Challenges

Semer des graminées

Par Nathalie Longevial

ISBN : 1026232953 


Éditeur : LIBRINOVA (12/06/2019)

Ma cote: 8 /10

Ma chronique:

Papa a un cancer… Nathalie Longevial l’annonce dès l’entame du livre, il est donc déjà mort !

Oups, est-ce politiquement correct d’être lucide à ce point ? Est-ce acceptable pour les lecteurs lambda qui ne connaissent ni l’auteur, ni l’auteur de ses jours ? Peuvent-ils, sans dégât pour eux-mêmes, entrer de la sorte dans l’implacable réalité ? Et puis, surtout, est-ce correct de la part d’une autrice de livrer son journal intime comme étant quasi une vérité universelle ?

A cette dernière question, je réponds :  ‘Non !’, Bien sûr. Mais il faut aller au-delà d’une première impression. L’autrice se montre humble, prudente dans son partage. Aucune posture péremptoire. Ici, il nous est seulement partagé qu’il est normal de nier, de refuser, de croire qu’on pourra dépasser et finalement d’accepter ce genre de combat que nous impose le cancer ou toute autre maladie dévastatrice. Mais il nous est dit, aussi, que l’accompagnement de ce combat est un chemin, un chemin de vie…

Le tout, sans aucune prétention de discours universel, aucun côté donneur de leçons ! Voilà pourquoi ce livre a le droit et le mérite d’exister, même s’il n’est pas unique en son genre. Un témoignage reste un témoignage mais n’en est pas moins un témoignage qui peut alimenter notre recherche de sens.  

Et, dans cette approche, la lucidité ne peut pas être un défaut, un repoussoir à la lecture. De plus, la réalité ne nécessite pas qu’on en connaisse les acteurs de près pour être réelle, donc elle peut se partager. Mais pas n’importe comment…

Et c’est à ce difficile exercice d’équilibre que se livre Nathalie Longevial. Elle nous invite à une prise de conscience des possibles, à une ouverture sur les interrogations à propos de la vie, de son essence, de la persistance et de la richesse des partages, vécus ou manqués, peu importe.


Et c’est à ce difficile exercice d’équilibre que se livre Nathalie Longevial. Elle nous invite à une prise de conscience des possibles, à une ouverture sur les interrogations à propos de la vie, de son essence, de la persistance et de la richesse des partages, vécus ou manqués, peu importe.

Avec « Semer des graminées », Nathalie Longevial nous livre un trajet personnel proposé de manière pudique. Elle nous introduit à l’universel de la vie qui passe, du temps qui défile, des occasions à ne pas manquer, des opportunités à saisir pour reprendre pied sur le fil de notre histoire, ce câble tendu entre nous et l’avenir, entre nous et notre passé, surtout quand ce dernier est encore présent pour un temps seulement.

On entre dans ce récit, on prend ce qu’on veut, ce qu’on peut, et on repart sur la pointe des pieds avec la certitude qu’il reste quelque chose à faire avant que de tout perdre et, peut-être même avant… Semer des graminées !

J’aime cette image de ce qui apparaît futile aux yeux de bien des jardiniers de la vie, terre à terre comme ils peuvent parfois l’être. Semer des graminées équivaudrait à semer des mauvaises herbes, des ennemis futurs… Et pourtant, dans un massif bercé par tous les vents du globe, qu’est-ce qui reste plus vivant et plus souple aux vents , même contraires, que les graminées ? A méditer.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Papa a un cancer.
Papa a un cancer et tout le monde se doute de la fin. De toute façon me direz-vous, il n’y a qu’une fin. Et à la fin, on meurt.
Papa a un cancer et c’est comme si j’écrivais : Papa va mourir.
Quand ? Bientôt ?
Papa a un cancer et c’est comme si j’écrivais « Papa est mort. » Déjà.
Ce livre n’est pas un roman.
Il n’y a aucun suspense.
Au début, vous connaissez déjà la fin. 

