Affaires, des plateaux de télévision et de la Jetset!

Ce qu’en dit l’éditeur:

Une vie peut-elle basculer en une nuit ? Alex Delval, dix-huit ans, rêve de devenir acteur comme son père. Mais alors qu’un rôle lui est offert, le doute l’assaille violemment. Happé par ses démons, il se réfugie dans l’alcool. Une rixe éclate. Rideau. Quand il reprend ses esprits, Alex se trouve face à un homme qu’il ne connaît pas. La soixantaine, le regard bon. Un psy. Dans les profondeurs de la nuit, une complicité inattendue va naître entre eux. Pour la première fois, Alex osera se livrer. Comment devenir soi quand on a grandi dans l’ombre d’un mythe ? Comment dépasser l’image du « fils de » pour s’emparer enfin de son destin ?

Un père, un fils. L’amour, la haine.

Et une vie à construire. 

Ce qu’en dit la presse:

Avec De la race des seigneurs, le cadet des Delon semble vouloir tourner la page avec ce passé tumultueux. En écrivant «un truc beau» et non pas «une autobiographie trash», le jeune homme qui jouait dans le film de Eva Ionesco, Une jeunesse dorée, sorti au cinéma le 16 janvier dernier, assure ne plus être «dans la revanche». Utiliser son passé à des fins artistiques, un but presque aussi thérapeutique que celui de son personnage. Alex Delval, fils d’acteur, souffre d’une très mauvaise relation avec son père, et sombre dans l’alcool et les angoisses. Avant d’enfin trouver l’espoir, auprès d’un psychanalyste, d’un jour «devenir soi». [ Figaro ]

«Aujourd’hui, je suis un mec normal, fier et sans rancune» affirme Alain-Fabien Delon. De son père, il espère désormais qu’il «va vivre bien longtemps pour [le] voir arriver très haut». Mannequin, acteur et maintenant écrivain, le dernier du clan Delon a toutes les cartes en main pour, à son tour, s’émanciper de l’ombre paternelle.