de Gaël Faye

Les références:

ISBN : 2246857333
Éditeur : GRASSET (24/08/2016)

Ma cote:  10 / 10

Mon avis:

Petit Pays est un vrai grand premier roman. Gaël FAYE nous y plonge avec la douceur d’une plume habituée à créer le monde en quelques mots. On comprend mieux son sens de la formule si on se rappelle qu’il est auteur-compositeur-interprète. C’est le défi en chanson, on n’a droit qu’à quelques minutes et peu de mots pour créer un espace sonore, décor à une histoire complète qu’il faut ouvrir, développer et conclure rapidement. C’est ce que réussit l’auteur dans ce premier roman. Même si son récit peut prendre un peu plus d’ampleur pour se développer, la plume reste performante, le récit court, le décor très justement planté et la profondeur du contenu suffisamment forte pour nous attirer dans ses filets, nous plaire, nous questionner jusqu’à nous remuer le coeur.
Petit Pays est l’histoire de la perte d’une enfance… à moins que ce ne soit plutôt le gain progressif d’un âge adulte. Gabriel, enfant ‘mixte’ né d’un père français et d’une mère rwandaise vit l’insouciance de ses dix ans à Bujumbura, au Burundi. La vie sociale y est tellement simple, légère, bigarrée. On se réjouirait presque que Gabriel se fasse volé son vélo pour pimenter un peu sa vie et se poser ses premières vraies questions d’adulte. Quel sens donner à des notions telles que La propriété, la justice, la vengeance, le (bon) droit ? L’enfant apprend la vie, la mésentente, le conflit, la violence, le racisme machiavélique qui tranche sur la longueur des jambes ou du nez… bref, la barbarie ! L’enfant grandit, perd son enfance, gagne le questionnement adulte, bien souvent sans réponse. Que reste-t-il de ces beaux jours, au-delà des souvenirs ?
La force de Gaël FAYE est de maîtriser à merveille la capacité poétique de conter le bonheur et la souffrance, la joie comme la peur, l’aspiration à être mêlée à la désespérance de ne pouvoir être. Et ce, sans jamais donner de leçon, sans jugement abusif pour l’un comme pour l’autre. Il conte, il nous invite à le suivre et à nous interroger à notre tour. On a déjà dit tant de choses sur ces africains, leur génocide clanique, leur migrations au sein de leurs propres terres et celle qui, trop souvent à nos yeux, les réduit aux rôles d’envahisseurs et de prédateurs de note confort mieux installé que notre conscience ! Mais nous a-t-on dit, avons-nous entendu, qu’au coeur de chaque migrant, il y a un pays qui pleure ?
Vraiment, ce ‘Petit Pays‘ est grand ! À lire, à partager !

Citations:

  • Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance.
  • -Un livre peut nous changer?
    – Bien sûr, un livre peut te changer! Et même changer ta vie. Comme un coup de foudre. Et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il faut se méfier des livres. Ce sont des génies endormis.
  • Dans les provinces assoupies, rien de tel pour tuer le temps qu’un peu de sang à l’heure morte de midi. Justice populaire, c’est le nom qu’on donne au lynchage ça a l’avantage de sonner civilisé.
  • Le bonheur, ça t’évite de réfléchir.
    Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie.

Ce qu’en dit l’éditeur:

En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire.

Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles: le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages…

J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »

Avec un rare sens du romanesque, Gaël Faye évoque les tourments et les interrogations d’un enfant pris dans une Histoire qui le fait grandir plus vite que prévu. Nourri d’un drame que l’auteur connaît bien, un premier roman d’une ampleur exceptionnelle, parcouru d’ombres et de lumière, de tragique et d’humour, de personnages qui tentent de survivre à la tragédie.

Source : Éditions Grasset, 2013
Site : http://www.grasset.fr/petit-pays-9782246857334

Un commentaire sur « Petit pays »

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