Ecrire*

Benoit Toccacieli

ISBN : 9791035901394 


Éditeur : TOCCACIELI BENOIT (18/02/2019)

Ma cote: 8 : 10

Ma chronique:

J’ai reçu « Ecrire* » comme le partage d’une réflexion sur l’acte d’écrire par un ‘écrivant’ qui sait qu’il peut laisser à sa plume le choix d’écrire les mots qu’elle veut. Ce n’est pas l’écrivain qui dicte sa volonté, qui force le destin de ses personnages, qui impose le but ultime et le parcours, c’est l’artisan plumitif qui continue quotidiennement à naître en lui. C’est cette pousse d’écrivain qui tient l’outil,  en main plus qu’en tête et qui lui fait confiance.

Je découvre ici un deuxième ouvrage de Benoît Toccacieli.  « Ecrire* » a été confié aux rotatives avant « Mes amis ne savent pas lire » chroniqué il y a peu. J’avais tant aimé ce livre que j’avais envie de connaître un peu mieux l’auteur et son rapport à l’écriture. Je me devais donc de découvrir ce recueil de pensées, esquisse d’une introspection sur les forces qui poussent Benoît Toccacieii à écrire.

Avec délicatesse, imagination et humour, l’auteur nous partage son expérience et illustre celle-ci par des exemples de production à lire comme de brèves nouvelles. Par ses réflexions, l’auteur nous guide dans son expérience et les croyances qu’il a faites siennes en matière d’écriture, de partage de ses idées et de respect de ses lecteurs. La lecture est aisée. Le lecteur se prend au jeu de deviner, derrière les métaphores illustrées, ce qui anime, dans le sens de ce qui donne une âme, les écrits et les images que distillent les textes du livret. Avec bonheur, il nous ouvre un espace de liberté en révélant, presqu’au terme de son récit, le sens du signe ‘*’ faisant partie intégrante du titre. Bonne route donc à la suite de Benoît Toccacieli.

Alors, même s’il signe au point final et que son dos restera à jamais imprimé sur l’ouvrage publié, l’auteur sait et nourrit ce savoir, que ce n’est qu’au terme de nombreux exercices d’assouplissement, de stages d’endurance et d’incessantes recherches des meilleurs traits pouvant doser ce qui est à dire, ni trop, ni trop peu, pour laisser aux mots la chance de prendre les valeurs qu’ils recèlent et permettre à l’écrivant-chrysalide de se métamorphoser en écrivain.

Ecrire*, un livre-trace, miroir de l’âme du signataire.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Écrire. Aligner des symboles noirs sur un fond blanc. Une soixantaine de signes différents, si on considère les majuscules, la ponctuation et les accents. Soixante petites formes qui donnent un immense pouvoir à celui qui les utilise.

Citations:

  • … le détail qui rend chaque personne unique, un petit élément qui la distingue des autres. […] Mais pour remarquer ce qui fait cette différence, il a dû apprendre à mieux regarder les gens. Faire abstraction de ce à quoi ils ressemblent, prêter moins d’attention à ce qu’ils peuvent faire de leur vie, et s’interroger plutôt sur ce à quoi ils aspirent.
  • Une fois les yeux fermés, il ne reste que quelques bribes de sensations, quelques minuscules indices sur la nature des choses qui nous entourent. Et en me contentant de ces seuls indices pour deviner le monde, en laissant mon imagination libre de le reconstruire, je réalise qu’il est beaucoup plus grand, beau et complexe que ce que mes yeux m’avaient laissé.
  • De fait, l’auteur ne guide pas avec les mots employés, mais plutôt avec tout ce qu’il ne dit pas, avec ce qui n’est qu’évoqué.
  • Un livre dans lequel je me suis intégralement trouvé. Un livre dont le personnage principal imaginé par l’auteur m’a donné consistance…

Studio 6

Par Liza MARKLUND

ISBN: 9782012031180

Edition: HLAB

Ma cote: 8 / 10

Ma chronique:

#Studio6uneEnquêteDannikaBengtzon #NetGalleyFrance

« Studio 6 » est un roman à l’intrigue soutenue par la plume de Liza MARKLUND, autrice suédoise qui sait se rendre maître d’une intrigue, d’un rythme et d’un questionnement éthique que la société devrait s’imposer plus souvent.  

Annika Bengtzon, journaliste stagiaire  au quotidien « La presse du soir » a pour elle la fougue de la jeunesse, la soif de vérité du débutant et la méconnaissance des complaisances de service des salles de rédaction. Elle heurte donc, crée des inimitiés et des jalousies, jalonne son parcours de coups d’éclat, de coups de génie et de coups bas qu’elle donne et reçoit. Cette fougue emporte le lecteur dans une histoire de meurtre sexuel et sordide, impliquant un premier ministre et, derrière lui, tout le parti et ses magouilles.

Il y a, dans cette enquête d’une journaliste d’investigation encore stagiaire, une belle claque donnée à quelques timoniers des agissements sombres et nauséeux de notre Société ! Une belle réussite.

Le livre, de plus, se suffit à lui-même et la compréhension des personnages ne nécessite pas d’avoir lu les enquêtes dans l’ordre chronologique de leur écriture d’origine. Cela étant dit, le lecteur aura, plus que probablement envie de découvrir les autres écrits de Liza MARKLUND… et il n’aura pas à la regretter ! Bonne lecture à tous et merci à NetGalley et aux éditions HLAB

Je sais que tu sais

Par Gilly MacMillan

Editions: Les Escales

ISBN: 9782365694636

Ma cote: 7 / 10

Ma chronique:

Un roman policier signé Gilly MacMillan qui n’en est pas à son coup d’essai, loin de là. Celui-ci est-il un coup de maître pour autant ? Pas tout à fait. Le fond de l’histoire est bon sans doute mais loin d’être original. Le lecteur aura probablement assez vite l’impression de lire un scénario de série Télé. Est-ce la faute du livre ? Probablement pas, pas plus, en tous cas que la faute des responsables de programmes qui nous servent les mêmes concepts à longueur de soirée.

Allez, calez-vous dans le fauteuil, livre sur les genoux ou TV allumée et pourquoi pas les deux ? Vous assistez à la découverte de deux cadavres près du cynodrome. Horreur, deux enfants ! Peu de temps après, les ossements humains d’une troisième personne sont amenés au jour par les ouvriers d’un chantier chargés d’augmenter la surface d’un parking d’une grande surface commerciale. Pas loin, juste à côté ! Les deux affaires sont-elles liées ? Et vous voilà à suivre, docilement et sans beaucoup de surprise une affaire type cold case ! Vieille histoire classée, coupable désigné et confondu comme tel au détriment d’une analyse  sérieuse de toutes les pistes qui auraient alors dû être envisagées et les sempiternelles questions : Pourquoi la police a-t-elle bouclé et plié si vite cette affaire ? Pourquoi de cette façon ? Qui protégeait qui ? Qui est pourri, ou le plus pourri dans cette histoire ? 

Je n’en dirai pas plus, il reste tout de même du plaisir à lire.

La nouveauté, dans l’écriture de ce récit, est l’introduction d’un pseudo-journaliste freelance d’investigation qui lance un podcast à épisodes, « L’heure de vérité »… Manière habile pour l’auteur de découpé son histoire, ses histoires, en tranches, plus facilement vendables aux lecteurs/auditeurs suivant ces reportages destinés aux voyeurs populaires qui se cachent derrière les nobles avides de pseudo-vérités entretenues pourtant sans aucune éthique par le baveux de service.

De ce point de vue, il faut reconnaître que l’auteur utilise un penchant addictif de nombre de consommateurs du web ! Le faux, sur la Toile, est d’autant plus crédible qu’il est habillé de respectabilité factice dans le chef des chercheurs de like et followers. Moins les suiveurs auront de sens critique, plus les producteurs de vide seront gagnants ! Cruelle mais triste image de notre consommation de rumeurs destinées à nous faire oublier nos propres difficultés de vie. ‘Panem et circences’ disait les anciens, ‘Pizza et fake news’ continuent à nous asséner les maîtres des réseaux dits sociaux ! Gilly MacMillan surfe dessus, elle est de son temps !

Mais l’écriture, autre image de notre époque, est parfois lourde, plombée à chaque début de nouveaux points de vue par ces bandes-annonces  publicitaires qui fidélisent les consommateurs pouvant se rattacher à leur feuilleton mais énervent les observateurs critiques qui savent tout de même déjà où ils sont…  Une fois de plus, sur la forme aussi, Gilly MacMillan surfe sur son temps ! Pourquoi aurait-elle tort ?

Je me suis donc trouvé en présence d’un livre respectant les codes, un livre qui aurait pu me plaire. Pourquoi n’ai-je donc pas vraiment accroché à ce récit ? Probablement parce que cette double facette de mon temps m’exaspère. Même si l’autrice, Gilly MacMillan, offre une image juste et fidèle de notre époque, j’ai pris conscience que je ne nourris aucun appétit pour l’entretien et la manipulation des rumeurs et je n’apprécie pas plus le matraquage publicitaire pour des émissions ou films vides de toutes valeurs humaines.

Il ne me restera de ce livre que la satisfaction d’avoir pointé sans y succomber ces deux faits de société qui ne font pas honneur à notre temps ! Merci donc à Gilly MacMillan qui a joué pour moi au miroir ‘réfléchissant’. Merci également à NetGalley, France et aux éditions les Escales pour leur confiance à mon égard.

A propos de l’autrice :

Gilly MacMillan est l’autrice de quatre romans publiés en Français par les Escales. Ne pars pas sans moi,  La Fille idéale, Les meilleurs amis du monde et celui qui nous occupent aujourd’hui, Je sais que tu sais. L’autrice, vit à Bristol et y exerce, en plus de l’Ecriture, le métier de professeur de photographie. « Je sais que tu sais » et « Les meilleurs amis du monde » sont actuellement dans les rayonnages de toute bonne librairie qui se respecte !  

La pomme

par Aaroon

Isbn: 9782322015009

Editeur: Publishroom Factory

Ma cote: 6 / 10

Ma chronique:

Naël, entretient avec lui-même, avec Yara son épouse, avec quasi toutes les femmes qu’il côtoie et surtout avec Ada de biens curieux liens qui relèvent avant tout de l’arrogance, « carburant de l’humanité , dira l’auteur, qui  tantôt la fait avancer, tantôt la brûle. »

Naël est le côté pile de la paire d’héros de ce roman d’anticipation qui s’inscrit dans notre à-venir actuel. Il choisit la liberté, la sienne, celle de suivre sa voie intérieure, assoiffé qu’il est du pouvoir d’avoir raison avant son temps. Au risque d’être incompris, de blesser, se couper de ses proches, d’être un mal aimant, Naël n’a qu’un but dans la vie : transmuter Ada, machine issue de l’Intelligence artificielle, en penseuse, décideuse, serveuse et sauveuse du Monde. D’origine libanaise, il se fera introduire dans le cercle fermé du gouvernement français auprès de qui il installera et dirigera en maître le Ministère de l’Intelligence artificielle.

Son pendant, son alter face, son verso est son ami Ali qu’il servira, trahira, sortira de sa vie et rappellera quand il en aura besoin. Ali est celui qui, trop vite, trop souvent, préfère s’effacer, rester en retrait. Mais cette posture le placera souvent en capacité de nourrir la réflexion. « On devrait  parfois  cesser  de  courir  après  ce  qui  sans  cesse  nous  échappe  et  se  contenter  d’observer  ce  qui  vient  jusqu’à nous… » lui fera dire Aaroon, l’auteur.

« La pomme » est donc l’histoire, compliquée, de l’amitié trouble entre ces deux personnages qui se cherchent, à la fois eux-mêmes et l’un, l’autre. Mais c’est surtout un roman d’introspection de notre temps. Essai multiple traitant du pouvoir et de la pensée artificielle, du militantisme féminin et anticapitaliste, de la place de la famille, de l’étranger, des extrémismes religieux montants et du terrorisme, « La pomme » se perd et se délite à force, peut-être, de vouloir couvrir trop de thèmes à la fois.  Il reste, malgré tout, quelques belles pensées, quelques idées qui titillent le lecteur cherchant son humanité au cœur d’un monde où, de plus en plus, elle semble échapper à sa sagacité.  

Le lecteur aurait-il tout de même finalement le choix ? Et restera-t-il conscient que, comme le dit Aaroon, face à l’un qui dit noir quand l’autre dit blanc, choisir qui croire, c’est choisir sa propre réalité. Même si cette dernière est artificielle ? A chacun d’en décider.

Merci #LaPomme #NetGalleyFrance

Ce qu’en dit l’éditeur:

« Il aimait courir… Il courut, courut, prit de l’élan, nous surpassa. Dans son triomphe enivrant, il pensa pouvoir s’envoler, se détacher des dernières ficelles de la pesanteur. Il se projeta dans les airs, vécut pleinement son instant de gloire, une seconde de liberté, avant la chute, avant de s’abattre contre le sol, le nez en premier… Ce jour-là, dans sa chute, Naël se cassa le nez, brisa le nid de l’orgueil ; mais son orgueil, lui, s’en tira plus endurci, à jamais immunisé, et élut pour emblème un nez busqué. » 


Naël est du genre à choisir la liberté, courir loin devant et ne jamais regarder en arrière ; mais depuis le Black-out, il est démoli. Le silence d’ADA a mis le sort du jeune homme et de l’Humanité toute entière en suspens. Naël se sent désarmé et décide d’aller chercher de l’aide auprès de son ami d’enfance, Ali, qu’il a perdu de vue depuis des années.

La pomme est un roman d’anticipation éminemment actuel : tour à tour manifeste féministe, mise en garde contre les ravages des radicalismes, pamphlet anticapitaliste, ode à la jeunesse, à la famille et à l’amitié… Dans ce premier roman inventif et incisif, l’auteur nous livre à coups de hashtags et de poésie, une vision du monde sans concession, qui effraie autant qu’elle donne de l’espoir.

De Beyrouth à Paris, partez à la découverte d’Ada et de son monde aux côtés de Naël et Ali, héros aussi différents qu’attachants

Mes amis ne savent pas lire

par Benoît TOCCACIELI

isbn: 9791035908744 

Editeur: Benoît TOCCACIELI (02/05/2019)

Ma cote: 9 / 10

Ma critique:

« Mes amis ne savent pas lire » est un millefeuille allégorique. J’ai reçu ce livre de Benoît Toccacieli comme une invitation à chercher profondément qui est l’homme, la femme que je suis. Celui ou celle qui est mais aussi a été et peut devenir. Et cette introspection ne peut se passer d’une mise au point topographique me situant par rapport aux autres, ceux qui me sont ou ont été proches, ceux que je connais comme ceux que j’imagine, ceux que je croise et avec qui je fais un bout de chemin… ou non.

Cette vaste quête du moi, avec ou sans handicap apparent, Benoît Toccacieli l’installe dans un récit simple à suivre mais riche ! Le lecteur y entre facilement, d’autant que plusieurs portes lui sont offertes. De la posture qu’il adoptera, dépendra, chez le lecteur, le regard qu’il portera sur cette recherche symbolique de l’humain. Il pourra s’identifier à Jean-Philippe, ressentir, comme lui une difficulté de communication à dissimuler sous un amour factice de la solitude. Ou plutôt s’identifier à cet écrivain, cherchant l’inspiration pour noircir les pages encore blanches d’une histoire qui trouverait sens à son besoin d’être publié alors que, en fait, son besoin profond est peut-être de pouvoir s’identifier à quelqu’un qui donne sens à la vie. Possibilité aussi pour le lecteur d’opter pour le personnage de Maud, accompagnatrice de bien des détresses humaines, environnementales et des manques qui marquent des vies au fer rouge des envies inassouvies.

Tous ces personnages, internes à l’histoire et sans oublier la clarté de vision du monde de l’aveugle assise sur son banc au pied de l’église, tous ces personnages développent des sensibilités qui se croisent, se tissent ou se défilent et racontent tous la même histoire : on est à la fois ce que le passé a fait de nous mais aussi la résilience qui nous permet de rebondir, de clôturer ces ilots d’irrationnalités qui ont imprimer nos vies et de nous ouvrir à de nouveaux possibles, au-delà des peurs, des doutes, des blocages qu’il nous faut prendre le temps de déverrouiller patiemment.

Je rassure les lecteurs, l’histoire est simple à suivre. Ce qu’en dit l’éditeur permet à tous de suivre les pas de ce Jean-Philippe, routinier solitaire qui aime lire et offrir ses lectures à des amis peu ordinaires. Sa fragilité due à un handicap rendant la communication difficile pourra-t-elle s’effacer face à la simple rencontre d’une Maud, capable de briser cet équilibre instable ? Il suffit de lire pour découvrir si la confrontation aux regards des autres est une clé suffisante pour s’extraire de la solitude. C’est donc bien, comme le dit l’auteur, un roman sur l’amour et l’oubli, sur la vie et… Mais aussi la mort.

Pourquoi ai-je qualifié ce récit de mille-feuille allégorique ? Tout d’abord, je m’en suis expliqué, parce que ce roman est stratifié par l’apport des personnalités riches, complexes des personnages successifs que l’auteur glisse sous les pas du lecteur. Mais c’est aussi parce que Benoît Toccacieli a la bonne idée de citer un nombre impressionnant d’auteurs à travers des livres classiques sans être poussiéreux et des titres récents, modernes qui illustrent des vérités sur la vie qui ne sont pas spécifiquement liées à leurs époques. L’allégorie est là, par la portée symbolique des extraits choisis, à bon escient, qui ouvrent la vie des personnages à des vies ou des morts plus grandes qu’eux-mêmes.

J’ai aimé, beaucoup aimé ce roman, la plume ferme mais souple, riche de littérature et inventive de Benoît Toccacieli. Un nom à suivre.

A propos du choix de la couverture:

Je pourrais aussi faire une brève analyse de ce qu’évoque pour moi la couverture. Pleine de mystères, elle nous dit à la fois la fragilité de l’Homme pouvant difficilement se tenir debout et la pérennité de l’arbre qui, bien que semblant mourir, dénudé de ses feuilles, reste encore droit, phare-repère et repaire pour qui vient s’appuyer contre lui.  Mais il y a tout de même la fissure, celle qui rappelle que toute force, toute stabilité apparente peut être mise à mal, abattue. Et ce, malgré une bande de ciel bleu dont on ne sait pas toujours déterminer si elle est du domaine du rêve ou de la réalité.  C’est donc à l’Homme, même fragile, de décider quel statut il donne à l’espoir…

Une couverture qui colle au livre. Bravo!

Ce qu’en dit l’éditeur:

Jean-Philippe vit seul à la campagne, enfermé entre sa routine et les pages de ses livres. Il occupe son temps libre en offrant des moments de lecture à ses amis peu ordinaires.
Tel une fleur poussant au milieu du bitume, il peine à trouver la force de s’épanouir. Une simple rencontre suffit à briser son équilibre. En dépit de son handicap, il sera alors forcé d’affronter le regard des autres et de s’ouvrir. Parviendra-t-il pour autant à vaincre sa solitude ? Un roman sur l’amour et l’oubli, sur la vie et la mort.

A propos de l’auteur:

Nationalité : France 
Biographie : Benoit Toccacieli est un ingénieur qui préfère les lettres aux chiffres, un auvergnat qui n’est pas avare de mots. 
Il écrit de la littérature contemporaine, sur les thèmes de l’identité et du rapport aux autres. Il a publié deux romans en auto-édition (L’Evasion, 2018, et Mes amis ne savent pas lire, 2019) ainsi qu’un recueil d’allégories sur l’écriture (écrire*). 

Son univers sur la toile : https://toccacieli.wordpress.com  … à consulter, suivre!



Sur le fil du coeur

Par Théo Lemattre


Éditeur : MONTLAKE ROMANCE (30/07/2019)

ISBN : 2919805479 

Ma cote: 3 / 10

Ma critique:

Un livre lu grâce au Service Presse de NetGalley, France et des éditions Amazon Publishing France. Qu’ils en soient remerciés!

Cela dit, je n’ai pas cru longtemps à cette romance qui m’a longtemps donné l’impression d’un premier roman avec ses articulations mal ficelées, ses clichés et une phraséologie appliquée mais peu addictive.

Le livre raconte des tranches de vie et l’évolution (Je ne suis pas sûr de la justesse de ce dernier mot!!!) d’une  bande de filles, copines et même de ce plouc qui bouscule et injurie Constance (Dieu qu’elle porte mal son nom!), ce qui permet au lecteur de déjà deviner dès l’entame du bouquin que ces deux-là finiront ensemble!

Une petite application d’un schéma actantiel d’un récit permet de pointer la situation initiale (Dieu qu’ils sont bêtes, à cet âge!) et la situation finale (Allez, avouons qu’ils le sont ‘un peu’ moins! aujourd’hui!). Tous les adjuvants sont systématiquement battus en brèche par les opposants (jalousie, manque de franchise, rivalité, effilochage des liens…) mais finiront, bien des années plus tard (Dieu que le temps et le hasard font bien les choses!) à réunir ceux qui n’auraient jamais prendre leurs distances. 

Les articulations du récit passent par de sérieuses coupes dans le temps qui permettent de ne rien justifier du vécu des ‘héros’ et d’oublier en chemin des personnages qui n’étaient que périphériques (tels ces psychologues pourtant au coeur de la rencontre infernale entre Constance et Weaver. Pratique, on lisse au lecteur un petit devoir d’imagination qui devrait le pousser à ne pas se montrer trop critique lorsqu’il perçoit des blancs dans un récit… Ce n’est pas simple, l’articulation des événements…

Ajoutez à cela les clichés et poncifs de la mamie russe, forcément cuisinière de gâteaux russes et grande buveuse de vodka, celle du prof qui fait fantasmer toutes les filles et qui, bien sûr, n’est pas de ce bord là et cet adolescent-adulte qui en veut toujours à son père d’être parti mais qui vénère sa vieille bagnole oubliée dans le garage…  Trop, c’est trop, c’est à dire vraiment pas assez pour rendre ma lecture addictive et plaisante.

Ce qu’en dit l’éditeur:

Constance et Weaver, étudiants, sont amenés à travailler en binôme au sein du même stage. Le problème ? Ils se détestent, ou du moins ils en sont persuadés. Désormais contraints de se côtoyer chaque jour, les deux jeunes gens vont devoir apprendre à surpasser leur rivalité pour mieux s’entraider. Alors qu’un rapprochement semble se dessiner entre eux, un événement les amène à se perdre de vue. Cinq ans plus tard, ils se retrouvent par un curieux hasard. Parviendront-ils à se donner une chance de renouer le fil de leur destin ?